publié le
Service de chirurgie infantile, pavillon Mère Enfant, CHU Nord,
Chemin des Bourrelly, 13015 Marseille. France. Université de la Méditerranée.
Introduction
La découverte pendant la grossesse dune dilatation de la voie urinaire a modifiée la prise en charge des uropathies. En effet, le chirurgien nest plus confronté à une malformation symptomatique (infection, syndrome de masse) mais à une image liquidienne intéressant la voie urinaire. Parmi lensemble de ces anomalies, la pyélectasie ou « petite dilatation du bassinet rénal » dont la fréquence se situe entre 4,5 et 7% des grossesses [1,2] est un signe dappel de malformations de lappareil urinaire. Cependant 88% des pyélectasies dépistées avant la naissance disparaissent spontanément [3].
Ces constatations soulèvent plusieurs questions :
cette pyélectasie nest-elle pas une variante de la normale ?
doit-on considérer une dilatation isolée du bassinet comme pathologique et dans ce cas réaliser une exploration complète ?
Cela est-il suffisant puisque certaines pyélectasies non pathologiques chez un nourrisson seront symptomatiques chez le grand enfant ou ladulte ( rétention pyélique par un vaisseau polaire) ?
Ces quelques interrogations soulignent nos incertitudes actuelles sur la prise en charge des pyélectasies.
En fait plusieurs situations peuvent dégager en pratique clinique :
la pyélectasie est un des éléments dune malformation de la voie urinaire. Elle est présente dans lensemble des anomalies découlement des urinaires (obstruction de la jonction pyélo-urétérale, urétéro-vésicale ou urétrale) ou dans le cadre dun reflux vésico-urétéral.
Cette « petite » dilatation du bassinet est isolée. Son champs nosologique se réduit puisque cette image peut être en rapport avec
soit une rétention pyélique de grade 1et 2 de la Society for Fetal Urology [3]
soit une duplicité rénale (rarement) ou plus fréquemment un reflux vésico-urétéral [1,4].
voir une valve de lurètre postérieur ( situation très rare).
En fait, la découverte dune dilatation pyélique isolée peut se limiter à deux entités : le reflux vésico-urétéral néonatal et la rétention pyélique de grade 1-2 de la Society for Fetal Urology.
Le reflux vésico-urétéral néonatal.
Durant ces 20 dernières années, la généralisation de l'échographie anténatale a permis de détecter un nombre croissant d'uropathies ftales ainsi que la découverte précoce de 20 à 38 % de RVU en période néonatale [5,6].
Ce pourcentage varie selon lappréciation de la limite inférieure du diamètre antéro-postérieur (DAP) du bassinet considéré comme pathologique. La pratique ou non systématique dune cystographie après dépistage anténatal dune dilatation modifie aussi lincidence du RVU selon que lon inclue des RVU secondaires, sur obstacle associés à une autre uropathie.
Aspect Anténatal
En effet, sil existe un consensus sur la valeur à mesurer (DAP du bassinet) pour apprécier une dilatation du haut appareil urinaire, le seuil à partir duquel on parle de dilatation varie selon les équipes et selon le terme de la grossesse [7-11].
La plupart des auteurs retiennent comme valeur discriminante un DAP du bassinet de 10 mm ; dautres se contentent dun diamètre moins important et prennent en compte le terme de la grossesse. Anderson [11] propose une formule pratique selon laquelle, à partir de 24 semaines de gestation, le DAP du bassinet ne doit pas dépasser de plus de 1mm le mois de grossesse dans lequel est faite la mesure.
Ce problème de seuil est important, car plus on le réduit, plus on augmente la sensibilité du test, mais on diminue de fait sa spécificité. Ainsi Anderson [11] naurait dépisté que trois des 33 reflux sil navait exploré que les pyélectasies ftales mesurant 10 mm de DAP du bassinet au lieu des 4 mm préalablement fixés. De même pour Stocks [12] qui retient comme valeur anormale, un DAP supérieur à 4 mm avant 33 semaines et supérieur à 7 mm après 33 semaines. Cet auteur constate que seuls 15 % des RVU mis en évidence dans sa série auraient été décelés si le seuil avait été fixé à 10 mm.
La date de réalisation de léchographie est un paramètre également très important à prendre en compte. Selon les différentes séries, une échographie réalisée avant 28 SA ne détecte aucune anomalie de lécoulement des urines et il devient donc indispensable den réaliser une autre ultérieurement [13, 14]. Pour dautres auteurs, la limite se situe à 24 SA [9].
Dans notre expérience [27], nous avons retenu et considéré comme anormales les dilatations définies par un diamètre antéro-postérieur du bassinet supérieur ou égal à 5 mm à 22 semaines daménorrhée ( SA) ou à 8 mm à 32 SA.
