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Cest à loccasion dun problème de radiologie que la responsabilité médicale a basculé du domaine délictuel dans le domaine contractuel. En 1925, Mme Mercier, qui souffre dune affection nasale, consulte un radiologue marseillais, le Dr Nicolas. Celui-ci lui administre un traitement radiothérapique, à la suite duquel la patiente présente une radiodermite des muqueuses de la face. Estimant que cette affection est imputable à une faute du praticien, la victime lui intente un procès en réclamant des dommages et intérêts. Mais à lépoque, la responsabilité médicale relevait du domaine délictuel et les actions étaient prescrites au bout de trois ans. Agissant quatre années après les faits, la plaignante encourait la forclusion. Elle sollicita donc réparation sur le terrain de la responsabilité contractuelle, où les actions se prescrivaient alors par trente ans. Par un arrêt du 16 juillet 1931, la cour dappel admit cette responsabilité contractuelle. En effet, les juges considérèrent que laction de la victime tenait son origine non pas du délit de blessures involontaires, mais du contrat antérieurement conclu entre le médecin et sa patiente. Le 20 mai 1936, la chambre civile de la Cour de cassation entérina cette décision dans un célèbre arrêt de fond connu sous le nom darrêt Mercier à la base de la responsabilité médicale civile « il se forme entre le médecin et son client un véritable contrat comportant pour le praticien lengagement, sinon bien évidemment de guérir le malade,
du moins de lui donner des soins attentifs, consciencieux et attentifs et, réserve de circonstances exceptionnelles, conformes aux données acquises de la science ». Les professionnels de santé exerçant à lhôpital, hors activité privée, ne sont pas soumis à cette responsabilité médicale civile, mais à une responsabilité médicale administrative qui suit des règles particulières puisquil ne se forme pas directement un contrat entre le médecin hospitalier et le patient mais un contrat entre létablissement hospitalier public et le patient.
I. En dehors dune mission dexpertise
Les examens radiographiques peuvent engager la responsabilité du radiologue à différents stades de leur réalisation.
- Le radiologue est un médecin qui exécute une épreuve radiographique qui va servir de support à lélaboration dun diagnostic. En tant que technicien de limage, le radiologue est tenu de remettre des clichés exacts (bonne qualité, étiquetage). En cela, il est soumis à une obligation de résultats.
- Dans un second temps, le technicien de limage fait place à lhomme de lart lorsque vient le moment dinterpréter les radiographies en vue détablir un diagnostic. Le radiologue redevient alors soumis, comme ses confrères des autres disciplines, à une obligation de moyens.
Tous les examens de radiologie doivent être accompagnés dun compte-rendu signé par le praticien. Le radiologue est réglementairement tenu à un compte-rendu sous 12 heures (article 2 du décret du 4 juillet 1960) et pratiquement en temps réel chaque fois quun préjudice pourrait survenir du fait dun retard dinterprétation. Le radiologue et son équipe doivent fournir au patient linformation concernant lexamen quils vont pratiquer. Cette information ne repose pas seulement sur le médecin prescripteur et le radiologue en est personnellement responsable (Code de déontologie médicale, décret n°95-1000 du 6 septembre 1995 ; loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits du malade et à la qualité du système de santé) La mention dans le compte rendu que linformation a été donnée au patient ou à sa famille pour les mineurs paraît une bonne attitude.
Pour que la responsabilité du médecin soit susceptible dêtre engagée, trois éléments constitutifs doivent être réunis : une faute du radiologue, un préjudice subi par le patient et un lien de causalité direct et certain entre la faute et le préjudice.
