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I Introduction
La mise en évidence dune distension du haut appareil urinaire en échographie fait partie de notre quotidien. Un des objectifs majeurs de léchographie sera de préciser si cette distension intéresse ou non les uretères. Très schématiquement, labsence de visualisation de ces derniers, en particulier sur la coupe transversale rétrovésicale, fait rechercher un problème supra-urétéral et en particulier une jonction pyélo-urétérale, alors que la présence dune dilatation de luretère pelvien fait évoquer un méga-uretère soit congénital soit par reflux.
Le but de ce travail est de faire une synthèse des informations disponibles dans la littérature et de notre expérience pour tenter de définir la place de lécho-Doppler dans le diagnostic dune obstruction du haut appareil urinaire, principalement dans le cadre du syndrome de la jonction pyélo-urétérale et du méga-uretère congénital.
II - Syndrome de la jonction pyélo-urétérale :
Cest en pratique pédiatrique la cause la plus fréquente dobstacle du haut appareil urinaire. Il est secondaire à la présence de tissu dysplasique apéristaltique entre le bassinet et luretère sous-jacent ; cette cause intrinsèque peut parfois être associée à un facteur favorisant représentée par la présence dun vaisseau polaire inférieur comprimant cette jonction. Certaines anomalies congénitales comme les ectopies et les malrotations rénales représentent les autres facteurs favorisants de cette pathologie.
II 1 Signes directs de lobstacle
- Les anomalies pariétales responsables du syndrome de la jonction ne sont pas visibles en échographie.
- Les compressions vasculaires : cette compression est retenue comme un facteur aggravant de la pathologie intrinsèque sous-jacente voir pour certains auteurs comme la cause même de la pathologie. Le type de vaisseaux peut aussi bien être une veine quune artère voir les deux (1). En fait sa responsabilité apparaît variable dans le temps, faible dans les jonctions de découverte anténatale, nettement plus importante plus tardivement (2). Sa fréquence sur une série de 206 enfants opérés est rapportée de 31% (3). La fiabilité de léchographie pour visualiser ce croisement vasculaire a été très récemment décrit dans la littérature pédiatrique (4). Sur une série de 50 reins opérés dune jonction, 14 dentre eux présentaient en per-opératoire un vaisseau au contact de la jonction ; dans tous les cas sauf un léchographie-Doppler les avaient identifiés. La sensibilité, spécificité, VPP, VPN et précision diagnostique étaient de 92.8%, 76.5%, 62%, 96.3% et 78%, respectivement. Cette fiabilité diagnostique progressait très significativement avec lexpérience de lopérateur (100%, 87.5%, 81.8%, 100%, 88.5% sur les 26 derniers reins explorés).
III Signes indirects de lobstacle
- Distension pyélo-calicielle :
Sil est couramment admis quil ny a pas de relation directe entre la présence et surtout limportance dune dilatation du haut appareil et la présence et le degré de lobstacle (5-7) et son retentissement sur la fonction rénale de nombreuses publications contradictoires doivent faire nuancer ce dogme.
La distension des calices est rapportée comme un facteur prédictif du caractère obstructif dune dilatation ; la sensibilité de léchographie pour le diagnostic dobstacle serait de 88%, sa spécificité de 95% (8). Cette dilatation calicielle napparaît que pour de pression intrapyélique élevée (25 cm deau pour une pression pyélique dont la limite supérieure de la normale est de 14 cm deau) (9).
La distension, en tentant de limiter laugmentation de pression intra-cavitaire, apparaît logiquement comme une excellente protection contre une détérioration de la fonction rénale ; cela a été contredit par des études animales (10) mais aussi cliniques ; une étude récente comparant la scintigraphie au DMSA et limportance de la distension pyélo-calicielle a décrit une bonne corrélation entre limportance de la distension et de laltération de la fonction rénale (11). Une étude multicentrique de la Society for Fetal Urology plaide dans ce sens où la réduction de lhydronéphrose à distance, parfois prolongée, de la pyéloplastie est corrélée à une amélioration de la fonction rénale (12).
Rôle de lhydratation : une charge hydrique au biberon permettrait de diminuer le nombre conséquent de faux positifs de diagnostics dobstacle évoqué devant lassociation dune dilatation pyélique et calicielle associée (13). A contrario une diète hydrique pourrait être responsable de faux négatifs si la distension calicielle est retenue comme signe prédictif.
- épanchement péri-rénal :
Il témoigne dune rupture calicielle secondaire à un obstacle dapparition brutale responsable dune hyperpression aiguë; ce signe classique est classique mais rare au cours du syndrome de la jonction.