Aspect Postnatal
La découverte dune dilatation des voies urinaires foetales même minime (pyélectasie) impose un contrôle échographique postnatal qui ne doit pas être réalisé avant le 3ème jour de vie pour éviter de minimiser une dilatation due à loligurie physiologique du nouveau-né [15, 16]. Cet examen permet une première approche diagnostique. Cependant, se fier à cette échographie pour poser lindication dune cystographie à la recherche dun RVU nest quillusoire lorsquon sait que la majorité des enfants qui ont un RVU ont une échographie rénale normale [17]. Ainsi, lindication dune cystographie rétrograde (CRG) en présence dune pyélectasie nest pas unanimement admise mais reste obligatoire pour certains [6 ,12, 18]. Dautre part, la cystographie permet un diagnostic de reflux, mais celui-ci est-il pathogène et modifie-t-il l'attitude thérapeutique ?
Ainsi, certains auteurs ne prescrivent de CGR quen présence dune anomalie sur léchographie néonatale : persistance dune dilatation pyélique mais aussi dun rein de petite taille ou dune anomalie parenchymateuse faisant suspecter une dysplasie rénale[ 5, 19, 11]. Dans ce cas de figure, ils choisissent dune part de négliger certains reflux, en mettant en balance lhistoire naturelle de nombreux reflux néonataux qui disparaissent sans jamais avoir entraîné dépisodes infectieux. Dautre part, le risque infectieux, minime mais non nul, que comporte la réalisation dune CGR en période néonatale ne doit pas être négligé.
Pour notre part, nous fixons à 10 mm la taille du DAP du bassinet à partir de laquelle nous programmons une cystographie après la naissance. On accepte alors le risque de méconnaître les reflux de bas grade et sans doute quelques reflux de haut grade. Ceci implique de rappeler aux parents que devant toute fièvre inexpliquée chez un nourrisson porteur dune pyélectasie, la pratique dune bandelette urinaire permet de rattacher cette fièvre à une éventuelle infection urinaire et que toute infection urinaire fébrile est une indication à effectuer une cystographie rétrograde à la recherche dun RVU, quel que soit laspect des reins à léchographie.
En ce qui concerne le bilan fonctionnel, la scintigraphie tend à remplacer lUIV en raison de son caractère facilement reproductible et surtout de son irradiation moindre. De plus en plus dauteurs préconisent lutilisation de luro-IRM, pour lévaluation de lappareil urinaire, qui représente une perspective technologique davenir [20].
La fréquence et la nature des examens à réaliser dans le cadre du suivi de ces enfants sont nettement moins standardisés que pour le bilan néonatal. Il semblerait quil faille adapter le rythme de surveillance au cas par cas, et ce dautant que plusieurs uropathies différentes coexistent souvent chez le même enfant. Pour les RVU isolé, Avni [21] propose un suivi pendant deux ans par échographie tous les deux ou trois mois, scintigraphie tous les six mois et cystographie une fois par an ce que nous partageons. Tam [22] propose une simple cystographie à lâge de deux ans. Toutefois tous les auteurs sont daccord pour instaurer une antibioprophylaxie jusquà la disparition du RVU.
Caractéristiques du RVU néonatal
- Le sex-ratio : La prépondérance masculine est nette et représente 75 à 80 % des cas [6,23]. Cette prédominance masculine est dautant plus marquée que la limite inférieure retenue pour le DAP du bassinet, en anténatal, est plus élevée [11].
En effet, pour un DAP supérieur à 10 mm, le ratio est de quatre garçons pour une fille, alors que le ratio tombe à 1/1 pour un DAP supérieur ou égal à 4 mm. Ceci sexplique par la nette prédominance des reflux de grade élevé chez le garçon.
- Le grade : Le RVU primitif lorsquil est dépisté en anténatal sur lexistence dune dilatation pyélique, correspond dans 75 à 80 % des cas à un stade évolué supérieur ou égal à III : 50 à 60 % sont des grades IV et V.
Les reflux de bas grade sont découverts fortuitement du coté controlatéral à une dilatation due à un reflux de haut grade ou associés à une uropathie obstructive.
Le sex-ratio passe de 1,8 pour lensemble des grades I, II et III à 4,1 pour les grades IV et à 25,5 pour les grades V, qui représente, une quasi-exclusivité masculine [6 4].
- Le reflux intra-parenchymateux est très fréquent à cette période de la vie, il est classiquement considéré comme un facteur de gravité justifiant une intervention chirurgicale correctrice demblée. Cette notion est actuellement discutée et à létude.
- Le reflux de diagnostic anténatal est bilatéral dans à peu plus de la moitié des cas : 52 % pour Bouachrine [24] et Yeung [6] contre 31,5 % dans notre série.
- Les lésions rénales : la pratique systématique de scintigraphie DMSA avant toute infection pour des reflux dépistés sur léchographie prénatale montre une atteinte de la fonction rénale dans prés dun tiers des cas, essentiellement des garçons avec des reflux de grade IV et V [5, 6, 24].
Ceci montre bien, que dans les reflux les plus sévères, des lésions importantes sont présentes dés la naissance, conditionnant de façon déterminante le mauvais pronostic rénal, quelle que soit la précocité du diagnostic.
Létude des reflux de diagnostic anténatal a donc permis de prouver lexistence de lésions primitives congénitales, hypo- ou dysplasiques, à distinguer des séquelles ultérieures infectieuses.
