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Lischémie périnatale se définit comme une anomalie cérébrovasculaire survenant entre 28 semaines de grossesse et 28 jours de vie (1). Ses facteurs favorisants, son mode de survenue, ses localisations préférentielles, ses conséquences et sa présentation en imagerie sont très différents chez le ftus, le nouveau-né prématuré et le nouveau-né à terme. Par ailleurs chez ce dernier, on distingue lencéphalopathie aiguë par asphyxie néonatale et laccident vasculaire cérébral (le plus souvent dorigine artérielle, mais parfois aussi veineuse) qui surviennent dans des contextes très différents.
Après quelques considérations techniques sur lusage de limagerie de diffusion dans ce type de pathologie, nous envisagerons successivement les différents modes de présentation de lischémie périnatale, vus essentiellement du point de vue de limagerie.
RAPPEL TECHNIQUE CONCERNANT LIMAGERIE DE DIFFUSION
L intérêt de limagerie de diffusion est bien connu chez ladulte, en particulier dans la pathologie vasculaire. Chez lenfant, elle permet en outre détudier la maturation (prémyélinisation et myélinisation en particulier) et dexplorer les maladies de la substance blanche.
La séquence de diffusion est élaborée à partir dune séquence T2 echoplanar complétée par lajout de gradients dits « de diffusion », placés symétriquement autour de limpulsion de 180°. Pour produire une image pondérée en diffusion, il suffit dappliquer ces gradients supplémentaires selon 3 axes perpendiculaires entre eux et de faire une moyenne du signal obtenu. Sur une telle image, un hypersignal ne correspond pas toujours à une anomalie de la diffusion et peut correspondre à la contribution dun hypersignal T2 . Pour saffranchir de cet effet de rémanence T2, il est obligatoire de générer une cartographie des coefficients apparents de diffusion (ADC), exprimés en µm2/s.
Dans lexploration dun accident vasculaire aigu par exemple, le but de limagerie de diffusion est de détecter une restriction globale de la diffusion (diminution de lADC)
traduisant un dème cytotoxique. Lutilisation de trois axes de mesure suffit pour obtenir une imagerie de diffusion.
En revanche, pour létude de pathologies de la substance blanche, le calcul du tenseur de diffusion est nécessaire pour étudier les paramètres directionnels.
Dans un milieu isotrope, où la diffusion est égale en toutes directions, le volume de distribution dune molécule deau est une sphère. Dans un milieu anisotrope comme la substance blanche, ce volume est un ellipsoïde. La diffusion de leau est en effet restreinte perpendiculairement à laxone et facilitée parallèlement à lui. Limagerie du tenseur de diffusion consiste à appliquer les gradients de diffusion le long dau moins 6 axes non colinéaires pour déterminer les vecteurs et valeurs propres de lellipsoïde, relatifs aux directions et coefficients de diffusion le long de ces axes. Le paramètre le plus utilisé est la fraction danisotropie (FA). Elle est nulle dans un compartiment parfaitement isotrope et égale à 1 dans un tissu où leau ne diffuserait que selon une seule direction.
Par cette technique, on obtient alors des informations concernant la micro-architecture tissulaire et notamment la myélinisation. Cette maturation tissulaire étant en plein développement chez le nouveau-né, il est impératif de connaitre son aspect normal en fonction de lâge sur les différentes pondérations pour interpréter limagerie en tenseur de diffusion (et la carte ADC).
I/ ISCHEMIE CEREBRALE FOETALE
Seule lischémie survenant au-delà de 28 SA sera prise en compte dans ce paragraphe. Les causes dischémie ftale sont dorigine maternelle (choc hypovolémique, hypoxie, traumatisme abdominal, hypo ou hypertension, prise de drogues, notamment de cocaïne), placentaire (thrombose ou hémorragie) ou ftale (infection, notamment toxoplasmose et CMV, anasarque). Les maladies métaboliques sont très rarement causes dischémie cérébrale ftale. Par ailleurs, dans les grossesses multiples monochoriales, la mort in utéro dun des ftus ou un syndrome transfuseur-transfusé peuvent être responsables de lésions ischémiques par le biais danastomoses placentaires, chez le ftus survivant et chez le ftus transfuseur comme chez le transfusé.
Lischémie peut être pure ou associée à une hémorragie liée à une rupture capillaire lors de la reperfusion dune lésion ischémique, surtout sil y a augmentation de la pression veineuse (2,3).
