Publié janvier 2003

L'IRM DU GENOU DE L'ENFANT

H. DUCOU LE POINTE, P. MARY, L. LEFLOT

L'IRM du genou de l'enfant comporte de nombreux avantages : exploration non irradiante, acquisition multiplanaire, excellent contraste permettant d'étudier les muscles, les tendons, les cartilages et la médullaire osseuse. Cependant, cette technique ne doit être envisagée qu'après réalisation de radiographies simples qui sont souvent suffisantes au diagnostic et à l'exploration de certaines pathologies traumatiques, microtraumatiques, malformatives.

La tomodensitométrie quant à elle est réservée principalement à l'exploration des lésions de la corticale osseuse, qu'elles soient traumatiques, infectieuses ou tumorales.

L'échographie peut être utile lors de l'exploration de certains syndromes de masse (kyste po-plité). Elle peut permettre de visualiser un épanchement articulaire, de mettre en évidence un épaississement de la synoviale. L'exploration des ligaments et ménisques s'avère plus diffi-cile par cette technique.

L'arthrographie n'est utilisée que de façon exceptionnelle et l'arthroscopie ne doit plus être considérée comme une technique diagnostique et ne peut être réalisée que dans un but théra-peutique.

TECHNIQUE

La technique d'exploration repose comme chez l'adulte sur l'utilisation d'antennes de surface, le genou étant installé en extension ou avec un très discret degré de flexion permettant à l'enfant de tenir la position sans bouger. Généralement le genou est placé en rotation externe d'environ 15° afin de permettre une visualisation plus facile du ligament croisé antérieur sur des coupes sagittales. Le champ d'exploration doit être choisi aussi petit que possible, en pra-tique entre 12 et 18 cm, afin d'améliorer la résolution spatiale. L'épaisseur de coupe est géné-ralement comprise entre 3 et 4 mm. En routine, nous réalisons des coupes sagittales pondérées T1, des séquences sagittale et coronale en spin écho T2 deux échos. La séquence coronale T2 est parfois réalisée en écho de gradient. Lorsqu'on décide de rechercher des lésions cartilagi-neuses, trois types de séquences peuvent être utilisées : les séquences en densité de proton avec saturation de la graisse, des séquences en écho de gradient pondérées T1 avec saturation de la graisse (ces séquences peuvent être réalisées en acquisition tridimensionnelles). Enfin, peut être également réalisée une séquence en écho de gradient T2.

La séquence STIR (short tau inversion recovery) est utile pour rechercher les lésions inflam-matoires ou post traumatiques (qui apparaissent en hypersignal) intéressant aussi bien les tis-sus mous que la médullaire osseuse. Les lésions vasculaires sont également bien visualisées sur cette séquence.

L'utilisation d'une injection intraveineuse de Gadolinium est réalisée en cas d'arthrite ou de pathologie synoviale. Elle peut également être utile en cas de lésion nécrosante. Enfin elle est utilisée en cas de syndrome tumoral.

L'injection intra-articulaire de Gadolinium n'est pas réalisée en pédiatrie. Quelques tentatives ont eu lieu d'injection intraveineuse de Gadolinium et obtention secondaire d'un effet arthro-graphique par passage du produit de contraste en intra-articulaire, ce passage de produit de contraste en intra-articulaire s'obtenant après un délai de 10 à 30 minutes après l'injection intraveineuse.

Concernant l'exploration des tumeurs osseuses, la technique de réalisation de l'examen dif-fère des autres indications. L'examen est réalisé soit avec une antenne de surface couplée en réseau permettant une analyse complète de la tumeur, soit effectuée en deux temps, tout d'abord avec une antenne corps pour visualiser l'ensemble du segment osseux à la recherche de localisations secondaires (skip metastases), complétée ensuite par une étude en antenne de surface centrée sur la lésion. Des séquences pondérées en T1, T2 et en STIR sont les plus cou-ramment réalisées. L'étude de la tumeur doit être réalisée dans deux plans orthogonaux. L'intérêt de l'injection d'un produit de contraste est plus discuté. Si celle-ci est effectuée, les séquences les plus intéressantes semblent être une acquisition dynamique qui permet d'étudier le rehaussement tumoral prédictif de zones tumorales viables.

