I / Quelques notions simples dembryologie
Pour ceux qui souhaitent comprendre lembryologie de lil, nous leur conseillons de se reporter aux excellents ouvrages existants, nous ne développerons ici que quelques notions schématiques qui permettent une meilleure compréhension des anomalies malformatives rencontrées.
Les vésicules optiques surgissent de part et dautre du tube neural à la fin de la 2ème semaine. Ce sont des évaginations du tube neural, formées comme lui dune seule couche cellulaire. Les vésicules optiques sortent vers la surface ectodermique et induisent la formation de la placode cristalline.
Il se produit alors une invagination de la placode cristalline et de la vésicule optique et vont se former le globe oculaire avec le cristallin. Le nerf optique provient du pédoncule reliant la vésicule optique à la plaque neurale.
Parallèlement à la formation de la vésicule optique, se produit une invagination à la partie inférieure de cette vésicule, futur globe oculaire, sur toute sa face inférieure. Dans cette invagination se trouve lartère hyaloïdienne et ses branches.
Au cours des 5è et 6è semaines, cette artère hyaloïdienne régresse, il ne persiste quun fin canal non vascularisé, le canal de Cloquet, cest lil définitif. La vascularisation est alors assurée par les artères de la rétine.
La non régression de lartère hyaloïdienne aboutit à la persistance du vitré primitif.
La fente située à la partie inférieure de la vésicule optique qui contient lartère
hyaloïdienne se ferme progressivement à la fin du 1er mois à partir de la zone médiane. La non fermeture de cette fente est à lorigine des colobomes. Un colobome est donc une persistance, plus ou moins localisée de la fente. Il peut être très localisé et antérieur : colobome pupillaire ou au contraire étendu : colobome papillo-rétinien.
En labsence de fermeture de la fente colobomique la couche cellulaire bordant la fente peut continuer son développement, se retourner, ce qui entraîne la formation dun ou plusieurs kystes : kystes colobomateux.
II / Technique
Radiologie conventionnelle
Peu de clichés sont demandés en pratique courante ophtalmologique pédiatrique.
Cliché du crâne, face et profil et cliché de face centré sur les orbites
Intérêt :voir les contours orbitaires et sassurer de leur symétrie
Indication : strabisme associé à un torticolis et/ou une déformation de la boite cranienne
Résultats :lintérêt est déliminer une craniosténose passée inaperçue. Le plus souvent, il sagit en fait dune plagiocéphalie posturale, les sutures sont normales, les pourtours orbitaires sont symétriques. Le strabisme est secondaire à une paralysie du muscle petit oblique, il entraîne une diplopie, pour ne pas subir cette diplopie, lenfant adopte une attitude vicieuse qui lui permet de voir normalement (il incline sa tête, ce qui remet les 2 yeux dans le même plan).
Echographie associée éventuellement au mode Doppler couleur ou Energie
Cest lexamen de choix pour lil puis que le milieu examiné est essentiellement liquidien, léchographie étudie essentiellement lil en arrière du cristallin, elle a peu dintérêt pour la pathologie du segment antérieur accessible à lexamen ophtalmologique.
Technique
Lexamen seffectue en posant la sonde sur la paupière. Il est relativement bien toléré mais doit se faire rapidement. Certains utilisent une pommade anesthésiante, nous nen avons pas lhabitude.
Résultats : Il faut voir :
Limites de lexamen
Tomodensitométrie
La technique nest pas différente de ladulte : plan orbito-méatal, coupes fines maximum 3 mm. Une prémédication peut être nécessaire chez lenfant de moins de 4 ans, nous utilisons lassociation Atarax- Chloral. Linjection de contraste est effectuée en fonction de la pathologie.
IRM
Même technique que chez ladulte :
III / Indications des examens dimagerie
Echographie
Premier examen dans tous les cas à lexception de la plaie pénétrante de lil
Tomodensitométrie, IRM
Les indications de ces 2 examens sont sensiblement superposables et le choix se portera plutôt sur lun ou lautre en fonction des habitudes et des disponibilités locales de chaque technique.
LIRM est bien évidemment formellement contre-indiquée en cas de présence de corps étranger métallique.
Le plus souvent, examens de seconde intention, effectué après une échographie première
Plus rarement demblée
IV Pathologie
Anomalies congénitales
Les anomalies congénitales sont reconnues à la naissance, parfois diagnostiquées à léchographie antenatale.