Echographie
Léchographie recherche des signes indirects dischémie (diminution des mouvements actifs, hydramnios par trouble de la déglutition) dans un contexte évocateur et des signes directs, la zone ischémiée apparaissant hyperéchogène, plus ou moins étendue. La sensibilité et la spécificité de léchographie en matière dischémie sont très mauvaises, certaines zones étant mal analysables (régions temporales ou autres selon la position ftale, notamment lhémisphère le plus superficiel), certaines ischémies trop petites passant inaperçues et lhémorragie ou ldème ayant la même échostructure. Lischémie nest parfois détectée que tardivement par le biais de signes indirects : mauvaise croissance cérébrale, dilatation ventriculaire a vacuo, cavitations. La découverte dun ou plusieurs kystes de germinolyse, surtout sils se situent en dehors des cornes frontales doit absolument faire rechercher une anomalie associée de la substance blanche (3)
IRM
LIRM est lexamen clé en matière dischémie cérébrale ftale. En effet, de nombreuses lésions ischémiques, manquées ou sous-estimées par léchographie peuvent être mises en évidence en IRM. Ceci est lié à la meilleure résolution en contraste de lIRM qui permet de déceler des petites lésions cavitaires dans des régions mal analysables en échographie (lobes temporaux, hémisphère le plus superficiel) ou de voir des leucomalacies calcifiées ou une hémorragie qui se traduisent en IRM par un hypersignal en T1. Les anomalies corticales (nécrose laminaire en hypersignal T1, polymicrogyrie) sont également beaucoup mieux détectées en IRM, léchographie ayant une très mauvaise sensibilité diagnostique dans ce domaine.
Le problème des lésions ischémiques diffuses est plus complexe. En effet, la substance blanche du ftus nétant pas myélinisée et le cerveau ftal ayant une forte teneur en eau, la substance blanche a de façon physiologique un hypersignal en T2 qui peut être particulièrement marqué dans certaines régions (lobes temporaux). Il est donc très difficile de détecter une gliose (en hypersignal T2) au sein de cette substance blanche. Il paraît donc intéressant davoir recours à de nouveaux développements de la technique dIRM (diffusion, spectro IRM) adaptés au ftus. Ces techniques sont pour linstant en cours dévaluation mais paraissent prometteuses (3,4).
II. LEUCOMALACIE PERIVENTRICULAIRE DU PREMATURE
La leucomalacie périventriculaire (LPV) constitue la principale cause de lésion cérébrale chez le prématuré (5 à 15% des prématurés de moins de 33 SA, selon les séries rapportées). Ses conséquences sont des troubles moteurs, tels que la classique diplégie spastique de Little, mais aussi des déficits sensoriels et cognitifs (de difficultés dapprentissage modérées à un retard développemental psychomoteur profond). Les séquelles engendrées étant potentiellement lourdes, un diagnostic précoce est souhaitable, permettant dorienter les décisions thérapeutiques.
La leucomalacie périventriculaire, même si elle peut sexprimer durant la période anténatale, a plus fréquemment une révélation néonatale. Elle survient chez le prématuré du fait dune vulnérabilité cérébrale, plus précisément des précurseurs des oligodendrocytes (hypothèse la plus communément admise). Les mécanismes lésionnels sont encore incomplètement élucidés, malgré la conduite de nombreuses modélisations chez lanimal. Ils interviennent durant la période périnatale et sont probablement multiples, exogènes et endogènes : anoxo-ischémie, infection maternofoetale (chorioamniotite), déficit en facteurs de croissance ou de coagulation, inflammation conduisant à la libération de cytokines et dacides aminés excitotoxiques et à la production de radicaux libres (5). Ils conduisent dune part à une destruction tissulaire focale ( nécrose de coagulation, infiltration microgliale, apoptose) et dautre part à des anomalies diffuses de développement de la substance blanche non primitivement atteinte et du cortex. Ces deux dernières consistent en un défaut de prolifération et de migration astrocytaire et de mise en place des circuits neuronaux.
Lexamen neurologique du prématuré étant peu informatif, il est nécessaire de disposer doutils paracliniques diagnostiques et pronostiques.
Lélectro-encéphalogamme, lorsquil est anormal, met le plus fréquemment en évidence la présence de pointes-ondes rolandiques mais il ne permet pas dapprécier létendue des lésions et na que peu de valeur pronostique.