ASPECT NORMAL DU GENOU DE L'ENFANT

La caractéristique principale chez l'enfant est la composante cartilagineuse importante. Les épiphyses fémorale distale et tibiale proximale sont les seules à être ossifiées à la naissance. L'ossification de la rotule n'apparaît qu'à l'âge de 3 ou 4 ans. Ces points d'ossification sont entourés de cartilage permettant à la fois la croissance de l'os (cartilage de croissance) et la maturation des points d'ossification et de cartilage d'encroutement. Des études réalisées chez l'animal permettent de retrouver une concordance entre le signal IRM et les différentes cou-pes histologiques du cartilage de croissance. Ces différentes couches ne sont pas retrouvées en pratique chez l'enfant. On peut distinguer le cartilage articulaire du cartilage de croissance, le cartilage articulaire ayant un signal inférieur au cartilage de croissance.

Initialement, le signal au sein des noyaux d'ossification est de type hématopoïétique, puis rapidement remplacé par un signal graisseux. L'aspect morphologique du noyau d'ossification fémoral inférieur est souvent irrégulier, ne devant pas être pris pour une ostéo-chondrite. Le signal des métaphyses dépend de l'âge du patient et du ratio de moelle hémato-poïétique et de moelle graisseuse. Les jeunes enfants ont un signal de moelle hématopoïétique alors que les adolescents ont un signal métaphysaire hétérogène, lié à la conversion de la moelle hématopoïétique en moelle graisseuse.

La moelle hématopoïétique se rehausse après injection de produit de contraste et ceci peut être bien visualisé sur des séquences dynamiques avec soustraction. De même il est possible de mettre en évidence les vaisseaux au sein du cartilage entourant le noyau d'ossification.

Les ménisques sont visibles et atteignent la taille adulte très tôt, entre 3 et 4 ans.

LESIONS CONGENITALES

Les indications de l'IRM dans les lésions congénitales sont rares puisque la plupart des lé-sions dysplasiques sont étudiées sur les radiographies simples.

L'échographie est parfois utilisée pour rechercher l'existence d'une rotule lorsqu'on suspecte par exemple une ostéo-onycho-dystrophie.

Les indications des IRM sont relativement rares. Elle peut être demandée en cas de fémur court congénital ou d'une ectromélie longitudinale externe pour rechercher une anomalie des ligaments croisés, souvent associée. Ces anomalies des croisés sont importantes à prendre en compte pour le risque de luxation du genou durant et après le traitement d'allongement du membre. Dans notre expérience, nous avons également noté des anomalies méniscales asso-ciées.

Dans la dysplasie épiphysaire hémimélique, l'IRM permet de bien définir des lésions ostéo-chondromateuses épiphysaires et leurs relations avec le cartilage épiphysaire. Elle met en évi-dence un plan de clivage qui peut être retrouvé en peropératoire et ainsi de réaliser une exérèse complète de la lésion.

Par ailleurs, il a été décrit des absences congénitales isolées des ligaments croisés ou des mé-nisques.

LESIONS TRAUMATIQUES

- Les fractures

- Les fractures de l'extrémité distale du fémur ou proximale du tibia sont cliniquement évi-dentes et de diagnostic souvent aisé sur les radiographies simples. Pour les fractures com-plexes, nous réalisons généralement un examen tomodensitométrique. Dans la littérature, l'IRM permet de mettre en évidence des lésions type Salter IV alors que les radiographies simples ne mettent en évidence que les fractures de type Salter II. Il est également possible, devant des fractures épiphysaires ou métaphysaires, de mettre en évidence une atteinte du cartilage de conjugaison.

