publié le Jeu 19 fév 2004

Dilatation pyélique antenatale : Le point sur
la stratégie d’imagerie en post-natal

B Bourlière Najean

L’échographie prenatale a entrainé la découverte d’un nombre important de malformations asymptomatiques, et en particulier atteignant le système urinaire. Environ 20% des anomalies découvertes in utero ne sont plus retrouvées après la naissance (1). Cette augmentation artificielle du nombre d’anomalies urinaires entraîne une augmentation des explorations, avec leurs effets délétères, dont l’indication doit être discutée.

Quelles explorations, comment, quand ?

L’échographie de l’appareil urinaire est très certainement l’examen de base. Elle permet d’apprecier l’importance de la dilatation mais aussi le niveau d’un éventuel obstacle, l’aspect de la vessie et du parenchyme rénal. Sa réalisation doit s’effectuer à distance de la naissance, afin de ne pas sous estimer la dilatation, du fait de la deshydratation relative du nouveau-né et de la faible filtration glomérulaire. En pratique, l’examen est réalisé juste avant la sortie de maternité, soit au 5ème ou 6ème jour de vie. Il est toujours complété par un contrôle échographique, à distance, car même à cette date la dilatation est souvent sous estimée (2). Cependant une publication suggère qu’il n’y a pas lieu d’attendre et qu’aucune pathologie obstructive n’a été omise sur l’échographie réalisée à 48 heures de vie (3).
La cystographie est un complément de l’exploration. Son but essentiel est de rechercher un reflux vésico-urétéral nécessitant la prévention d’une infection urinaire. Elle permet de plus d’étudier le fonctionnement vésical et l’anatomie de l’urètre. Un remplissage cyclique est indispensable en l’absence de reflux stade III ou IV au 1er remplissage (4). Elle est en général pratiquée par voie rétrograde. La voie sus pubienne est préconisée lorsqu’un obstacle urétral est suspecté (valve de l’urètre), du fait du risque infectieux de la voie rétrograde, la présence de la sonde ne gênant pas pour le diagnostic de valve (5).
L’urographie intraveineuse permet une étude fonctionnelle de l’appareil urinaire : d’une part la sécretion rénale de produit de contraste, d’autre part la vidange du système excréteur. Elle précise les données morphologiques de la dilatation, déjà appréciées par l’examen échographique. Elle ne doit pas être réalisée avant le 1er mois de vie.(6) Son utilisation est de plus en plus controversée, au profit de la scintigraphie et de l’uroIRM.
La scintigraphie au DMSA (fonction rénale) ou au DTPA (excrétion et vidange) apporte des éléments comparables à l’UIV. Les données sont objectives, chiffrées mais l’étude morphologique est moins performante. Ces examens sont aussi réalisés à distance de la naissance.
L’uro IRM sera un examen d’avenir couplant les avantages de l ‘UIV (morphologie) et de la scintigraphie (chiffres objectifs). Sa réalisation est difficile du fait de la nécessité d’une immobilité complète. Son intérêt est désormais bien démontré dans l’exploration des systèmes doubles (7).

A qui les pratiquer ?

Le diagnostic de dilatation bilatérale chez le garçon justifie, compte tenu de l’éventualité de valves de l’urètre, la réalisation d’un échographie et d’une cystographie en période néonatale. Certaines pathologies malformatives, telles système double, dilatation pyélocalicielle importante (>15mm) ou urétéro-peylo-calicielle justifieront une exploration complète et adaptée dans les semaines suivant la naissance.
Le problème non encore résolu est celui des pyélectasies modérées (<15mm) détectées grâce à l’amélioration de l’exploration échographique . Il s’agit donc de définir où se situe la normalité afin de ne pas augmenter la morbidité par des examens inutiles ou injustifiés.
Divers critères sont utilisés pour évaluer une dilatation pyélique. Est considérée comme pyélectasie un diamètre antéro-postérieur du bassinet > 4mm avant 33 SA et supérieur à 7mm après 33 SA (8). Autre critèrequivalent, est un diamètre antéro-postérieur du bassinet > 1mm/ mois de grossesse.
L’échographie est un examen absolument non agressif et sa réalisation injustifiée ne pose qu’un problème économique ( et psychologique par l’angoisse que génère la découverte d’une anomalie antenatale) (9).
La cystographie n’est pas dénuée de risque. Malgré toutes les précautions d’asepsie, une infection urinaire au décours de l’examen est possible, avec un risque majeur de forme septicémique chez le nouveau-né. Ce risque infectieux est difficile à apprécier objectivement : quasi nul pour certains, estimé à 6% pour d’autres (10). Il nécessite pour certains la mise en route d’un traitement antibiotique encadrant l’examen, mais aucun consensus n’existe actuellement. Le fait d’effectuer la cystographie avant la sortie de la maternité permet, en théorie, une surveillance du nouveau-né dans les 24 heures qui suivent l’examen. Pour certaines équipes, la notion de dilatation pyélique ante-natale entraine la mise en route immédiate d’une antibioprophylaxie (11)
S’y ajoute le risque théorique de traumatisme de l’urètre et l’irradiation. La voie sus-pubienne évite les complications infectieuses et traumatiques.
Par ailleurs il est en général admis qu’une échographie normale ne permet pas d’éliminer le diagnostic de reflux (12,13,14).
Le reflux serait plus fréquent lorsque la dilatation est variable in utero (15).
Le reflux est fréquent chez le nouveau-né et le problème est d’apprécier son caractère pathogène. Deux types de reflux sont décrits en période néonatale : reflux de faible grade (I et II) intéressant des reins normaux, en général chez la fille, reflux sévère combiné avec une atteinte rénale, vraisemblablement embryologique, et touchant presque exclusivement le garçon (16). Enfin des différences notables de fréquence du reflux sont notées entre la population noire, épargnée, et la population non noire : la prévalence du reflux est de 0% dans la population noire contre 17,6% dans la population non noire, pour laquelle a été découverte une dilatation pyélique in utero (17).
Ces diverses constatations pourraient permettre de mieux cibler la population à qui doit être proposée une cystographie.