Le scanner na pas de place dans lexploration de la LPV à la période néonatale compte tenu du faible contraste tissulaire lié au contenu hydrique élevé dans le cerveau immature.
Léchographie trans-fontanellaire (ETF), réalisable au lit du patient, est une technique daccès aisé, permettant un suivi rapproché à la phase aiguë (6). Elle nautorise toutefois pas lexploration fiable de la totalité du cerveau, les régions périphériques étant peu accessibles du fait de létroitesse de la fontanelle antérieure. Les anomalies rencontrées initialement sont des hyperéchogénicités de la substance blanche périventriculaire, typiquement hétérogènes, asymétriques et plus marquées que léchogénicité des plexus choroïdes des ventriculaires latéraux. Ces anomalies doivent être distinguées de lhyperéchogénicité fine et radiaire, physiologique chez un prématuré sans atteinte de la substance blanche. Quand lhyperéchogénicité est particulièrement intense et étendue, une composante hémorragique doit être envisagée. Après 2 à 4 semaines dévolution, on observe inconstamment des cavitations (images arrondies anéchogènes). Ces images dallure liquidienne sont à différencier des kystes de la matrice germinale.
LETF est lexamen de première intention chez le prématuré mais a une faible sensibilité et spécificité (7,8) et nécessite, en cas de forte suspicion clinique non confirmée ou pour préciser la gravité de latteinte objectivée, la réalisation dune IRM.
LIRM : Les séquences conventionnelles pondérées T1 et T2 détectent des lésions aiguës (a), subaiguës (b) et chroniques (c) avec une excellente corrélation neuropathologique (9).
a) Initialement, les lésions se présentent sous la forme dhypersignaux T2 en plage, situés dans les radiations optiques, la substance blanche pariétale périventriculaire, les régions péritrigonales, les lobes temporaux, la corona radiata et les centres semi-ovales. Elles sont moins fréquemment retrouvées dans les lobes frontaux. Ces hypersignaux correspondent à une infiltration gliale, astrocytaire et microgliale. On peut également mettre en évidence des hypersignaux T1 / hyposignaux T2, en rapport avec des lésions hémorragiques ou une infiltration macrophagique (lipides membranaires phagocytés).
b) A la phase sub-aiguë, 3 semaines après le début de la maladie, les cavitations apparaissent. Elles ont un signal superposable à celui du liquide céphalorachidien.
c) Tardivement, à la phase séquellaire, on observe un amincissement de la substance blanche, les parois ventriculaires et le cortex saffrontant presque. On note également un élargissement des ventricules latéraux qui ont alors une forme « carrée » ou ondulée. Il peut persister des hypersignaux T2 et FLAIR témoignant de la cicatrice gliale.
Ces seules séquences morphologiques sont déjà plus sensibles que lETF puisquelles démasquent plus tôt des lésions par ailleurs plus étendues. En outre, elles fournissent un élément pronostique : le volume des ventricules latéraux, mesuré sur les séquences pondérées T2 ,est corrélé significativement aux séquelles motrices et cognitives (10), de même que lamincissement du corps calleux (11).
Mais ces séquences classiques ne permettent pas de porter un diagnostic précoce ou de prédire lévolution clinique à la phase de réversibilité lésionnelle potentielle. Pour lheure, aucun traitement neuroprotecteur performant nest cependant disponible. Dautres techniques sont donc requises, dautant plus que les formes kystiques de LPV sont moins fréquentes depuis lavènement des techniques de réanimation néonatale modernes :
Limagerie de diffusion, incluant le tenseur de diffusion, détecte les lésions de LPV à leur stade tout à fait initial. Les modèles animaux datteinte de la substance blanche du cerveau immature, qui emploient des agents lésionnels différents, mettent toutes en évidence des anomalies dès les premières minutes ou les premières heures. Ces anomalies consistent en une diminution de lADC, qui traduit ldème intracellulaire (cytotoxique), la réduction de volume du compartiment extracellulaire et / ou le dysfonctionnement de la pompe Na+/K+ ATPase. Ces mêmes anomalies sont retrouvées dans lanoxo-ischémie et lischémie pure mais sont univoques dans un contexte de prématurité. Après un délai variable après la mise en place du mécanisme lésionnel (48 à 72 heures environ), lADC se normalise puis sélève ensuite durant plusieurs semaines pour se fixer définitivement à une valeur haute. Il ne sagit pas dun retour à la normale suivi dune altération tissulaire secondaire mais du passage dun oedème intracellulaire à un dème extracellulaire (lyse cellulaire) et à une désorganisation des faisceaux de substance blanche, via une une courte période ou lADC a une valeur normale. Ce profil biphasique est bien connu en pathologie ischémique, bien quil seffectue avec une cinétique plus longue.
