Service de Radiologie, Hôpital dEnfants Armand-Trousseau, Paris
La scoliose est une déformation tridimensionnelle de l'axe rachidien caractérisée principalement par une inclinaison latérale de la colonne vertébrale dans un plan coronal. Il s'y associe des modifications des courbures physiologiques dans le plan sagittal et enfin une rotation des corps vertébraux les uns par rapport aux autres dans un plan horizontal. Une scoliose est dite structurale quand elle ne peut être complètement corrigée par une inflexion latérale. Les scolioses fonctionnelles, non structurales, sont corrigées complètement par une inflexion controlatérale ou une par la position couchée.
Le diagnostic positif de scoliose est essentiellement clinique, fondé sur l'inspection du tronc à la recherche d'une gibbosité provoquée par la rotation des corps vertébraux et les déformations costales, d'un déséquilibre du tronc, et de l'asymétrie des ceintures.
L'imagerie a une place importante pour : confirmer le diagnostic et apprécier l'importance de la déformation et son potentiel évolutif , rechercher une étiologie, surveiller l'évolution spontanée, évaluer l'efficacité d'un traitement orthopédique et aider au choix du traitement chirurgical (voie d'abord, limite de la traction, arthrodèse).
- Diagnostic et évaluation d'une scoliose en imagerie.
Pour confirmer le diagnostic et apprécier l'évolutivité de la scoliose, les radiographies comporteront d'une part des radiographies du rachis en entier de face et de profil, d'autre part des radiographies permettant d'évaluer la maturation osseuse (radiographie de la main et du poignet pour âge osseux selon la technique de Greulich et Pyle).
La radiographie du rachis devra comporter l'ensemble de la colonne vertébrale, de la base du crâne jusqu'au sacrum, de face et de profil en position debout. Cette radiographie doit être réalisée après correction éventuelle d'une inégalité de longueur des membres inférieurs. Cette radiographie est réalisée chez les jeunes filles en incidence postéro-antérieure pour diminuer l'irradiation mammaire. Lacquisition numérique permet dobtenir une qualité homogène et de diminuer l'irradiation.
La radiographie de face permet d'authentifier la scoliose. Cette authentique courbure est limitée par les deux vertèbres les plus inclinées par rapport à l'horizontale. Ce sont les vertèbres limites de la courbure. La vertèbre sommet est définie par la vertèbre dont la rotation est la plus importante et qui reste horizontale. Les vertèbres neutres sont celles dont la rotation est nulle à chaque extrémité. Une contre-courbure se termine également par une vertèbre horizontale et sans rotation.
Le cliché de profil est particulièrement utile lors de la première exploration du patient pour mettre en évidence une déformation à type de cyphose ou de lordose afin de pouvoir mesurer ses angulations dans chaque secteur (cyphose thoracique, lordose lombaire et lombo-sacrée). Il permet également détudier léquilibre pelvi-rachidien (gîte sagittal de T9, pente sacrée, version pelvienne, incidence sacrée et porte à faux). Ces paramètres sont plus pris en compte chez ladulte que chez lenfant.
Pour estimer l'importance de la déformation liée à la scoliose, la mesure la plus couramment effectuée sur l'incidence de face est celle de l'angle de Cobb. C'est l'angle formé par la droite passant par le plateau supérieur de la vertèbre limite supérieure et la droite passant par le plateau inférieur de la vertèbre limite inférieure. Cette mesure est un indicateur très partiel de la déformation qui est en réalité tridimensionnelle. Elle permet en revanche de suivre l'évolution d'une scoliose. Cet angle doit être mesuré pour chaque véritable courbure.
- Imagerie et diagnostic étiologique d'une scoliose.
L'imagerie doit également rechercher une étiologie à cette scoliose en analysant chaque vertèbre dans sa morphologie et sa structure. Les scolioses sont ainsi classées en scoliose idiopathique (80% des scolioses), scoliose neuro-musculaire, scoliose congénitale ou scoliose constitutionnelle et scoliose secondaire (post-irradiation, post-infectieuse, post-traumatique
). Le caractère douloureux, raide, d'une scoliose fait rechercher particulièrement une étiologie tumorale ou infectieuse
Parfois c'est la radiographie de profil qui permet de faire le diagnostic étiologique. C'est le cas par exemple des scolioses en rapport avec un spondylolisthésis (scolioses dites olisthésiques). Ces scolioses sont des scolioses à courbure lombaire avec un faible degré de rotation.
