Publié novembre 1999

 

Journées Françaises de Radiologie

Violence faite aux mineurs

 

En vous servant de votre navigateur, vous pouvez faire une recherche par mot-clé
Si vous désirez imprimer une référence , selectionnez le texte avec votre souris, faites un copier-coller dans un nouveau document de votre traitement de texte préféré, et imprimez ce document.

 


VIOLENCES FAITES AUX MINEURS, MALTRAITANCE ET PROTECTION DE L'ENFANT PAR LA LOI


P Jeannin (1), E-A Cabanis (2) - (1) Meaux - France, (2) Paris - France
Dans son adhésion à la reconnaissance universelle d'un véritable droit de l'enfant à la protection de son intégrité physique et psychique, le législateur français élargit encore, dans les dispositions les plus récentes, la notion de maltraitances en y intégrant la protection de l'environnement nécessaire à son éducation, celle de l'image et de la représentation de l'enfant, tout en renforçant encore la répression des atteintes sexuelles et la lutte contre les réseaux pédophiles.
La clarification, dans le nouveau code pénal, de l'articulation entre secret professionnel et signalement, ainsi que l'extension du régime dérogatoire de la prescription de l'action publique aux crimes commis contre les mineurs et aux délits punissant les atteintes les plus graves dont ils peuvent être victimes par la loi du 17 juin 1998, sont autant de principes favorisant le droit à la protection et à la parole de l'enfant maltraité.
Les extensions de compétence territoriales, pour les faits les plus graves commis à l'étranger, marquent la volonté de consacrer l'universalité du principe de la protection des mineurs.

 

MALTRAITANCE ET PEDIATRIE


C Rey - Le Kremlin-Bicêtre - France
L'histoire de la maltraitance se confond avec celle de l'humanité. Il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau comme pourrait le laisser supposer l'importance numérique des publications, émissions et campagnes sur ce thème. La prise de conscience de ce problème a évolué parallèlement à celle du statut de l'enfant dans la société et à la forte diminution de la mortalité infantile.
Ce sont les médecins légistes français qui, à la fin du XIXe siècle, font les premières descriptions cliniques d'enfants maltraités. Leurs révélations, trop gênantes, retombent vite dans l'oubli et il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que les lésions consécutives à des violences physiques sur de jeunes enfants soient rigoureusement établies par nos collègues américains, neurochirurgiens, radiologues et pédiatres.
A partir de l'article publié en 1962 par Henry KEMPE, " The battered child syndrome ", la communauté internationale réalise que la maltraitance n'est pas limitée à quelques marginaux mais qu'il s'agit d'un véritable fléau. Les travaux se multiplient tant en France qu'à l'étranger et aboutissent à la reconnaissance d'autres formes de maltraitance : mauvais traitements institutionnels, syndrome de l'enfant secoué, syndrome de Münchhausen par procuration et abus sexuels. Ces derniers, qui ont été certainement les plus difficiles à admettre, occupent depuis une dizaine d'années le devant de la scène.
Ils confrontent les professionnels à de nombreuses difficultés : inflation du nombre de signalements et de procès, problème des fausses allégations, audition et crédibilité de l'enfant victime... Pendant longtemps, les pédiatres se sont attachés à vaincre le déni et à poser le diagnostic des mauvais traitements. Aujourd'hui leurs préoccupations concernent surtout le traitement des situations de maltraitance, leur prévention et, au-delà, le devenir des jeunes victimes.

 