Ces données concernant le profil évolutif de lADC dans la LPV proviennent de travaux chez lanimal. La cinétique de lADC chez lhomme peut sen écarter quelque peu. Par ailleurs, à linverse de lAVC et de lanoxo-ischémie chez le nouveau-né à terme, la LPV à un début quil est souvent difficile de dater précisément. Il y a donc un risque de méconnaître ou de sous-estimer les lésions à la lecture de la seule carte ADC, si lexamen est effectué durant la courte phase de normalisation de ce coefficient.
Limagerie de diffusion est précieuse pour sa grande sensibilité à un stade de réversibilité potentielle (12), sa meilleure corrélation avec les lésions constatées en IRM conventionnelle à la phase chronique (13) et les données histopathologiques (14) mais aussi pour la mise à disposition de facteurs pronostiques. En effet, Hüppi et al. ont montré en 2001 que la faible valeur de la fraction danisotropie dans la substance blanche et notamment dans le bras postérieur de la capsule interne, était prédictif du déficit moteur ultérieur (15,16). Lauteur a mis en évidence une baisse significative de la FA dans cette région (20%), alors que même limage pondérée en diffusion « standard » ne décelait aucune anomalie ! Ceci exprime les conséquences mécaniques sur lorganisation microstructurelle de la substance blanche en aval de lésions destructrices : diminution du nombres de faisceaux axonaux +/- myélinisation altérée.
Ces conclusions sont à rapprocher de celles de Inder (17) qui montrait en 1999 quune lésion focale de la substance blanche induisait non seulement un défaut de myélinisation (donc dorganisation) dans la substance blanche périphérique, mais aussi une perte de volume cortical, par défaillance dans linstallation du réseau neuronal. Il a de plus observé des dysplasies corticales focales dans les régions où la substance blanche était lésée.
Pour Volpe, les lésions destructrices provoqueraient plutôt des déficits moteurs et latteinte diffuse périphérique des troubles des fonctions cognitives (18).
Ainsi, la diffusion et son corrolaire, limagerie du tenseur de diffusion rendent possible un diagnostic précoce de LPV, à un stade encore réversible (ce qui permettra à lavenir la mise en place dun traitement neuroprotecteur) et concourt à une meilleure compréhension du développement cérébral normal et pathologique.
On peut également citer les résultats relatifs à la spectroscopie-IRM (16). Ceux-ci révèlent, autour de 40 SA, une élévation des rapports lactate/créatine et myo-inositol/créatine et une baisse du taux de N-acétyl-aspartate (perte neuronale, non spécifique).
III. ISCHEMIE DU NOUVEAU-NE A TERME
La substance grise (cortex et noyaux gris centraux) du nouveau-né à terme est plus sensible à une atteinte cérébrale que la substance grise du nouveau-né prématuré. Chez ce dernier, des anastomoses méningées protégent le cortex. Chez le nouveau-né à terme, ces anastomoses régressent ; parallèlement, une consommation élevée en oxygène, la maturation des neurones et des récepteurs des neuro-transmetteurs ainsi que la prédominance des synapses excitatrices par rapport aux synapses inhibitrices contribuent à la vulnérabilité de la substance grise.
1. SOUFFRANCE FTALE AIGUE
Lencéphalopathie hypoxo-ischémique (EHI) est une des principales causes dencéphalopathie néonatale.
Limagerie, avec la clinique et lEEG, joue un rôle fondamental dans lévaluation pronostique de lEHI. (19-22)
LEHI est définie par lassociation dune souffrance ftale, dune encéphalopathie néonatale responsable dune hémiplégie cérébrale infantile, sans autre cause retrouvée.
Lexamen clinique permet de distinguer 3 stades de gravité selon la classification de Sarnat et celle peu différente dAmiel-Tison :
- le grade I : troubles du tonus et hyperexitabilité durant moins de 48 heures, est corrélé à un très bon pronostic.