L'apport de la tomodensitométrie dans la prise en charge des scolioses est limité à quelques circonstances. Elle peut être utile pour comprendre les déformations complexes (scolioses associées à des neurofibromatoses) et évaluer le retentissement de la déformation thoracique sur l'arbre trachéo-bronchique. Elle précise les malformations rachidiennes complexes et vérifie la qualité de certaines vertèbres dysplasiques avant d'implanter un matériel chirurgical. Elle est importante pour préciser l'étiologie des scolioses lorsque les clichés simples sont normaux et que la scintigraphie montre une hyperfixation localisée (ostéome ostéoïde, spondylodiscite,
).
L'IRM n'est pas systématique pour l'exploration de toute scoliose. Elle sera cependant effectuée devant toute scoliose malformative ou tumorale. Elle sera également réalisée devant une scoliose inhabituelle dans sa forme (convexité ou brièveté). Toute scoliose comportant un signe neurologique si minime soit-il (abolition des réflexes cutanés abdominaux) doit être explorée par une IRM. Cette IRM devra explorer l'ensemble de l'axe médullaire et répondre systématiquement aux questions suivantes : existe-t-il une malformation de la charnière cervico-occipitale de type Arnold-Chiari ? Existe-t-il une cavité syringohydromyélique ? Il faut garder à l'esprit la possibilité d'association entre une cavité syringomyélique et une tumeur médullaire. Existe-t-il une attache basse de la moelle, un dysraphisme en particulier ? On recherchera les éperons osseux cartilagineux intra-canalaires en cas de diastématomyélie. Existe-t-il une compression médullaire par "effet billot" au sommet de la scoliose ?
- L'évolutivité d'une scoliose
Apprécier l'évolutivité de cette scoliose est essentiel afin de choisir le traitement. Pour approcher la réponse à cette question, on se limitera à l'étude des scolioses dites idiopathiques qui représentent 80% des scolioses dites structurales. Les facteurs principaux sont l'âge de découverte de la scoliose, la maturation osseuse et l'existence de signes cliniques de puberté.
L'âge de découverte de cette scoliose idiopathique permet de définir trois grands types de scolioses idiopathiques (la scoliose infantile, la scoliose juvénile et la scoliose de l'adolescent).
La scoliose infantile est dévouverte généralement avant l'âge de 3 ans. Elle atteint plus fréquemment le garçon que la fille et sa courbure est généralement thoracique gauche. L'évolution de cette scoliose infantile est variable. Généralement elle guérit spontanément. La scoliose juvénile apparaît généralement entre l'âge de 4 ans et le début de la puberté. Ces scolioses seraient un peu plus fréquentes chez le garçon et les courbures seraient plus volontiers droites. Les scolioses à double courbure seraient fréquentes dans cette tranche d'âge. La régression spontanée est rare, inférieure à 10% des cas. Le pronostic est plus sévère si ces scolioses sont découvertes tôt.
Les scolioses de l'adolescence sont généralement découvertes après l'âge de 10 ans jusqu'à la fin de la maturation osseuse. Elles ont une nette prédominance féminine (dix filles pour un garçon). Le pronostic est considéré comme plus sévère lorsque la courbure est apparue tôt dans la vie et chez les enfants chez qui la maturation osseuse est tardive.
Outre l'âge de découverte de la scoliose, d'autres critères sont importants pour connaître le potentiel évolutif. Les critères cliniques sont : la taille de l'enfant, la date des premières règles, le stade pubertaire selon Tanner. Les critères radiologiques permettant d'apprécier la maturation osseuse sont lâge osseux (selon l'atlas de Greulich et Pyle) et le degré de maturation des crêtes iliaques (méthode de Risser).
Ces éléments cliniques et paracliniques vont permettre de situer cette scoliose sur la courbe d'évolution des scolioses établie par Madame Duval-Beaupère. Cette évolutivité se classe en trois phases : prépubertaire, pubertaire, post-pubertaire. Il ne faut pas oublier quune la scoliose continue à évoluer à l'âge adulte mais de manière plus lente et en fonction de l'importance du déséquilibre et des phénomènes arthrosiques associés.
- Imagerie et traitement.
L'imagerie prend également sa part dans la surveillance d'un traitement orthopédique ou dans le choix de la stratégie opératoire.