MALTRAITANCE ET NEUROCHIRURGIE


D Rénier - Paris - France
Chez le nourrisson, les traumatismes crâniens sont les plus fréquents et les plus graves des traumatismes. Dans cette tranche d'âge, et en particulier dans le cas des hématomes sous-duraux, si fréquents dans la première année de vie, on ne peut manquer de se poser la question des circonstances en cause : maladresse, inconséquence, accident ou maltraitance ?
Au-delà du problème thérapeutique, que les neurochirurgiens maîtrisent maintenant sans grandes difficultés grâce entre autre aux progrès de l'imagerie et de la neuro-anesthésie-réanimation pédiatrique, ces situations quotidiennes posent des problèmes diagnostiques, sociaux, psychologiques et éthiques qui imposent la concertation en équipes pluridisciplinaires. Le recours à la justice implique d'accepter des logiques et des stratégies différentes pour un objectif commun : la protection des enfants.
Quels sont les critères d'évaluation les plus pertinents ? Comment protéger, prévenir, mais aussi préserver l'avenir ? Comment écouter ces enfants sans parole ?
Les professionnels sont souvent embarrassés : ils doivent se garder de projections négatives sur les familles, éviter la banalisation ou la dramatisation excessive, et prendre en compte les différences culturelles. C'est un apprentissage long et difficile.
Définir des stratégies de prise en charge, réfléchir sur les modalités de collaboration entre ces mondes différents que sont la Médecine, le Travail Social, la Police et la Justice, tels sont les enjeux.

 

LE POINT DE VUE DU RADIOLOGUE


P Le Dosseur - Rouen - France
La radiologie conventionnelle, l'échographie, la scintigraphie, le scanner ou l'IRM sont vite sollicités lorsqu'un enfant est possiblement victime de violences. On demande alors au radiologue d'apporter des éléments en faveur de lésions traumatiques mais aussi d'orienter si possible vers leur origine " non accidentelle ".
Ces lésions peuvent siéger au niveau du squelette, des parties molles, des viscères ou de l'encéphale et ses enveloppes. Elles peuvent être plus ou moins associées, plus ou moins anciennes, plus ou moins graves. Elles sont d'autant plus significatives qu'elles sont inhabituelles par leur type, par leur topographie ou par l'âge auquel elles surviennent.
Les travaux récents permettent d'insister aujourd'hui sur quatre points :
1. Les lésions sont particulièrement fréquentes avant l'âge de trois ans au niveau du squelette et de l'encéphale.
2. . Elles sont aussi plus difficiles à imager avant cet âge et les techniques doivent être éventuellement complémentaires : scintigraphie + radiographie, scanner + IRM
3. . Certaines lésions paraissent être souvent sous estimées (côtes, viscères)
4. . Les lésions de l'encéphale font l'essentiel du pronostic. Le schéma proposé pour les investigations est bien sûr modulable. Il doit être pondéré en fonction des possibilités locales et de la " présomption de maltraitance " plus ou moins forte apportée par l'anamnèse et l'examen clinique
5. Avant trois ans, sont systématiques radiographies de squelette " complet " et scintigraphie osseuse complémentaire si disponible, échographie ou scanner abdominal. Avant trois ans, sont à la demande, sont pratiqués échographie ou scanner de la tête en urgence, IRM de l'encéphale différée pour diagnostic et pronostic. Après trois ans, sont systématiques radiographies de squelette " orientées " par la clinique ou par une scintigraphie. Après trois ans, sont à la demande, sont réalisés échographie ou scanner abdominal, échographie ou scanner abdominal.

 

MALTRAITANCE ET IMAGERIE EN EXPERTISE JUDICIAIRE


F Brunelle - Paris - France
L'exemple de la neuro-imagerie pédiatrique permet de souligner quelques données d'expérience. L'apport de l'IRM céphalique ou médullorachidienne, d'abord, contribue particulièrement à la connaissance du traumatisme aigu ou séquellaire de l'enfant, dans le domaine de l'expertise judiciaire pour suspicion de maltraitance.
La puissance de l'outil (résolution anatomique du système nerveux central et de la moelle épinière, caractérisation de l'évolution chronologique de l'hématome, approche sagittale cerveau-moelle complète chez le petit enfant, p. ex.) et son innocuité expliquent l'importante nécessité d'y recourir devant toute suspicion de maltraitance. Encore faut-il que l'exploration soit de qualité irréprochable, cela fut dit précédemment. Une autre donnée s'impose, celle de la prudence avec laquelle doit être affirmée le diagnostic positif éventuel d'une lésion de nature post-traumatique.
Le poids de l'image anatomique est tel que la simple affirmation neuroradiologique peut faire déclencher, parfois de manière indue, le signalement de suspicion de maltraitance, par l'équipe pédiatrique, auprès du Procureur de la République. Un exemple peut être cité, parmi d'autres éléments, objets de cette présentation.