- le grade II : (dite encéphalopathie « modérée ») : troubles du tonus et de la conscience, altération des réflexes, mouvements anormaux et convulsions, est corrélé à un mauvais pronostic dans 40 à 60% des cas.
- le grade III (ou encéphalopathie « sévère ») : coma, aréactivité, absence de réflexes du tronc, signes de décérébration parfois, est corrélé à un pronostic extrêmement péjoratif dans quasi 100 % des cas (décès ou séquelles majeures).
Lexamen EEG est un bon indicateur pronostic, mais peut méconnaître les lésions isolées des noyaux gris centraux.
Limagerie a une place de plus en plus importante (23,24). Les lésions sont visibles de plus en plus tôt grâce à limagerie de diffusion en particulier, lIRM contribue actuellement à lévaluation pronostique mais pourra également avoir sa place dans la mise en uvre de protocoles de neuroprotection (25).
Les lésions
- Au stade aigu
Chez le nouveau-né à terme, les régions à risque sont celles à haute demande énergétique. Dans le cas dune hypoperfusion modérée, les régions atteintes sont les zones frontières entre les territoires de lACA et de lACM dune part et de lACM et de lACP dautre part, ces zones sont dites « parasagittales ». Latteinte est cortico-sous-corticale.
En cas dhypoperfusion sévère, latteinte des noyaux gris centraux est au premier plan, associée à une atteinte du tronc cérébral parfois et à celle du cortex périrolandique et hippocampique.
En échographie trans-fontanellaire, latteinte des noyaux gris est détectable dès 3-4 jours pour un examinateur exercé, mais le plus souvent à partir de J7, où lhyperéchogénicité des NGC devient manifeste. Lécho-doppler est un bon indicateur du devenir neurologique (diminution des résistances vasculaires cérébrales et accélération des vitesses moyennes de flux) (26)
En IRM, la visibilité des lésions en T1 et en T2 peut être retardée jusquà 3-4 jours post-natal, par contre, les régions atteintes seront détectées en séquence de diffusion dès les 12 premières heures.
Les lésions parasagittales apparaissent sous forme dun hypersignal cortico-sous-cortical en T2, elles peuvent être mieux visibles sur le premier écho du T2.
En T1, latteinte corticale se manifeste par un hypersignal cortical marqué (« cortical highlightening ») (27). A lextrême, on peut voir une perte de la dédifférenciation substance blanche-substance grise.
Latteinte des noyaux gris se manifeste en T1, par un hypersignal de ceux-ci et surtout une perte de lhypersignal, normal à terme, des bras postérieurs des capsules internes (BPCI) (28). En T2, les noyaux gris peuvent apparaître hétérogènes et/ou hyperintenses.
Latteinte corticale des régions périrolandiques et hippocampiques suit les mêmes modifications de signal.
En séquence de diffusion, la restriction de la diffusion (baisse de lADC) permet de détecter les régions atteintes dès les 12 premières heures (mais au stade hyperaigu -3 premières heures- létendue des lésions peut être sous-estimée) (29). LADC se normalise à la première semaine et ne doit alors plus être utilisé dans ce but. La présence dune restriction régionale de la diffusion ne préjuge pas toujours de lirréversibilité des lésions.
La spectroscopie par résonance magnétique (SRM) réalisée dans la première semaine de vie a été corrélée au devenir à 6 mois et à 12 mois dans 2 études : une importante augmentation des lactates et baisse du NAA sont de mauvais pronostic ; Barkovich retrouve une bonne corrélation du rapport Lac/Choline avec le devenir à 12 mois. Un rapport normal peut cependant se voir quand les lésions sont anciennes (anténatales) (30,31).
- Au stade séquellaire
Alors que jusquau deuxième trimestre, la réponse tissulaire à lanoxie est « la liquéfaction », à partir du 6-7ème mois apparaît la réponse gliale à lagression anoxique. Les aspects IRM au stade séquellaire reflètent bien cette réponse.
Les atteintes parasagittales sont visibles au stade séquellaire sous forme de lésions dencéphalomalacie kystique ou dulégyrie (32). Cette dernière reflète la plus grande sensibilité des fonds de sillons que des « sommets » des circonvolutions à lischémie et apparaît comme une pseudopolymicrogyrie mais celle-ci est soulignée de gliose sous forme dun hypersignal T2 ou T2FLAIR.