- Les fractures du plateau tibial et notamment l'avulsion des épines tibiales ont un mécanisme équivalent aux lésions provoquant une atteinte du ligament croisé antérieur. Fréquemment, lorsqu'il existe une avulsion des épines tibiales, le ligament croisé n'est pas rompu. Lorsque l'indication opératoire est posée, il n'est pas nécessaire de réaliser un examen par IRM.

L'IRM, si elle est effectuée, apprécie mieux que la tomodensitométrie le fragment cartilagi-neux arraché.

- Les lésions des ligaments croisés

Les lésions des ligaments croisés, notamment du ligament croisé antérieur, peuvent être vi-sualisées avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité par l'IRM. En IRM les signes principaux de rupture du ligament croisé antérieur sont la discontinuité du ligament, le signal anormal en T1 et surtout l'hypersignal en séquence pondérée T2 et les contours anormaux avec notamment une orientation anormale des fibres du ligament croisé antérieur par rapport à la ligne inter-condylienne de Blumensaat.

Les signes indirects de rupture du ligament croisé sont principalement une contusion osseuse, un déplacement antérieur du plateau, la non couverture de la corne postérieure du ménisque externe, l'angulation anormalement aiguë du croisé postérieur. Il peut s'y associer des lésions du ménisque interne ainsi que du ligament latéral interne.

Les atteintes du ligament croisé postérieur sont exceptionnelles chez l'enfant.

- Les contusions osseuses

L'dème médullaire est peut-être la conséquence d'un traumatisme, d'un processus infec-tieux ou tumoral. Dans le cadre d'un traumatisme, l'dème médullaire ou contusion osseuse représente une association d'hémorragie, d'dème et d'hyperhémie, éventuellement de microfractures trabéculaires. La localisation de cet dème médullaire est liée au type de traumatisme. Par exemple, un dème médullaire intéressant un condyle fémoral externe et la partie externe du plateau tibial est visible et associé fréquemment à une atteinte du ligament croisé antérieur. Des contusions osseuses du compartiment latéral peuvent être également visualisées sans atteinte du ligament croisé antérieur.

Un dème de la partie interne de la rotule et du condyle fémoral externe évoque une luxation transitoire de la rotule. Un dème de la partie antérieure du plateau tibial et des condyles fé-moraux évoque un mécanisme en extension, pouvant éventuellement provoquer une lésion du ligament croisé postérieur qui est rare en pédiatrie. L'IRM explique la symptomatologie dou-loureuse des enfants. En revanche, la constatation d'une contusion osseuse isolée n'entraîne qu'un traitement symptomatique.

- Les ménisques

Les lésions méniscales se voient en pédiatrie dans deux circonstances : chez l'adolescent elles se rapprochent de la pathologie méniscale de l'adulte, ou bien sur un ménisque de morpholo-gie anormale (ménisque discoïde) et dans ce cas la symptomatologie clinique peut paraître plus tôt.

- Le ménisque discoïde peut être soit asymptomatique, soit s'accompagner d'un craquement lors de la marche. La lésion méniscale peut être uni ou bilatérale. L'IRM démontre un ménis-que anormalement large, ayant perdu sur les coupes sagittales sa forme habituelle en nud papillon. Normalement, deux coupes contiguës de 5 mm d'épaisseur coupent le ménisque. On considère qu'un ménisque est discoïde si trois coupes contiguës ou plus coupent le ménis-que. En coupes coronales, le ménisque apparaît épais et s'étend vers la région inter-condy-lienne en ayant perdu sa morphologie triangulaire. Le ménisque externe est le plus souvent atteint. Ces ménisques sont souvent dégénératifs et présentent des déchirures à un âge pré-coce. Ils deviennent symptomatiques après un traumatisme, avec notamment l'apparition d'épisodes de blocages.

