Publié mardi 1 mars 2005

Quel avenir pour la Radiologie Pédiatrique ?

Bruno SILBERMAN*
Imagerie114 (boulevard Saint Germain, Paris) & service de radiologie Pédiatrique (Hôpital Armand Trousseau, Paris)

La croissance, les modifications des constituants anatomiques du corps de l’enfant de la naissance à la fin de l’adolescence, les maladies congénitales comme les particularités pédiatriques des pathologies d’organe ont fait avec la préoccupation ancienne de la radioprotection la spécificité de la radiologie pédiatrique.
La radiologie technique a cédé sa place à la radiologie clinique d’organe, mais la Radiopédiatrie est toujours restée un pôle de compétence particulier reconnu alliant depuis longtemps l’utilisation adaptée à l’enfant du progrès de la technologie et le souci de la connaissance clinique pour la justification et une meilleure interprétation.

Pourquoi donc se poser la question de l’avenir ?. L’évolution de la démographie dans nos pays dits développés serait telle que la pratique de la radiopédiatrie serait confinée à quelques centres devenus confidentiels ? Est ce la crise existentielle de l’adolescence ou de la cinquantaine du petit monde des radiologues pédiatres ? L’agitation du microcosme comme dirait un ancien premier ministre ?
N’est-ce pas plutôt qu’un phénomène momentané franco-français plus qu’une remise en question plus profonde de la reconnaissance de la radiologie pédiatrique comme une discipline d’organe dans l’enseignement puis la pratique de l’imagerie clinique de demain ?

I) Les raisons de l’angoisse :

1) Le renouvellement des hommes : les internes qui se destinent à la radiologie ne choisissent plus les stages dans les services de radiologie pédiatrique
« Il était un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… » où les stages en radiologie pédiatrique étaient choisis par les internes de dernières années et la radiologie pédiatrique était non seulement un terrain de stage réputé formateur choisi par tous les radiologues en formation quel que soit leurs cursus ou leurs choix pour l’avenir. La moyenne d’âge des radiologues en exercice est autour de 50 ans et le problème démographique est encore masqué.
2) Il n’ y a pas de formation obligatoire en radiologie pédiatrique avec un passage dans un service spécialisé, recommandation européenne pourtant, car ce n’est pas « légal » dans la constitution de la maquette du DES en France
3) La sous spécialité d’imagerie pédiatrique a mauvaise presse auprès des jeunes : Il n’y aurait pas d’avenir à l’hôpital comme dans le secteur libéral :

- Les enfants qui pleurent et bougent, les « Marotause » une image répandue
- Peu de postes Hospitalo-Universitaires et Hospitaliers de bon niveau. disponibles à moyen terme
- L’imagerie pédiatrique pour s’installer en libéral cela ne sert à rien au contraire
4) La future nomenclature (CCAM) serait très défavorable
5) Toutes les spécialités pédiatriques en général sont en crise.

II) Les raisons d’un optimisme raisonné :

1) Une spécialité passionnante qui couvre tous les organes et bénéficie de tous les progrès de la technique
2) La démographie se stabilise : les enfants ne vont pas disparaître…
3) L’égalité sur tout le territoire de l’accès aux soins, une tradition française, qui va prévaloir avec la nécessité de réorganiser la prise en charge des enfants de moins de 16 ans partout en France
4) La spécialité d’imagerie pédiatrique est reconnue partout dans le monde. C’est un chapitre du guide des bonnes indications de la SFR après celui du RCR. Elle est souvent obligatoire en matière de formation initiale voire bénéficie d’un complément de formation (« post clinicat » en Hongrie ou au Canada) Un stage en radiologie pédiatrique est requis dans de nombreuses écoles de manipulateurs
5) EURATOM 97/43 (radioprotection, justification, optimisation) et le recours à la sédation : Un savoir faire nécessaire dans chaque équipe d’imagerie publique ou libérale.
6) Toutes les spécialités pédiatriques médicales et chirurgicales devront être soutenues dans les années qui viennent dans un but de santé publique et l’imagerie avec : l’allocation de ressource nécessaire et adaptée (T2A et/ou CCAM) ira avec cette nécessité.

III) Savoir rebondir, agir et communiquer ou alors attendre la perception d’une catastrophe pour obtenir un « plan enfant à la française » comme une priorité du SROSS 4 après le plan cancer, les personnes âgés, les AVC, les soins de suite voir la psychiatrie de l’adolescent……


Toutes les équipes d’imagerie en cours de restructuration en secteur public ou en secteur libéral ont et auront besoin d’un pôle de compétence en radiologie pédiatrique avec ce que cela nécessite de compétence de formation initiale et continue pour les hommes et d’allocation de ressource appropriée à l’exercice de l’imagerie pédiatrique selon l’état de l’art.
C’est avant tout un problème de la pratique de la radiologie générale (90% des radiologues en Europe) réorganisée en équipe avec la radiologie pédiatrique maintenue et renforcée dans son statut de discipline « d’organe à part entière » et non la seule défense des centres hyper spécialisés en CHU ou non qui sont trop peu nombreux pour répondre aux besoins légitimes d’égalité d’accès aux soins sur tout le territoire. Leur rôle doit être avant tout comme toutes les sociétés d’organes ou les centres d’hyper spécialités en CHU ou non, d’assurer la formation et faire avancer connaissance et recherche.



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