- parenchyme rénal :
Une diminution de son épaisseur secondaire à une hydronéphrose nest pas dans notre pratique quotidienne considérée comme un signe de dysfonctionnement rénal cependant daprès Sibai (14), une forme localisée de compression ainsi quune dilatation pyélo-calicielle sans retentissement sur le parenchyme auraient une meilleure fonction rénale quune forme généralisée (où lépaisseur du parenchyme du rein pathologique est au moins moitié moindre que celle du rein controlatéral).
- vascularisation rénale :
artérielle : depuis une décennie de nombreux travaux ont été effectués sur les modifications de perfusion rénale secondaire à un obstacle sur les voies excrétrices. Lindex de résistivité (IR) qui correspond au ratio entre le pic systolique moins le pic de fin de diastole sur le pic systolique, apparaît la mesure la plus utilisée pour dépister cet obstacle. Le facteur principal concourant à son augmentation est la majoration de la pression pyélique, entraînant une diminution plus marquée du flux diastolique que systolique. Lenregistrement du signal artériel pour obtenir cet index est indifféremment réalisé sur une artère arquée ou interlobaire voir hilaire (15). Cet index est indépendant de langle de tir Doppler utilisé et son calcul est souvent automatisé sur les machines actuelles. Le rôle potentiel de cette mesure dans la caractérisation dun obstacle reste cependant controversé.
Etudes animales : locclusion complète et aiguë dun bassinet est responsable dune augmentation significative de lIR, corrélée à laugmentation de pression intra-cavitaire et inversement corrélée à la filtration glomérulaire (16). Mais la spécificité et la sensibilité de l IR nest respectivement daprès Dodd (17) que de 77% et 74%. Par contre Cole (18) écrit que lIR nest pas un indicateur dobstruction partielle (ce qui correspond à la situation classique dune jonction pyélo-uréterale). La limite de ces études est quelles ne peuvent pas être comparées les unes aux autres en raison de la différence dobstruction réalisée (complète vs partielle) et despèces animales utilisées.
Cette discordance de résultats se retrouve à plusieurs niveaux en pratique clinique pédiatrique :
Les valeurs normales de lIR sont variables en fonction de lâge. Bude (19) rapporte quentre 0 et 4 ans un IR normal peut être supérieur à 0,7, valeur considérée comme normale chez ladulte ; au-delà de 4 ans les valeurs normales sont identiques à celle de ladulte. Cette variation en fonction de lâge est confirmée sur une courte série de 9 enfants de moins de 1 an présentant une hydronéphrose ; une valeur égale ou supérieure à 0.8 étant systématiquement retrouvée dans les hydronéphroses présentant une pression intracavitaire supérieure ou égale à 14 cm deau , synonyme dobstacle (20). Pour augmenter la spécificité de cette mesure certains auteurs ont proposé de prendre en compte non pas lIR du rein pathologique mais la différence dIR entre les deux reins et ou le ratio de ces deux mesures (21,22). Cette mesure a entre autre lavantage de devenir indépendante de lâge; une différence supérieure ou égale à 8% de lIR du rein pathologique avec le rein considéré sain serait très en faveur dun obstacle. Un ratio supérieur ou égal à 10% aurait une spécificité de 83% et une sensibilité de 90% (23) et de 97% et 92% respectivement pour Lim (21). Lintérêt de cet index semble outre de poser le diagnostic dobstacle celui de confirmer sa disparition après pyéloplastie (24).
Ces très encourageants résultats ne sont cependant pas unanimement reconnus. Gill sur une étude portant sur 93 reins non dilatés denfants de plus de un an jette un pavé dans la mare en retrouvant 37% de reins présentant un IR < à 0,7 et 41% de ratio < à 1,1 (25). Shokeir (26) et Akata (27) confirment ces résultats en rapportant linefficacité de lIR pour diagnostiquer un obstacle sauf quand une épreuve au Lasilix y est associée.
Plusieurs explications peuvent être avancées pour expliquer ces discordances : Les facteurs influençant la quantification de lIR sont multiples (5) et probablement pas tous identifiés ou compris. Outre lâge, la tension artérielle, la fréquence cardiaque et la compliance des artères rénales, des facteurs plus « urologiques » comme lhydratation (modifiant la pression pyélique), la présence de lésions parenchymateuses de pyélonéphrite et lexistence dun reflux (modifiant la pression interstitielle) peuvent influencer sa valeur. Ceci est confirmé par les travaux de Radmayr (28) sur une population de 46 enfants, dun âge moyen de 6 ans: les reflux de grade 1 à 3 ne sont pas responsables dune augmentation de lIR au-delà de 0,7 mais les reflux de grade 4 et 5, par lintermédiaire des lésions parenchymateuses induites semble til, ont des IR nettement supérieurs à cette valeur. Cette perte de spécificité de lIR en cas de lésion rénale fut confirmée par Patti (24). Le jeun (29) et labsence de repos prolongé avant lexamen (30) ont été de même rapportés comme causes de variations de lIR chez les adultes. Enfin la dysplasie multikystique qui représente un diagnostic différentiel potentiel à une hydronéphrose est responsable dune modification très significative de lIR (0,9 à 1) sur les reins des enfants dont la vascularisation intra-rénale est enregistrable (31).