- La séméiologie des lésions méniscales chez l'adolescent n'est pas différente de celle de l'adulte. Chez l'enfant, il faut savoir qu'il existe fréquemment des hypersignaux au sein des ménisques qui ne représentent ni des lésions dégénératives, ni des lésions méniscales, mais simplement le reflet de la vascularisation du ménisque. Les lésions méniscales n'atteignant pas la surface du ménisque, elles n'ont pas de traduction en arthroscopie ; elles sont souvent considérées comme des lésions dégénératives. Les lésions méniscales sont généralement défi-nies comme étant soit verticales, soit longitudinales. Les lésions verticales sont généralement perpendiculaires à la surface du ménisque ; elles sont le plus souvent d'origine traumatiques. Les lésions longitudinales sont parallèles à la circonférence du ménisque ; elles divisent le ménisque en fragments internes et externes. Parmi les fractures longitudinales, on distingue plus particulièrement la lésion en anse de seau. Cette fracture en anse de seau atteint fré-quemment le ménisque interne. Le fragment interne se déplace généralement de façon cen-trale, en avant du ligament croisé postérieur, réalisant ainsi le signe du double ligament croisé postérieur.

Les autres signes de lésion en anse de seau sont la visualisation d'un fragment inter-condy-lien, le signe d'une double corne antérieure, la diminution de volume ou l'absence d'une corne méniscale.

Les fractures horizontales se développent dans le plan du ménisque, le séparant en fragments supérieur et inférieur. Cette lésion méniscale peut s'étendre jusqu'au niveau de la limite externe du ménisque, permettant ainsi le passage de liquide synovial. Ce liquide peut se col-lecter à la périphérie et provoquer le développement d'un kyste méniscal.

La sensibilité et la spécificité de l'IRM concernant les lésions méniscales de l'enfant sont comprises pour la sensibilité, suivant les séries, entre 66% et 100% et, pour la spécificité, entre 83% et 95%.

- L'épiphysiodèse

Les traumatismes intéressant le cartilage de croissance peuvent être à l'origine de pont d'épiphysiodèse. On estime qu'environ 15% des fractures intéressant la physe se compliquent de ponts d'épiphysiodèse. Les fractures de l'extrémité distale du fémur et proximale du tibia sont un site peu fréquent de fracture intéressant le cartilage de conjugaison, mais sont en revanche fréquemment associées à l'apparition de pont d'épiphysiodèse. Le risque de ces ponts d'épiphysiodèse est bien évidemment d'entraîner un trouble de la croissance osseuse et une déformation du membre.

Le rôle de l'imagerie pour ces patients est de diagnostiquer ces ponts d'épiphysiodèse mais également d'en préciser la localisation et d'estimer leur importance. Les ponts d'épiphysiodèse représentant moins de 50% du cartilage de conjugaison sont susceptibles d'être réséqués chirurgicalement avec un bon pronostic sur la croissance. Les radiographies simples montrent les déformations liées à un pont d'épiphysiodèse mais sont parfois limitées pour définir l'importance en volume de ce pont d'épiphysiodèse. La tomodensitométrie avec reconstruction multiplanaire met en évidence les ponts d'épiphysiodèse ossifiés. L'IRM per-met donc à la fois de bien visualiser le pont d'épiphysiodèse et d'en apprécier son volume. Les séquences les plus utilisées sont des séquences de type cartilage. Les séquences 3D en écho de gradient T1 peuvent ainsi être réalisées et permettre des reconstructions multiplanai-res associées à une projection de l'image type MIP permettant ainsi de visualiser la cartogra-phie de la plaque de croissance. Cette technique est concurrente de la tomoscintigraphie dont les performances sont équivalentes.