- Le traitement orthopédique ne s'adresse qu'aux scolioses à faible courbure. Son but est d'arrêter l'évolution pendant la période de croissance. Même si le corset permet de réduire l'angulation de la scoliose, lorsque le traitement sera arrêté, les angles de la scoliose seront équivalents à ceux notés en début de traitement. Il est important, même si le but est limité, d'obtenir une correction optimale dans le corset, ce qui est apprécié sur les données de l'examen radiologique.
- Le traitement chirurgical des déformations rachidiennes à pour but d'obtenir la meilleure correction possible du rachis et de fixer cette correction par une arthrodèse vertébrale. Les limites de la correction-fusion avec instrumentation ne peuvent être déterminées qu'en ayant l'appréciation aussi précise que possible de la souplesse de chaque segment rachidien et des possibilités de correction des déformations. Pour cela il peut être nécessaire de réaliser des radiographies en entier du rachis en décubitus qui a pour but d'annuler la composante d'effondrement postural (particulièrement importante par exemple chez les myopathes), de réaliser des radiographies en inclinaison frontale dans le sens de la correction pour chaque courbure, des radiographies en enroulement maximum en cas de lordose thoracique, des radiographies sur billot en cas de cyphose.
Conclusion :
L'imagerie joue un rôle important dans le diagnostic étiologique et la surveillance des scolioses. L'IRM a vu ses indications s'accroître pour rechercher une malformation d'Arnold-Chiari, une attache basse de moelle, une syringomyélie, une tumeur intra-canalaire. LIRM est indiquée dans toutes les scolioses avec signes neurologiques, toutes les scolioses malformatives et toutes les scolioses inhabituelles.
Enfin, compte tenu du suivi à long terme qu'ont ces patients, le problème de l'irradiation provoquée par l'imagerie doit être présent à l'esprit du radiologue afin de tout mettre en uvre pour limiter l'irradiation.
Lectures conseillées :
Diard F, Chateil JF, Hauger O, Moinard M, Ducou le Pointe H. Imagerie des scolioses de lenfant et de ladolescent. J. Radiol., 2002, 83 : 1117-1139
Duval-Beaupère G. Les repères de maturation dans la surveillance des scolioses. Rev Chir Orthop, 1970, 56 : 59-76
Geijer H, Beckmann KW, Jonsson B, Andersson T, Persliden J. Digital radiography of scoliosis with a scanning method : initial evaluation. Radiology, 2001 ; 218 : 402-410
Kogutt MS, Warren FH, Kalmar JA. Low dose imaging of scoliosis : use of a computed radiographic imaging system. Pediatr Radiol, 1989, 20 : 85-86
Leclet H, Delforge PM, Delvalle A, Sutter B. Bilan et stratégies dimagerie des scolioses. In : Editions techniques. Encycl. Med. Chir. Elsevier. Paris. Radiodiagnostic Neuroradiologie Appareil locomoteur. 31-671-B-20, 1997, 15 p
Maiocco B, Deeney VF, Coulon R, Parks PF Jr. Adolescent idiopathic scoliosis and the presence of spinal cord abnormalities : preoperative magnetic resonance imaging analysis. Spine, 1997, 22 : 2537-2541
Oestreich AE, Young LW, Young Poussaint T. Scoliosis circa 2000 : radiologic imaging perspective. I) Diagnosis and pretreatment evaluation. Skeletal Radiol, 1998, 27 : 591-605
Oestreich AE, Young LW, Young Poussaint T. Scoliosis circa 2000 : radiologic imaging perspective. II) Treatment and follow-up. Skeletal Radiol, 1998, 27 : 651-656
Service dorthopédie Pédiatrique, Hôpital des Enfants, GENEVE
Définition
La scoliose est une déviation du rachis qui se présente toujours avec une déformation dans le plan frontal. Cependant les radiographies et lexamen du patient montre quil existe une déformation tridimensionnelle dans le plan frontal, sagittal et horizontal avec une rotation vertébrale provoquant une gibbosité. Globalement, on distingue deux types de déviation dans le plan frontal:
lattitude scoliotique, qui est une courbure souple, de faible amplitude, disparaissant en position couchée, dévolution bénigne, présente chez 10% des nourrissons et des adolescents. Cette courbure nest jamais associée à une déviation dans le plan horizontal, il ny a donc jamais de gibbosité.