Dans la plus part des cas opérés, la reimplantation urétérale pratiquée secondairement na pour but que de pouvoir supprimer la nécessité de lantibioprophylaxie ; les lésions rénales primitives de néphropathie de reflux sont ainsi stabilisées, mais les "cicatrices" ultérieures sont imprévisibles.
Il apparaît à travers notre expérience et lanalyse de la littérature que lintérêt du diagnostic anténatal est de permettre une prise en charge précoce de ces enfants, dinstaurer une antibioprophylaxie à visée urinaire et dattendre une résolution spontanée de ces reflux, rapportée de 35 à 75 % selon les séries. En cas déchec, ce traitement aura permis de différer lintervention et déviter des séquelles ultérieures supplémentaires.
La rétention pyélique de faible grade.
La prise en charge de ces anomalies à lécoulement des urines de la jonction pyélo-urétérale est sujette à de nombreuses interrogations. La prise en charge initiale postnatale ne change pas, la confirmation échographique postnatale à 4-5 jours puis à un mois paraît licite.
Par contre lexploration fonctionnelle dune pyélectasie isolée est discutable puisque lorsque le diamètre antéropostérieur du bassinet mesure moins de 12 mm, aucune intervention nest nécessaire pour certain auteur[25].
Existe-t-il un seuil ( DAP du bassinet) à partir duquel une pyélectasie isolée doit être considérer comme pathologique. Nous savons quune dilatation de larbre urinaire ne signifie pas un obstacle qui seul est nocif pour le parenchyme rénal.
Pour simplifier la démarche diagnostique et thérapeutique, deux prises en charge peuvent retenues :
démarche diagnostique exhaustive qui consiste à pratique une scintigraphie rénale à partir de 1 mois de vie ( Mag3 ou DTPA lasilix). Cet examen permettra dapprécier la fonction relative du rein en cas dune rétention unilatérale, dévaluer la vidange du bassinet.
Si la fonction relative du rein porteur de la pyélectasie est supérieure ou égale à 40%, on peut estimer que la fonction rénale est conservée. Dans ce cas, une surveillance est la règle sous couvert ou non dune antibioprophylaxie. Mais quelle surveillance doit-on proposer ? Lorsque la dilatation ( DAP du bassinet) est inférieure à 12 mm une surveillance échographique simple est recommandée à 6 mois ou 1 an. Par contre, dans le cas contraire (DAP>12 mm), une surveillance échographique et scintigraphique est souhaitable pour apprécier une dégradation fonctionnelle. Laggravation de la dilatation, laltération fonctionnelle et obstructive font poser une indication opératoire.
Si la fonction relative est inférieure à 40%, une indication opératoire précoce dans le premier trimestre peut se discuter. Toutefois, il faut souligner que les liens entre la dilatation, lobstacle et le pronostic fonctionne ne sont pas clairement établis doù les difficultés rencontrées pour poser une indication opératoire argumentée.
démarche simplifiée que nous réalisons consiste à penser quune pyélectasie isolée ( sans dilatation des calices, avec un cortex rénal normal) de moins de 12mm correspond à une dilatation transitoire du bassinet qui se résorbera spontanément. Dans ce cas de figure, nous réalisons une simple surveillance échographique à 6 mois et 1 an. Laggravation de la dilatation ou la notion dune infection urinaire nous fera reconsidérer cette démarche en recherchant un reflux vésico-urétéral ou en considérant cette pyélectasie comme un authentique syndrome de la jonction pyélo-urétérale.
A lopposé, nous ne savons pas si une pyélectasie transitoire prénatale ou postnatale ne sera pas à lorigine dune rétention pyélique par vaisseau polaire qui deviendra symptomatique à ladolescence ou plus tard. En effet, il semblerait que cette dernière pathologie soit plus fréquemment rencontrés chez le grand enfant et échapperait à la prise en charge périnatale [26].
Conclusion
La découverte dune pyélectasie est une situation de plus en plus fréquente. Deux étiologies sont habituellement retrouvées : le reflux vésico-urétéral ou une retention pyélique à minima. Le chirurgien pédiatre est confronté à une situation clinique délicate puisque la majorité de ces bassinets « joufflus » vont disparaître dans les 12 premiers mois. Dès lors une prise en charge basée sur le bon sens permet de ne pas médicaliser à outrance une « variante de la normale » sans négliger une malformation potentiellement grave.
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Figure.1 : Echographie ftale réalisée à 32 semaines daménorrhée montrant une dilatation pyélique droite mesurée à 9 mm.

Figure.2 : cystographie rétrograde et mictionnelle réalisée au 15ème jour après la naissance retrouvant un reflux vésico-urétéral bilatéral stade 3 chez le même patient.

Figure.3 : Urographie intraveineuse dune pyélectasie bilatérale ( dépistage prénatal en 1995) avec un DAP du bassinet droit mesuré à 7 mm et DAP gauche mesuré à 10mm en échographie à J7. Lexcrétion et la vidange des bassinets sont symétriques, les uretères sont fins et visualisés. En 2003, ce même nourrisson naurait bénéficié que dune échographie et une surveillance radio-clinique simplifiée.