- L'ostéochondrite disséquante

C'est une pathologie de l'adolescent. L'étiologie la plus fréquemment évoquée est des micro-traumatismes répétés. La localisation habituelle se situe sur le condyle latéral. Les symptômes cliniques les plus fréquemment rencontrés sont douleurs, gonflement, épanchement (en cas de corps étranger) et diminution de la mobilité du genou avec des blocages intermittents. Parfois la symptomatologie est silencieuse. Le diagnostic est souvent réalisé sur des radiographies conventionnelles. L'évolution est généralement favorable et le traitement est de moins en moins chirurgical. L'exploration en imagerie devient donc de plus en plus limité. Seuls sont explorés en IRM les enfants chez qui on suspecte l'existence d'un fragment instable ou déta-ché. L'arthroscanner n'a en tout cas plus cours. Les signes IRM devant faire suspecter un fragment instable sont une ligne en hypersignal T2 séparant le fragment ostéochondral de l'os adjacent, une fracture cartilagineuse se traduisant par une ligne hyperintense à travers les car-tilages, un défect localisé comblé par du liquide articulaire, une image kystique profonde dont la largeur est supérieure à 5 mm. Ces lésions d'ostéochondrite disséquante ne doivent pas être confondues avec les irrégularités physiologiques des condyles fémoraux qui ont une localisa-tion sur le tiers postérieur du condyle. Ces lésions d'ostéochondrite disséquante ne doivent pas être également confondues avec des lésions de nécrose vasculaire qui peuvent être en pédiatrie secondaires à un traitement par corticothérapie, spécialement chez les enfants atteints de lupus, ou après transplantation, ou après traitement d'une leucémie aiguë. La symptomatologie clinique est représentée principalement par des douleurs. L'infarctus osseux se traduit en IRM par une zone avasculaire ayant un hyposignal T1 et un hypersignal T2. Secondairement, les lésions évoluent vers un hyposignal T1 et T2 en relation avec une ostéos-clérose ou une fibrose, souvent entourée d'une zone démateuse apparaissant en hypersignal T2.

- La maladie de Blount est également une pathologie dont l'étiologie est encore incertaine, classée par certains dans les ostéochondroses et par d'autres dans les pathologies vasculaires nécrosantes. La symptomatologie clinique est caractérisée par un tibia vara en relation avec un défaut de croissance de la partie interne du cartilage de conjugaison, entraînant une hypo-plasie du plateau tibial interne et des remodelages de zones métaphysaires adjacentes. Le diagnostic est souvent réalisé sur les clichés simples. L'IRM permet de préciser la morphologie de la composante cartilagineuse épiphysaire, d'apprécier également le cartilage de croissance ainsi que sa vascularisation et enfin de préciser s'il existe ou non un pont d'épiphysiodèse ou des arguments en faveur d'un défaut de fonctionnement de ce cartilage de conjugaison.

Outre les anomalies physaires, le retard d'ossification appartient à terme au plateau tibial où on peut mettre en évidence des anomalies de signal méniscal liées probablement aux contraintes mécaniques.

Certaines pathologies traumatiques ou microtraumatiques ne méritent pas une exploration par IRM. En revanche, la séméiologie mérite d'être connue pour ne pas faire d'erreur diagnosti-que. Par exemple, l'ostéochondrose de la pointe de la rotule ou de la tubérosité tibiale anté-rieure sont généralement des diagnostics cliniques qui ne nécessitent pas d'imagerie lorsqu'il s'agit d'une symptomatologie clinique typique bilatérale. Lorsque la symptomatologie est unilatérale, les radiographies simples permettent d'éliminer le diagnostic d'infection ou de tumeur. L'IRM peut montrer un dème de la tubérosité tibiale antérieure, du tendon rotulien, des tissus mous et même de la partie antérieure du plateau tibial. Cet dème est particulière-ment bien vu sur des séquences STIR. Il ne faut pas se laisser impressionner par l'importance de la composante démateuse. Pour le Sinding Larsen, la séméiologie est la même au niveau de la pointe de la rotule.