- veineuse :
Lanalyse du signal doppler de la veine rénale au cours des obstructions rénales na été publiée à notre connaissance quen pratique adulte ; elle aurait une meilleure sensibilité que lIR artériel (32).
- Score multivarié :
Enfin, une équipe à proposé lutilisation dun score multivarié (33) prenant en compte les résultats morphologiques de léchographie et vélocimétriques du Doppler qui permettrait chez lenfant de séparer les obstructions mineures des obstructions significatives avec une grande fiabilité ; ce travail rétrospectif est resté jusquà ce jour sans écho dans la littérature.
Analyse du jet urétéral :
En dehors des quelques travaux sans suites du jet urétéral au cours du reflux (34,35), une seule publication pédiatrique à notre connaissance a recherché à évaluer ses modifications en cas dobstruction (36). Les auteurs concluent que la présence dun jet nexclue pas une obstruction mais que la fréquence des jets est nettement inférieure au coté controlatéral sain. Quand lasymétrie déjaculation est franche ou quaucun jet nest visible (mais sur quelle durée ?) alors la jonction est vraisemblablement obstructive.
III Méga-uretère obstructif :
Lobstruction siège à la jonction urétéro-vésicale. Elle peut être :
soit congénitale, secondaire à une anomalie intrinsèque de la paroi urétérale juxtavésicale avec dysfonctionnement du péristaltisme.
soit secondaire, par épaississement pariétal vésical primitif ou chirurgical, dorigine lithiasique, ou en rapport avec un abouchement ectopique.
II 1 Signes indirects de lobstacle
Limportance de la dilatation urétérale est classifiée en trois formes :
une forme mineure où seul luretère pelvien est dilaté.
une forme modérée où lensemble de la voie excrétrice est dilatée mais la dilatation prédomine au tiers inférieur de luretère.
une forme majeure ou la dilatation est globale intéressant le système pyélo-caliciel avec un trajet urétéral très sinueux.
Cette description, purement morphologique ne présente pas de concordance directe avec limportance voire même la présence dun obstacle ; un reflux vésico-urétéral pouvant présenter le même aspect voire rarement être associé à un méga-uretère obstructif. La visualisation de mouvements de va et vient de lurine au sein de luretère dilaté napparaît non plus un argument pour signer ou quantifier lobstruction (37). Seul un article pédiatrique décrit une relation directe entre limportance de lurétro-hydronéphrose et le degré dobstruction, données confirmées par la scintigraphie et / ou lurographie (8).
Lanalyse du jet urétéral : alors que cette analyse a trouvé un certain écho dans la pathologie dadulte rien à notre connaissance na été publié concernant le MUC.
Commentaires :
Si la littérature décrit abondamment les bénéfices plus que les déficits des résultats du Doppler pulsé en pratique pédiatrique elle ne tient pas compte du paramètre fondamental quest sa faisabilité en pratique quotidienne. Lagitation, les pleurs, labsence dapnée sont des paramètres qui napparaissent pas dans les articles publiés alors quils modifient les valeurs de lIR et surtout rendent souvent sa réalisation impossible. Le calcul dun IR nécessite lobtention de trois à cinq spectres de qualité pour obtenir une moyenne interprétable (7,16). Si le calcul du ratio entre le rein sain et pathologique a probablement une sensibilité et une spécificité supérieure à la mesure isolée du rein pathologique elle augmente dautant la complexité de lexamen. De plus si la prise dun biberon pourrait théoriquement potentialiser les résultats de léchogaphie-Doppler rénal, le caractère variable du volume ingéré, la longueur de lexamen surtout sil doit être couplé à une injection IV de Lasilix, rendent les résultats aléatoires et la réalisation courante improbable.
Conclusion :
- A la lumière de cette revue de la littérature il apparaît que le caractère obstructif dune jonction peut être avancée devant une dilatation pyélo-calicielle isolée. Lapport du Doppler, et en particulier du ratio dindex de résistivité, mérite dêtre pris en compte si sa réalisation au cours de lexamen est facilement obtenue, compatible avec une activité de pratique courante. Aucun critère vérifié sur des séries conséquentes ne permet de connaître le degré dobstruction dun MUC sur les simples données de lécho-Doppler. Ces résultats ne semblent donc pas pouvoir actuellement remplacer ceux fournis par la scintigraphie qui reste lexamen de référence dans la recherche dun obstacle et de son importance au cours dune uropathie.
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