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Léchographie occupe une place très importante dans la stratégie diagnostique de la pathologie ostéo-articulaire de lenfant. Elle intervient toujours après un examen clinique précis qui sattache à retrouver des signes de focalisation sur telle ou telle structure articulaire ou osseuse.
Elle est réalisée simultanément et en corrélation avec lexamen radiologique.
Sur le plan technique, lexamen échographique a des impératifs fondamentaux : utilisation de sondes de haute fréquence ; examen complété par le Doppler couleur ; coupes sagittales et axiales transverses obligatoires en tournant autour de los et de larticulation ; analyse comparative systématique de los ou de larticulation contro-latérale notamment pour établir les réglages en Doppler couleur et définir laspect normal.
Certaines indications sont indiscutables telle que lexploration dun gros genou douloureux non traumatique ou dune boiterie ; dautres indications sont plus ponctuelles telle que levaluation dune gonalgie chronique ou dune tumeur kystique osseuse.
Nous envisagerons le sujet dun point de vue pratique et surtout dans le cadre dune démarche de diagnostic initial en abordant les problèmes cliniques.
1. Tuméfaction articulaire (genou, coude, cheville, extrémités)
Lexistence dune fièvre fait toujours faire suspecter a priori une pathologie infectieuse.
1.1 Lexamen doit répondre à plusieurs questions
Existe-t-il un épanchement liquidien ? (exploration nécessaire de tous les récessus articulaires) :
- Quel est son volume ?
- Quel est son aspect ? anéchogène, finement échogène, avec des filaments, des cloisonnements, un niveau hydro-hydrique ?
- Est-il mobilisable ?
Quel est laspect de la synoviale ?
- épaisse en cadre,
- proliférative dans la cavité articulaire sous forme de franges ou dun pannus hypoéchogène, plus rarement hyperéchogène,
- hyperhémique ou non.
Existe-t-il des anomalies osseuses ?
- un épaississement ou un décollement périosté métaphysaire,
- une lyse osseuse, irrégulière.
Existe-t-il des anomalies cartilagineuses ?
- un foyer déchogénicité augmentée au sein dune épiphyse cartilagineuse.
Existe-t-il des anomalies des parties molles (tissu sous-cutané, loges musculaires) ?
- une hyperéchogénicité floue, avec perte des travées, dune cellulite,
- une collection hypoéchogène (abcédée) au sein de cet épaississement,
- un corps étranger.
Existe-t-il des anomalies tendineuses, particulièrement fréquentes au niveau de la cheville ?
- tendinite ou ténosynovite avec soit un épaississement hyperhémique de la gaine tendineuse, soit un épanchement liquidien dans la gaine.
1.2 Au terme de cet examen, on établit un diagnostic :
- Darthrite septique : épanchement échogène, synoviale hyperhémique, articulation très douloureuse.
- Dostéoarthrite : épanchement souvent peu abondant, hyperhémie synoviale, anomalie osseuse.
- Darthrite inflammatoire : épanchement anéchogène, facilement compressible, épaississement de la synoviale, prolifératif ou en cadre.
- De tendinopathie chez un enfant connu comme porteur dune arthrite chronique juvénile,
- Dune cellulite isolée, ou dune collection abcédée,
- Dune cellulite avec contamination articulaire que lon suspecte dès quil existe un épanchement intra-articulaire adjacent.
- Dune épiphysite infectieuse : petite zone échogène au sein du cartilage hyalin épiphysaire.
- Dune lésion tumorale ou pseudo-tumorale synoviale : angiome synovial, lipome arborescent,
.
2. Boiterie avec signes de focalisation à la hanche (genoux et chevilles cliniquement normaux)
Léchographie doit rechercher une augmentation de volume du récessus antérieur articulaire. Si cest le cas, sagit-il dun épanchement liquidien ou dun épaississement de la synoviale ?
2.1 - Epanchement liquidien
- Sil sagit dune synovite aiguë, lépanchement est abondant, anéchogène, le récessus est bombé.
- Si lépanchement est de faible abondance, toutes les pathologies de la hanche doivent être envisagées.
Une arthrite septique est suspectée de principe chez un nourrisson et en cas de fièvre. Laspect échographique de lépanchement ne permet pas de conclure entre épanchement infecté ou non, de même que labsence dhyperhémie à lexamen Doppler couleur. Se pose alors lindication dune ponction articulaire. Lintensité de la douleur nest un argument diagnostique que si lépanchement est faiblement abondant.
De même une ostéoarthrite doit être évoquée. Limage radiologique normale nécessitera la réalisation dune scintigraphie et ceci dautant que lépanchement est de petit volume.
Enfin, un épanchement liquidien de faible abondance peut être le premier signe dune ostéochondrite de hanche, mais aussi dune localisation métastatique (leucose ou neuroblastome). Ceci rend compte une fois de plus de limportance danalyser de façon précise limage radiologique dune hanche douloureuse.
2.2 - Chez le nouveau-né, le problème diagnostique dune arthrite ou dune ostéo-arthrite est différent. Léchographie est indiscutablement indiquée devant toute douleur à la mobilisation. Les aspects échographiques rencontrés sont de 2 types :
- Epanchement liquidien au fond de larticulation, avec possible excentration de la tête, plutôt rencontré dans les arthrites à streptocoque b hémolytique dorigine materno-ftale.