Un reflet blanc dans la pupille (leucocorie) fait évoquer le diagnostic de persistance du vitré primitif ou PVP ou PHVP (persistance hypertrophique du vitré primitif)
Pathologie le plus souvent unilatérale, elle correspond à un arrêt dévolution de lil en cours du développement embryonnaire : lartère hyaloïdienne ne régresse pas normalement, lil primitif ou vitré primitif persiste. Tous les stades sont possibles depuis un simple résidu embryologique insignifiant associé ou non à une petite opacité du cristallin jusquà la persistance complète de lartère qui correspond alors à la persistance du vitré primitif. Cliniquement, lil est petit, il existe une leucocorie et souvent une cataracte associée(reflet blanc dans la pupille). La vision est mauvaise mais peut saméliorer après intervention.
A léchographie, laspect est caractéristique :
il existe une image linéaire échogène partant de la papille et se dirigeant en avant vers le cristallin, grossièrement triangulaire à sommet postérieur en bas sur le cristallin et base antérieure vers le cristallin. Ceci correspond à la persistance du canal de Cloquet, vestige dans lequel circule lartère hyaloïdienne. Le Doppler couleur permet daffirmer le diagnostic : il existe une artère au sein de cette structure, cest lartère hyaloïdienne qui na pas régressé. Léchographie est suffisante pour porter le diagnostic de PVP.
On rencontre parfois des aspects moins évidents car le résidu du canal de Cloquet peut être plus ou moins important, parfois minime. Le Doppler couleur est alors particulièrement utile.
Une microphtalmie unilatérale peut sassocier à un colobome ou défaut de fermeture de lil. Le colobome peut se situer nimporte où sur lil, il présente donc plusieurs degré de gravité. Le colobome pupillaire correspond à une simple fente visible sur la pupille sans conséquence pathologique. Un colobome postérieur atteint la papille, il existe alors une excavation au niveau de la papille au lieu de laspect plan habituel. Un décollement de rétine peut sy associer. On a ainsi limpression que les vaisseaux rétiniens émergent dun creux, cest le Morning Glory syndrome ou aspect en "fleur de liseron ".
A léchographie, il existe une cavité liquidienne en prolongement du globe au niveau de lémergence du nerf optique. Lintérêt de léchographie est de confirmer le diagnostic clinique mais surtout de rechercher des kystes malformatifs associés, de siège rétro-oculaire, non vus à lexamen ophtalmologique. Ces kystes nentraînent pas de complication particulière, ils ont au contraire le mérite doccuper de la place dans lorbite et de limiter les conséquences inesthétiques de la microphtalmie sur la croissance de lorbite ils peuvent grossir et poser des problèmes diagnostiques. Ces kystes sont bien explorés également en TDM ou IRM.
Quand la microphtalmie est sévère, des techniques plastiques sont nécessaires pour corriger le préjudice esthétique. Cest dans cette indication que la TDM avec reconstruction 3 D peut être utile.
La fibroplasie rétro-lentale nest pas une anomalie congénitale, cest également une cause de microphtalmie. Pathologie du prématuré secondaire à une ventilation assistée prolongée en période néonatale avec excès doxygène mais se rencontre également en labsence dantécédents néonataux. Il existe une prolifération fibrovasculaire en avant de la rétine, avec un aspect fibreux très hétérogène du vitré. A léchographie, lil apparaît échogène de façon hétérogène. Cette prolifération peut entraîner un décollement de rétine par traction. La rétine est alors difficilement reconnaissable, venant au contact du cristallin en avant et léchographie permet dapprécier la morphologie du tunnel par où va passer le geste chirurgical
La maladie de Coats est une angiomatose rétinienne. La malformation vasculaire touche les petits vaisseaux rétiniens, la rétine est soulevée et peut se décoller. Léchographie met en évidence un épaississement de la rétine avec parfois des calcifications ou le décollement.
Le Doppler couleur confirme quil sagit de lésions vasculaires.
Pathologie infectieuse
Léchographie peut mettre en évidence un refoulement des muscles de lorbite par linfection ou une diminution de lhyperéchogénicité habituelle de la graisse orbitaire traduisant alors une atteinte intra-conique. La tomodensitométrie est également un bon examen dans ce cas car elle visualise les structures osseuses objectivant une éventuelle lyse.