Les fractures de fatigue peuvent également présenter un piège d'interprétation en IRM si le diagnostic n'est pas évoqué. En revanche l'IRM peut être une méthode diagnostique des fractures de fatigue lorsque l'examen est bien orienté. La fracture est bien visible en IRM soit sur des séquences T2 ou STIR, l'dème périfracturaire apparaissant en hypersignal tandis que la fracture reste en hyposignal. En séquence pondérée T1, la fracture est plus difficile à visua-liser car la fracture se confond avec l'dème médullaire. L'injection de complexe de Gadoli-nium permet de visualiser la solution de continuité qui ne se rehausse pas après injection. Devant une suspicion de fracture de fatigue, l'IRM n'est pas toujours nécessaire. On peut par-fois simplement immobiliser le patient et refaire des radiographies 10 à 15 jours après le début de la symptomatologie clinique ce qui permet de mettre en évidence l'apparition de l'apposition périostée.

LES INFECTIONS

Le diagnostic d'infection doit être le plus rapide possible pour permettre un traitement rapide afin d'éviter les destructions cartilagineuses, osseuses ou du cartilage de conjugaison de l'extrémité du fémur et proximale du tibia. Les infections sont le plus souvent hématogènes. Chez l'enfant de moins d'un an, l'atteinte infectieuse est souvent épiphyso-métaphysaire tan-dis que chez l'enfant âgé de plus d'un an, le cartilage de conjugaison forme une barrière tem-poraire.

Lorsque l'on suspecte une infection, le diagnostic est évoqué cliniquement par la biologie et une identification du germe doit être obtenue par aspiration et culture. Les signes de radiogra-phie simple sont généralement tardifs. L'échographie permet de mettre en évidence une modi-fication de la synoviale ou un abcès sous périosté mais les examens les plus sensibles à une phase précoce sont la scintigraphie et l'IRM. Dans une ostéomyélite, l'IRM montrera un dème médullaire se traduisant par un hyposignal T1 et un hypersignal T2. L'abcès sous périosté peut être visualisé. De même il est possible de mettre en évidence une collection dans les tissus mous. L'injection de Gadolinium permet de mettre en évidence une prise de contraste en couronne autour de l'abcès.

En cas d'arthrite, l'IRM met en évidence un épaississement de la synoviale, un épanchement articulaire avec parfois des débris, un dème des tissus mous, parfois une collection le long des tendons. Tout comme dans les traumatismes, la difficulté réside principalement dans l'accessibilité de la technique en urgence.

L'ARTHRITE NON SEPTIQUE

- L'arthrite rhumatoïde juvénile est le rhumatisme inflammatoire le plus fréquent de l'enfant. Le genou est l'articulation la plus fréquemment atteinte et les radiographies simples sont utilisées généralement dans le bilan initial pour suivre la progression de cette pathologie. L'IRM semble en revanche une technique beaucoup plus sensible pour mettre en évidence les lésions et en suivre la progression. En IRM les lésions synoviales sont les mieux visualisées en séquence pondérée T2 ou après injection de Gadolinium en séquence pondérée T1 associée à une saturation de la graisse. Sur les séquences T1 non injectées, la synoviale peut être diffi-cile à distinguer du liquide articulaire.

Le panus est le plus souvent visualisé en séquence pondérée T2 comme une zone en hyposi-gnal entourée d'un hypersignal lié au liquide articulaire. Ce panus, qui ne se rehausse que très peu par les chelates de Gadolinium, est difficile à visualiser sur les séquences avec injection. Les lésions destructrices osseuses et cartilagineuses atteignent plus volontiers le squelette mature. Un dème de la médullaire a été proposé comme étant un signe précoce d'atteinte osseuse. Une hypoplasie méniscale est un signe souvent rapporté après quelques années d'évolution.