- Epaississement hyperéchogène capsulo-synovial, plutôt observé dans les arthrites à staphylocoque liées à une contamination iatrogène (ombilic, cathéter).
La distinction entre ces deux entités est importante car en découle une attitude thérapeutique différente : arthrotomie et lavage articulaire en cas dépanchement.
La radiographie est fondamentale et recherche une lésion osseuse (simple hypodensité métaphysaire ou véritable lyse osseuse déjà visible).
2.3 - Un pannus synovial hypoéchogène de la hanche nest pas toujours facile à distinguer dun épanchement liquidien. La mobilisation de lenfant, de la position assise à la position couchée, permet souvent de différencier les deux entités.
2.4 - Une échographie de hanche normale (avec radiographie normale) doit faire penser à une autre localisation de la pathologie, notamment à un foyer infectieux du grand trochanter. Léchographie peut être très utile notamment chez le tout petit enfant où le grand trochanter est de structure essentiellement cartilagineuse ; la détection dune image hyperéchogène au sein du cartilage hyalin, associée à une cellulite des tissu mous au contact, orientera vers la réalisation dune IRM. Lexamen doit être guidé par la mise en évidence dun point douloureux exquis, notamment chez le grand enfant.
3. Une douleur dun membre avec articulations libres
Léchographie est alors centrée sur le fût diaphysaire et la région métaphysaire.
Elle recherche essentiellement un décollement périosté. Sa reconnaissance nest pas toujours facile et sappuie sur lanalyse de son raccordement à los normal sus et/ou sous-jacent.
La lésion peut être plus ou moins échogène, mais il peut nexister quun épaississement hyperéchogène du périoste.
La mise en évidence dune telle anomalie fait évoquer en première intention une ostéomyélite aiguë dautant quil existe une fièvre, une douleur intense, une image radiologique normale. La détection de labcès sous-périosté conduit demblée au drainage chirurgical.
Toutefois, cette lésion nest pas spécifique ; elle peut être le signe :
- dune fracture de stress, chez un enfant à lâge de la marche (fracture du trotteur),
- dune lésion tumorale avec ou sans image radiologique normale (histiocytose ou tumeur maligne),
- dune lésion nécrotique chez un enfant drépanocytaire.
Une ostéomyélite peut se manifester par un épaississement flou de la corticale osseuse, avec hyperhémie, qui traduit une ostéolyse perméative. Son appréciation nécessite des plans de coupes perpendiculaires au fût diaphysaire.
4. Dans un contexte traumatique avéré
Léchographie est indiquée lorsque la radiographie ne montre pas de lésion traumatique osseuse. Elle recherche une fracture occulte : petit trait métaphysaire, glissement épiphysaire, fracture cartilagineuse, décollement périosté.
Elle précise les caractéristiques dun épanchement intra-articulaire du genou et différencie une hémarthrose, qui va orienter si besoin vers une IRM à la recherche dune contusion osseuse, dune lipohémarthrose, qui va faire porter lindication dune TDM.
Elle est utilisée par certains dans lexploration initiale dune entorse de cheville sans lésion fracturaire radiologique. Une déchirure ligamentaire peut être mise en évidence à linsertion ou sur le trajet du ligament qui apparaît épaissi et hypoéchogène, volontiers entouré dune lame liquidienne (qui facilite la détection de la lésion). Lexamen peut être dynamique. Toutefois, cette échographie nécessite une expérience certaine, que très peu déquipes ont acquise chez lenfant.
5. Lexistence de gonalgies chroniques avec phénomènes de blocage est une indication fréquente dIRM. Il faut savoir que léchographie peut orienter :
- vers une pathologie méniscale :
- ménisque discoïde anormalement large et rectangulaire,
- dégénérescence méniscale : fissure horizontale, kystes méniscaux.
- vers une lésion tendineuse
- vers un « ganglion cyst » sur le trajet dun nerf périphérique
6. Certains contextes particuliers peuvent indiquer une échographie
- Le suivi dun allongement de membre : apparition de zones échogènes au sein du site de distraction, qui salignent longitudinalement, augmentent en nombre et en volume jusquà leur coalescence sous forme dos hyperéchogène. Léchographie permet dapprécier la vitesse de formation osseuse qui varie dun enfant à lautre, et de détecter des anomalies notamment des petits kystes.
- Lexploration dune lésion kystique osseuse avec amincissement cortical voire fracture corticale. Léchographie peut orienter le diagnostic en montrant : laspect uniloculaire dun kyste simple, anéchogène ou échogène sil est hémorragique, ou à linverse, un aspect de multiples logettes, caractéristique dun kyste anévrysmal.
Au total, léchographie fait partie intégrante de larsenal diagnostique des affections ostéo-articulaires chez lenfant. A coté des nombreuses indications qui sont indicutablement bien établies, il existe de multiples situations non systématisées où lexamen échographique peut apporter un complément dinformation très utile au diagnostic ou à la surveillance de la pathologie. Le champ des indications potentielles peut et doit donc être très élargi.