 

PROTECTION DES MINEURS - LE SIGNALEMENT DE LA MALTRAITANCE - EVOLUTION ET MODALITES DE L'INTERVENTION JUDICIAIRE


P Jeannin (1), E-A Cabanis (2) - (1) Meaux - France, (2) Paris - France
La lutte contre toutes les formes de maltraitances faites aux mineurs dépend avant tout du caractère effectif et de la précision du signalement à l'autorité judiciaire.
Si, depuis longtemps, le droit français reconnaît l'intérêt de l'enfant dans la protection de son intégrité physique et psychique comme valeurs essentielles rattachées à la liberté de l'être humain, le déficit longtemps constaté en matière de signalement a pour partie procédé d'analyses erronées présentant l'intervention judiciaire comme antinomique dans ses deux modalités, répression des actes de maltraitance et protection de l'enfant.
L'évolution en croissance exponentielle des signalements relatifs à la maltraitance des mineurs au cours des dernières années procède de la convergence entre la réorganisation de la protection de l'enfance dans le cadre de la loi du 10 juillet 1989, et du développement des partenariats locaux entre institution judiciaire, service de l'Aide sociale à l'Enfance, Conseils Généraux, Éducation Nationale, Établissements hospitaliers et Services de Santé publique à travers la mise en place de cellules de signalements, sur la base de protocoles et conventions départementales assurant information et suivi des mesures.
Les parquets tiennent un rôle central dans ces dispositifs, la prise en charge en temps réel de ces signalements conduisant désormais à un déroulement spécifique de l'enquête qui, au-delà de sa vocation première, établir les faits et en rechercher les auteurs, tend à prendre en compte l'accompagnement immédiat du mineur en tant que sujet de droit autonome, sa protection physique et psychologique, le devenir de sa situation personnelle, sociale et familiale.
Pluridisciplinarité et conception nouvelle du rôle de l'expert dans la phase d'enquête, défense spécialisée, développement du tutorat ad hoc, procédure pénale moins traumatisante pur l'enfant mais conduite " en temps réel " consacrant le droit pour la victime mineure de voir l'atteinte subie reconnue par la société et menée en cohérence avec l'intervention du juge des Enfants saisi en assistance éducative pour mieux tenir compte des conséquences immédiates pour l'enfant dans l'ensemble de son environnement familial et social, sont autant d'exigences à concilier avec la recherche objective de la preuve.
La loi du 17 juin 1998 visant notamment à " la protection des mineurs victimes " s'inscrit dans cette évolution.

 

JUGE ET ENFANT


M Chadeville, F Levon-Guérin, L Fournier (Paris)
L'enfant est fragile, par définition ; il est la première des personnes " d'une particulière vulnérabilité " comme l'écrit le nouveau Code Pénal. " Mineur de quinze ans ", c'est-à-dire jusqu'à l'âge de quinze ans, la protection de l'enfant est un devoir prioritaire de notre Société.
Le Code Pénal, dans le chapitre consacré aux atteintes à l'intégrité physique ou psychique de la personne, prévoit plusieurs articles où le cas des mineurs de quinze ans est spécifiquement envisagé qu'il s'agisse de tortures ou d'actes de barbarie (CP 222-1 et CP 222-3), de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner (CP 222-8), de violences ayant entraîné une infirmité permanente (CP 222-10), de violences ayant entraîné une incapacité totale de travail (CP 222-12, CP 222-13), de violences habituelles (CP 222-14) ou d'agressions sexuelles (CP 222-24, CP 222-29).
Personne " particulièrement vulnérable ", le mineur de quinze ans ne peut pas non plus se plaindre et exprimer la violence dont il est victime. De ce fait une attention spéciale lui est accordée par l'article CP 434-3 qui dispose que le simple fait pour quiconque ayant eu connaissance de mauvais traitements ou privations infligés à un mineur de quinze ans, de ne pas en avoir informé les autorités judiciaires et administratives est puni de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 F d'amende.
Le Code Civil, en outre, définit et prévoit la prise en charge du mineur non émancipé, lorsque sa santé et sa sécurité sont en danger (CC 375.
Quant à elle, la situation spécifique du médecin est isolée par le Code Pénal, prenant en compte le fait qu'il reçoit des confidences protégées par le secret professionnel (CP 226-13 et 226-14).
Cette disposition ne doit pas être considérée comme une dérogation à l'obligation de dénonciation ou comme une excuse ou un échappatoire et ne se conçoit qu'à la lecture du code de déontologie médicale. L'article 43 dispose " que le médecin doit être le défenseur de l'enfant lorsqu'il estime que l'intérêt de sa santé est mal compris ou mal préservé par son entourage. Lorsqu'un médecin discerne qu'une personne auprès de laquelle il est appelé est victime de sévices ou de privations, il doit mettre en oeuvre les moyens les plus adéquats pour la protéger en faisant preuve de prudence et de circonspection ". Ainsi, sauf circonstances particulières qu'il apprécie en conscience, le médecin doit alerter les autorités judiciaires, médicales ou administratives.