- La synovite villo-nodulaire

C'est une affection rare chez l'enfant. Elle est liée à une prolifération synoviale avec une accumulation de fer sous la forme d'hémosidérine. Le genou est la localisation la plus fré-quente. En IRM, l'aspect le plus caractéristique est l'existence d'une masse intra-articulaire en hyposignal T1-T2 et en densité de protons. Cet hyposignal est lié aux propriétés ferroma-gnétiques de l'hémosidérine. Ces hyposignaux sont d'autant mieux visibles que l'on utilise des séquences en écho de gradient. L'arthropathie hémophilique peut également être diagnos-tiquée par les dépôts d'hémosidérine. On met alors en évidence un épaississement de la syno-viale, une érosion cartilagineuse et une ostéolyse. Des kystes sous chondraux sont parfois mis en évidence. Il peut également exister des hématomes musculaires avec un signal IRM qui dépend du stade évolutif de l'hématome.

LES LESIONS TUMORALES

- Les tumeurs malignes

Les tumeurs malignes sont explorées comme nous l'avons vu dans la technique par IRM. Rappelons que cette IRM doit être effectuée avant tout geste biopsique afin de ne pas entraî-ner une surestimation du volume tumoral. Dans les ostéosarcomes, l'IRM a permis de montrer qu'il existait fréquemment une extension épiphysaire de la lésion à travers le cartilage de conjugaison. Il est également important de noter s'il existe une extension intra-articulaire de la lésion. Quant à la tumeur d'Ewing, elle est plus souvent diaphyso-métaphysaire et son comportement en IRM n'est pas spécifique, apparaissant en signal intermédiaire en T1 et en discret hypersignal en T2.

L'IRM peut parfois être utile au diagnostic d'infiltration médullaire et faire porter le diagnos-tic de leucémie, lymphome ou métastases diffuses. L'IRM apparaît plus performante que la scintigraphie lorsque l'infiltration est purement médullaire et ne s'accompagne pas d'ostéolyse corticale (séquence en spin écho T1).

Les tumeurs des tissus mous peuvent parfois avoir un aspect caractéristique notamment en cas de lipome, d'hémangiome ou d'abcès. En revanche, le caractère bien limité d'une lésion n'est pas un facteur prédictif de sa bénignité. Il faut donc être prudent quant au diagnostic de nature de la lésion dont le diagnostic sera affirmé par la biopsie.

Les deux tumeurs malignes des tissus mous les plus fréquentes sont le rhabdomyosarcome et le synovialosarcome.

- Les tumeurs bénignes

Concernant les tumeurs bénignes, l'IRM est rarement utilisée pour les caractériser. En revan-che, une IRM peut être trompeuse si elle n'est pas correctement orientée.

Par exemple l'ostéome ostéoïde peut entraîner en IRM une réaction démateuse importante avec un hyposignal T1 et un hypersignal T2. Le nidus lui-même apparaît en hyposignal T1 et en discret hypersignal T2, se rehaussant fortement après injection de produit de contraste.

Le fibrome osseux non ossifiant a également un aspect non spécifique en hyposignal T1 et hypersignal T2. C'est principalement l'aspect sur les radiographies simples qui permet d'évoquer le diagnostic.

Le chondroblastome a une localisation épiphysaire avec une extension fréquemment méta-physaire. Il apparaît en hyposignal T1 avec un signal intermédiaire en séquence pondérée T2. Souvent il existe un liseré d'hyposignal à la périphérie, associé à un dème de la médullaire.

L'IRM permet de faire facilement le diagnostic de kyste synovial. Cependant, la réalisation d'une IRM ne semble pas nécessaire et souvent le diagnostic est réalisé en échographie.

Les kystes poplités de l'enfant surviennent généralement entre 3 et 10 ans, sont primitifs et ont une tendance à la guérison. Les IRM ne sont généralement réalisées qu'en cas de doute diagnostique.

En conclusion, l'IRM du genou est une méthode d'exploration de pratique quotidienne dont les indications se sont multipliées pour rechercher l'étiologie des lésions et apporter les élé-ments anatomiques pré-chirurgicaux. Les indications en urgence de l'IRM ostéo-articulaire du genou grandiront dans les prochaines années avec une accessibilité accrue de ces machines.


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