Latteinte des noyaux gris évolue vers latrophie de ceux-ci, avec souvent une atrophie plus diffuse sus et sous-tentorielle.
2. ACCIDENT VASCULAIRE CEREBRAL (AVC)
Quelques considérations cliniques et physiopathologiques
LAVC du nouveau-né à terme touche environ 1 nouveau-né sur 4000 mais ce chiffre est probablement sous-estimé du fait du caractère possiblement asymptomatique de lAVC et de la mauvaise sensibilité de certains examens dimagerie (1). Les convulsions constituent le principal et souvent le seul signe clinique révélateur mais peuvent manquer ou être très fugaces. Une hypotonie, une apnée peuvent sobserver.
En période périnatale, un certain nombre de facteurs favorisants, physiologiques ou pathologiques peuvent contribuer à la survenue dun AVC (qui est 4 à 5 fois plus fréquent dans cette tranche dâge que chez lenfant plus âgé) (1,33,34)
- Activation physiologique de la coagulation chez la mère
- Chez le nouveau-né, présence de façon physiologique dhémoglobine et de protéines ftales, dun hématocrite élevé et activation de la coagulation.
- Possibilité chez le nouveau-né de facteurs de risques prothrombotiques (retrouvés dans 40 % des AVC) : hyperplaquettose, déficit en protéine C, en protéine S, augmentation de la lipoprotéine Lp (a), mutation hétérozygote du facteur V. Leiden, mutation de la prothrombine, déficit en antithrombine III, anticorps antiphospholipides.
- Facteurs placentaires : chorioamniotite favorisant des embols dorigine placentaire.
- Facteurs cardio-vasculaires : embols dorigine cardiaque (cardiopathie) ou vasculaire (cathéter).
- Facteurs infectieux : les méningites, surtout bactériennes, peuvent être causes dAVC par le biais dune vasculopathie inflammatoire.
- Lasphyxie périnatale a été considérée comme un facteur de risque dAVC mais ce lien nest pas prouvé.
Dun point de vue métabolique, des facteurs de risques tels que lhypoxo-ischémie, lhypoglycémie ou une maladie infectieuse peuvent aggraver les conséquences neuronales dun AVC par le biais de la cascade excitotoxique responsable de la mort neuronale (34).
La plupart des AVC du nouveau-né à terme sont des lésions ischémiques dans le territoire dun gros tronc dune artère cérébrale, principalement lartère cérébrale moyenne, 3 à 4 fois plus souvent à gauche quà droite (il est possible que le nombre des accidents des artères cérébrales antérieures et postérieures soit sous-estimé du fait quils sont plus souvent asymptomatiques et moins bien vus en échographie). Parfois, seule une branche corticale est concernée. Chez le nouveau-né prématuré, les lésions sont plus souvent multifocales aux dépens des branches corticales ou lenticulo-striées de lartère cérébrale moyenne (1,35). Dans ce dernier cas, une composante hémorragique est souvent observée.
Les thromboses veineuses cérébrales peuvent aussi sobserver en période néonatale, le plus souvent dans le cadre dune déshydratation avec hypernatrémie, dun sepsis, dune pré-eclampsie ou dun choc, plus rarement en cas de déficit en antithrombine III ou protéine C ou de traumatisme (33).
Apport de léchographie
Typiquement, lAVC se traduit par une hyperéchogénicité dans le territoire concerné et un effacement des sillons. Un effet de masse est possible avec compression du ventricule adjacent et déplacement de la ligne médiane. Le plus souvent lanomalie du flux sanguin dans le vaisseau concerné ne peut être mise en évidence en échographie. On peut par contre observer une perfusion de luxe résultant de la rupture de la barrière hématoméningée ou dune vasodilatation locale liée à des substances vasoactives en rapport avec le perte neuronale. L étude en doppler permet par ailleurs de sassurer de la perméabilité du sinus longitudinal supérieur.
Ces anomalies peuvent être très discrètes à la phase aiguë, voire manquer totalement. Par ailleurs, certaines régions sont particulièrement mal vues en échographie : les régions très antérieures, postérieures ou périphériques, le tronc cérébral. Même quand linfarctus est vu, léchographie a tendance à sous-estimer létendue de la lésion. La sensibilité de léchographie dans ce domaine est donc faible. Par ailleurs, léchographie ne peut pas faire la part entre une lésion purement ischémique et une composante hémorragique associée (33,36,37).