Cette atteinte infectieuse peut prêter confusion avec une pathologie tumorale donnant un faux aspect de tumeur : pseudo-tumeur inflammatoire.
La rétention de sécrétions dans une cavité et en particulier au niveau dune cellule ethmoïdale au décours dune infection peut aboutir à la formation dune mucocèle. Cest une rétention enkystée de liquide non obligatoirement septique qui a tendance à augmenter de volume en refoulant les structures osseuses et notamment la paroi interne de lorbite qui est fine. Le traitement est chirurgical.
Pathologie tumorale
Le bilan dextension nécessite dautres examens, TDM ou IRM, pour apprécier lextension postérieure qui conditionne les modalités thérapeutiques et le pronostic.
Léchographie est utile à la surveillance sous traitement chimiothérapique, une diminution de la vascularisation est un critère defficacité thérapeutique
Les lésions superficielles telles les hémangiomes capillaires ou les kystes dermoïdes bien limités ne nécessitent pas dinvestigation complémentaire. Léchographie et les autres examens trouvent leur intérêt quand la limite postérieure de la lésion est incertaine.
Langiome apparaît comme une masse relativement échogène, vascularisée au Doppler mais il faut régler les vitesses très basses car les flux peuvent être lents.
En TDM, la prise de contraste est dailleurs souvent peu importante mais ceci nélimine pas le diagnostic : en effet, les flux sont lents, il est en règle difficile dobtenir une injection rapide du contraste chez ces enfants jeunes difficiles à piquer, labsence de prise de contraste nette nest donc pas un élément contre le diagnostic dangiome. Il peut exister des calcifications.
En IRM, la masse est iso échogène en T1, hyperéchogène en T2, elle refoule harmonieusement les structures de voisinage, elle prend le contraste, les calcifications peuvent être vues en hyposignal.
Le lymphangiome est plus rare et apparaît kystique (anéchogène à léchographie, hypodense en TDM, hypo T1 en IRM), il est souvent polylobé.
*Le gliome du nerf optique et/ou du chiasma est diagnostiqué devant une exophtalmie clinique ou dans un contexte de neurofibromatose connue. Il est exploré en TDM ou IRM. Cest une tumeur qui suit les voies optiques mais qui peut les dépasser et devenir très volumineuse. Elle prend le contraste de façon intense et homogène, lIRM a lavantage de lexploration multiplanaire en particulier dans laxe du nerf optique.
*Le rhabdomyosarcome est une tumeur agressive, ne respectant pas lanatomie, développée aux dépens des muscles de lorbite mais très rapidement invasive avec destruction osseuse voire envahissement intracrânien. Le bilan est fait en IRM et TDM, la TDM a lavantage de mieux préciser lenvahissement éventuel de la base du crâne, lexamen doit comporter une incidence coronale.
Limagerie a un rôle fondamental dans la surveillance sous traitement de ces tumeurs.
*Le lymphome peut atteindre lorbite soit lymphome primitif, soit atteinte secondaire dans le cadre dun lymphome disséminé. Cest une masse relativement homogène, envahissante mais plutôt moins destructrice que le rhabdomyosarcome.
Pathologie traumatique
Léchographie recherche un corps étranger intra-oculaire. Elle met en évidence lhémorragie intravitréenne sous forme de fins échos, elle permet le diagnostic de décollement rétinien qui nest pas toujours facile cliniquement du fait de lopacité des milieux aqueux. La rétine décollée donne un aspect en V, elle reste attachée au pôle postérieur de lil, et flotte de part et dautre de son attache.
La pathologie traumatique de la face et des pourtours orbitaires ne sera pas envisagée ici.
Conclusion
Tout radiopédiatre ou radiologue qui s'intéresse à la pédiatrie peut rendre service à l'ophtalmopédiatre. L'examen essentiel dans ce domaine est l'échographie, de réalisation relativement simple , à condition de connaître la pathologie recherchée.
Microphtalmie : Existe til une leucocorie ?
Leucocorie : quelle est la taille de lil ?
Atteinte infectieuse péri-orbitaire
Léchographie peut aider à situer les limites de linfection en particulier dans les ethmoïdites.
Pathologie tumorale
Le bilan doit être d'emblée complet, ce qui nécessite souvent un centre spécialisé.