 

AGRESSION SEXUELLE CHEZ L'ENFANT, L'EXPERTISE PEDIATRIQUE


C Rey - Le Kremlin-Bicêtre - France
Entendre et examiner un enfant ou un adolescent victime d'agression sexuelle doit s'effectuer selon un protocole rigoureux. L'entretien procède par étapes successives, en respectant l'état psychologique et le niveau de développement de l'enfant. Il doit être le mois suggestif possible. L'examen clinique, réalisé avec le consentement de la victime, comporte toujours un examen général à la recherche de signes de violences. L'examen périnéal est orienté en fonction de l'interrogatoire et adapté à l'âge de l'enfant. La prise de clichés à l'aide d'un colposcope permet de fixer les constatations médicales, y compris lorsque celles-ci ne permettent pas d'apporter la preuve d'une agression sexuelle antérieure.
Les examens complémentaires sont effectués dans le même temps que l'examen clinique. La recherche de sperme et la réalisation de prélèvements sont impératives en cas d'agression récente ayant comporté une pénétration sexuelle.
La découverte d'une maladie sexuellement transmissible peut constituer dans certains cas une preuve d'agression sexuelle. Un test de grossesse positif chez une adolescente permet de dater la grossesse et d'apprécier son éventuel lien avec l'agression. Des gestes préventifs immédiats (prévention de grossesse et prévention de la transmission sexuelle du VIH) sont décidés au cas par cas. Un certificat médical est toujours rédigé à l'issue de l'examen. Il est descriptif, simple et précis et mentionne la durée éventuelle de l'ITT. L'examen d'une victime ne se résume pas à un acte technique, mais doit s'inscrire dans un travail en liaison avec les autres intervenants participant au soin et à la protection de l'enfant.

 

CREDIBILITE DES VICTIMES D'AGRESSION SEXUELLES ET SUIVI MEDICO-JUDICIAIRE


J-C Archambault, M Wirth - Paris - France
Quand un enfant est victime d'agression sexuelle, la police et la justice se trouvent confrontées au dilemme suivant : la parole de l'enfant contre la parole de l'adulte. L'expertise psychiatrique intervient alors dans l'une des trois situations : soit lors de l'enquête préliminaire, soit pendant la garde à vue, soit encore pendant l'instruction de l'agresseur potentiel. Un certain nombre de paramètres cliniques permettent d'objectiver la crédibilité d'une victime en apportant ainsi, en complémentarité des autres intervenants, un éclairage différent sur la vérité. Ces victimes doivent être prises en charge par des centres psychologiques spécialisés. L'approche psychothérapique (psychiatrie, psychologie) sera l'outil qui aidera les enfants à protéger leur avenir d'homme et de femme adultes.


/ Accueil / Statuts / Espace Membres / Congrès / EPU / Prix / Forum / Bibliographie/ Ailleurs