Le problème se pose donc en ces termes : la cystographie permet un diagnostic de reflux, mais celui-ci est-il pathogène et modifie-t-il l’attitude thérapeutique (18)? L’existence du reflux ou du moins d’un reflux potentiellement pathogène est-il plus fréquent lorsque la dilatation est importante ? En d’autres termes avons-nous des critères épidémiologiques et échographiques pour pratiquer la cystographie à une population ciblée.
Diverses études ont été réalisées pour apprécier à quel niveau la dilatation des voies urinaires devient « pathologique » in utero et quelle exploration post natale doit être envisagée.
L’analyse de la littérature montre que l’attitude se modifie et devient moins agressive, expliquée par l’importance accordée actuellement au caractère pathogène ou non du reflux …
En 1995 l’étude de Clautice-Engle et al (2) donnait les recommandations suivantes :
pour toute dilatation antenatale (pyélon > 4mm) : échographie à J6 pour rechercher obstruction sévère et antibiothérapie, puis échographie refaite à S6 et cystographie:
En l’absence de reflux, si pyelon <6mm, pas d’autre exploration
si pyelon >11mm et/ou calices dilatés, DTPA ou UIV
si entre 6 et 11 mm sans dilatation des calices, surveillance échographique.
En 1998, la prise en charge de ces pyélectasies est très controversée avec deux attitudes extrêmes publiées.
Pour Kitagawa et al (19) une pyélectasie, définie par un diamètre > ou = à 4mm avant 33 semaines de gestation ou > ou = à 7mm après 33 semaines, est explorée par échographie à J4, 1 mois et 1 an. La cystographie n’est indiquée que si les uretères ont été vus en antenatal. Si la dilatation persiste à 1 mois, une scintigraphie MAG3 est réalisée et une nouvelle échographie est pratiquée à 3 mois. Pour Dremsek (20), la cystographie n’est pas indiquée quand le diamètre du bassinet est inférieur à 10mm.
Par contre pour Pal et al (21) la cystographie doit être réalisée pour toute pyélectasie, et ce dans les 3 premiers mois, mais peut cependant être faite après l’échographie de 6 semaines de vie.
En 1999, les indications de cystographie sont encore limitées. Dans l’étude de Misra (22), sur 54 cas de dilatation, 2 seulement ont été opérés (diamètre supérieur à 40 mm). La cystographie n’est pas nécessaire dans la majorité des cas, indiquée si la dilatation est bilatérale, les uretères dilatés ou en cas d’infection urinaire. De même l’antibiothérapie prophylactique n’est pas nécessaire lorsque la dilatation est unilatérale ou après avoir éliminé un reflux si la dilatation est bilatérale.
Pour d’autres, l’importance de la dilatation paraît un élément important pour justifier l’indication d’une éventuelle cystographie : en effet 15% de reflux sont observés pour une hydronéphrose de grade II contre 1% environ dans la population générale, mais le faible grade de reflux d’une part (3/40 reflux de stade égal ou supérieur à III) et l’absence de cicatrice rénale d’autre part posent le problème de la signification pathologique de ces reflux et donc de l’intérêt de leur détection (23).

Cependant cette attitude paraît controversée puisque certaines études présentent les conclusions suivantes : une échographie post-natale normale n’élimine pas un reflux, un reflux de haut grade peut guérir spontanément, les cicatrices rénales s’observent quel que soit le grade du reflux en l’absence d’infection urinaire (12,13,24) par contre l’infection est plus fréquente lorsque existe un reflux de haut grade (14). Certains signes échographiques peuvent faire évoquer l’existence d’un reflux, en particulier un épaississement de la paroi pyélique > 0.8mm. (25)
En conclusion, l’attitude actuelle tend plutôt vers une diminution des explorations. Il ne faut cependant pas perdre de vue que l’exploration systématique des dilatations pyéliques dépistées in utéro a permis de diminuer le nombre de pathologies malformatives urinaires découvertes au décours d’une infection urinaire (18).

Références

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