La jurisprudence française ne sest jamais départie du principe selon lequel lerreur de diagnostic ne constitue pas en elle-même une faute, notamment lorsque le diagnostic est difficile à établir ou lorsque lerreur est excusable au regard des usages professionnels admis. En revanche, les tribunaux se montrent sévères lorsque lerreur de diagnostic est grossière, cest-à-dire lorsque lerreur de diagnostic relève de lignorance de données médicales considérées comme acquises et certaines ou dune négligence. Constitue par exemple une négligence un nombre insuffisant de clichés qui aurait pu permettre de poser le diagnostic. En effet, la qualité de spécialiste confère au radiologue le droit de prendre des initiatives, et notamment de décider des incidences nécessaires pour mettre en évidence une lésion, même si ces incidences nont pas été prescrites par le médecin traitant. Le radiologue nest pas un simple exécutant. Un arrêt du Tribunal de Grenoble montre toute limportance de la perte de chance en radiodiagnostic « le médecin ne doit pas commettre derreur dinterprétation de nature à entraîner une erreur de diagnostic ou un retard de traitement »
II. Dans le cadre dune relecture dexpert
Dans certaines situations difficiles, le médecin peut faire appel à un tiers compétent. Ainsi, la transmission dimages radiologiques permet à un médecin, radiologue ou non, de pouvoir bénéficier de lavis dun expert distant du centre où les radiographies sont effectivement réalisées. Cette pratique est conforme aux devoirs du médecin tels quils figurent dans le Code de déontologie médicale
- art. 33 : « le médecin doit toujours élaborer son diagnostic avec le plus grand soin, en y consacrant le temps nécessaire, en saidant dans toute la mesure du possible des méthodes scientifiques appropriées et, sil y a lieu, en sentourant des concours les plus éclairés »
Dans létat actuel du droit, cette activité nest pas inscrite à la nomenclature et ne fait donc pas lobjet dune rémunération. Il ny a pas de responsabilité collégiale, cest-à-dire pas de partage ou de transfert de la responsabilité du demandeur vers le radiologue. Seul le médecin demandeur assure la responsabilité médicale, ce qui est légitime puisque lui seul à laccès direct et primaire aux données médicales concernant le patient.
III. Dans le cadre dune lexpertise
Les progrès de limagerie, relayés par les médias, ont un impact sur le public. Celui-ci a la conviction que la technique radiologique est aujourdhui parfaite et surtout infaillible. Il ny a donc plus de place pour le doute ou lerreur. Il découle de ce constat que les procédures engagées contre des radiologues se sont multipliées au cours des dernières années. Elles intéressent surtout les cas de non-dépistage mammographique de cancers du sein et le non-dépistage échographique des malformations ftales.
En procédure pénale, la procédure est inquisitoire. Lexpert est lauxiliaire technique du juge dinstruction ou du procureur de la République et cest à eux seuls quil rend compte de ses opérations ; cest à eux seuls quil sadresse pour toutes difficultés rencontrées au cours de sa mission ; ils sont les uniques destinataires du rapport dexpertise.
En procédure civile, la règle est le contradictoire. Le procès appartient aux parties. Chaque partie, assistée de son avocat, est avisée systématiquement de toutes les opérations de lexpertise. Lensemble des documents utiles à laccomplissement de la mission est communiqué à chaque partie.
Suite à sa désignation par un magistrat pour effectuer une mission dexpertise civile ou pénale, le radiologue expert répond aux questions posées dans une mission précise et écrite. Il doit se récuser sil estime que les questions posées sortent de son domaine de compétence. Il doit aussi se récuser lorsque la mission met en jeu les intérêts dun de ses patients, dun de ses proches, dun de ses amis ou dun groupement qui fait habituellement appel à ses services (Code de déontologie médicale, art. 105)
Le médecin expert reste tenu au secret professionnel et ne doit révéler que des éléments de nature à apporter la réponse aux questions posées. Hors de ces limites, il doit taire tout ce quil a pu connaître à loccasion de lexpertise.
Les questions portent sur le diagnostic des lésions, leur datation, leur évolution prévisible et dans le cadre des mauvais traitements à enfants sur le mécanisme responsable des lésions et leur compatibilité avec les déclarations des personnes mises en examen. Dans le cadre des affaires en responsabilité médicale, le magistrat peut demander à lexpert si les éventuelles lésions visibles sur les clichés étaient décelables par le radiologue ayant signé le compte rendu et sil y a eu, du fait dune mauvaise interprétation, un retard de diagnostic et de traitement, cest-à-dire un préjudice pour le patient.
Dans son rapport, le radiologue expert décrit les clichés (nombre, incidence, techniques utilisées) et les lésions éventuellement observées. Il doit faire un exposé circonstancié en réponse à chaque question posée. Les schémas et les références bibliographiques sont utiles. Le langage employé doit être clair et compréhensible par tous.
La mission dexpertise sachève avec le dépôt du rapport. Mais la mission du radiologue expert peut avoir des prolongements : éventuelle mission complémentaire, assistance à une reconstitution, citation aux assises
Le rapport peut être à lorigine dune contre-expertise confiée à un autre expert radiologue à la demande dune des parties.