La tomodensitométrie
Son rôle dans le diagnostic dAVC néonatal est très largement passé au second plan devant lIRM. En labsence daccès à lIRM, on peut réaliser une TDM en sachant quun examen trop précoce (dans les premières heures suivant les convulsions) peut être faussement négatif du fait de la mauvaise résolution en densité à cet âge. Lutilisation de produit de contraste na dintérêt que dans les suspicions de thrombose veineuse et dans un contexte de méningite. La séméiologie de l AVC en TDM est la même que chez lenfant plus âgé ou ladulte. La TDM permet de rechercher une composante hémorragique associée à lischémie.
LIRM
LIRM constitue lexamen-clé en matière de diagnostic dAVC néonatal. Dans le territoire concerné, le parenchyme cérébral est hypointense en T1 et hyperintense en T2 avec une perte de la différenciation substance blanche-substance grise. Il est important dapprécier lextension de la lésion hémisphérique et de rechercher une atteinte des noyaux gris centraux et de la capsule interne, la présence de ces trois lésions indiquant un mauvais pronostic moteur. Par contre, latteinte des voies visuelles ne préjuge pas dun mauvais pronostic visuel du fait de la plasticité cérébrale du nouveau-né. Il faut rechercher également une lésion controlatérale (38).
Les anomalies de signal décrites ci-dessus peuvent être discrètes les premiers jours et difficiles à détecter au sein de la substance blanche non myélinisée du nouveau-né, doù lintérêt de réaliser une étude en diffusion. Lischémie est responsable dune diminution de la diffusion avec redistribution de leau de lespace extra-cellulaire au compartiment intra- cellulaire. On observe donc une chute du coefficient de diffusion au sein de la zone infarcie traduisant ldème cytotoxique. Le maximum des signes en diffusion est atteint entre le 2° et le 3° jour suivant lAVC. Secondairement, laccentuation de la perméabilité capillaire est responsable dune augmentation des compartiments intra-cellulaire et interstitiel et donc dun dème vasogénique expliquant, du fait de laugmentation des coefficients de diffusion le phénomène de pseudo-normalisation de la diffusion qui est observé chez le nouveau-né entre le 7° et le 8° jour. Au-delà de cette date, la diffusion a tendance à augmenter (29). Donc après une semaine, létude en diffusion nest plus contributive et les séquences conventionnelles en T1 et T2 sont souvent plus informatives. Létude de la diffusion permet donc de faire la part entre un dème vasogénique et un dème cytotoxique, correspondant à une atteinte neuronale (39).
Les anomalies de diffusion dans la zone infarcie peuvent sobserver également à distance dans les faisceaux moteurs dont les corps cellulaires sont situés dans la zone infarcie. Ces anomalies doivent être recherchées car elles précèdent et annoncent la dégénérescence wallérienne et ont donc une incidence pronostique. La chronologie des anomalies de la diffusion nest pas nécessairement identique dans les deux territoires et peut être retardée dans le faisceau de substance blanche par rapport à la zone infarcie (40).
LAVC peut également se traduire par des anomalies en SRM. Il a été décrit dans les AVC du nouveau-né une diminution du rapport NAA / Cho et une élévation des lactates au sein de la zone infarcie. A distance de lAVC (3 mois) le rapport NAA / Cho augmente mais reste anormalement bas et les lactates peuvent persister. NAA est un marqueur de neurones normaux et les lactates ne sont pas présents dans du tissu cérébral normal. Leur présence est un signe datteinte tissulaire. (41).
CONCLUSION
Le type des lésions observées dans lischémie périnatale dépend du stade de maturation cérébrale et obéit à une chronologie bien précise, ce qui explique que limagerie puisse être sollicitée pour dater un événement lésionnel.
Limagerie joue un rôle fondamental dans cette pathologie où la clinique peut être très pauvre. Elle permet en effet de détecter précocément les lésions et ceci constituera un enjeu fondamental dans un avenir proche avec lavènement des substances neuroprotectrices. Limagerie contribue aussi à lévaluation du pronostic et son rôle na fait que croître dans les éventuelles discussions éthiques à ce sujet.
LETF garde toute sa place comme examen de première intention, du fait de sa facilité daccès au lit du malade mais elle présente des limites. Les nouvelles techniques dIRM, principalement limagerie de diffusion permettant une détection de plus en plus précoce des lésions ischémiques.
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