Les courbures structurelles: ce sont les vraies scolioses, courbures fixées avec composante rotatoire. Elles sont mises en évidence en analysant cliniquement lasymétrie thoracique ou lombaire, secondaire à la rotation vertébrale. Les courbures structurelles touchent moins de 2% dune population dadolescents.
Parmi les courbures structurelles, on trouve 70% de courbures dites idiopathiques et 30% des courbures secondaires à des affections reconnues. Les scolioses non idiopathiques sont des courbures congénitales (malformations vertébrales par défaut de segmentation, ou demi-vertèbre supplémentaire), de courbures neurologiques (IMC, myopathie, poliomyélite), de courbures secondaires à la malade de Recklinghausen, , des problèmes métaboliques ou ligamentaires (maladie de Marfan, maladie de Lobstein).
Ces courbures sont en général découvertes par leur maladie de base et du fait de leur grande progression.
La scoliose idiopathique
La scoliose dite idiopathique » est une scoliose qui a son existence propre et nest point la conséquence dune autre. Il sagit dune déformation rachidienne consistant en un déplacement relatif et progressif dune vertèbre par rapport à ses vertèbres adjacentes, se produisant dans les trois plans de lespace, sans perte de continuité ostéo-ligamentaire, essentiellement durant les périodes de croissance.
Le traitement global des scolioses idiopathiques (SI) comprend 4 temps principaux:
dépistage;
surveillance de lévolution;
traitement conservateur;
traitement chirurgical.
Le but visé par ce programme sera de stabiliser le rachis, au travers de la croissance, dans une forme et une fonction utiles pour toute la durée de la vie adulte.
Evolutivité et histoire naturelle
Dans lenfance et ladolescence, la SI est une affection indolore dont le seul symptôme est la déformation vertébrale, sauf pour les formes très graves demblée qui compromettent la fonction respiratoire.
Le risque de progression est évalué pour chaque cas, car cest ce risque uniquement qui devra servir de base à lindication thérapeutique. DUVAL-BEAUPERE a étudié les relations entre laggravation des SI avec la croissance et la maturation osseuse. La pente initiale daggravation de la scoliose est lente puis, dès lapparition des premiers signes de puberté, elle saggrave de deux à huit fois pour sinfléchir à nouveau à maturation osseuse.
Lâge de début dune courbe déterminera langle en fin de croissance. Une SI infantile ( 1 à 4 ans) atteindra toujours les 100° en fin de croissance mais seulement 32% des SI découvertes de 4 à 7 ans atteindront 100°, 13% de celles découvertes entre 7 et 11 ans et 4% de celles découvertes entre 11 ans et la puberté. Le risque de progression pour les garçons, à courbes comparables, est dix fois moins levé que pour les filles. Plus la croissance est rapide en période pubertaire, plus le risque dévolution est important.
Laggravation angulaire sera la plus marquée pour les courbes mesurant de 60 à 80° à maturation osseuse, car, pour les courbes plus élevées, les facteurs mécaniques (côtes, tassement axial, arthrose interarticulaire ou intersomatique) limitent laggravation angulaire. En général, une nouvelle poussée de décompensation rapide se produit au moment de la ménopause.
Les conséquences cliniques à long terme sont les suivantes par exemple un patient âgé 50 ans, courbe de 90°:
les douleurs: 40 à 60% des patients porteurs dune scoliose idiopathique grave se plaignent de douleurs rachidiennes, incidence comparable avec la population moyenne. Cependant, les douleurs du scoliotique sont plus importantes et plus fréquentes. Dans les courbes lombaire et thoraco-lombaire plus particulièrement, si une translation rotatoire existe à lextrémité inférieure de la courbe, on trouve une proportion plus élevée de lombalgies invalidantes. Les courbes thoraco-lombaires créent un déséquilibre du tronc important entraînant une fatigue très importante du fait des efforts musculaires déquilibration active quil provoque. Cependant, lintensité des rachialgies nest pas en rapport avec lexistence ou non de phénomènes arthrosiques ou avec la sévérité de la courbe.
Les fonctions pulmonaires sont discrètement perturbées dans les courbes thoraciques dès 60° mais cest au-delà de 100° que la mécanique ventilatoire sera détériorée avec une diminution de la capacité vitale et du volume maximal dexpiration seconde, ceci parallèlement à laccroissement de la courbe. A long terme, une insuffisance cardiaque droite et une hypertension artérielle pulmonaire irrécupérable altéreront le pronostic vital.
De nos jours, lintégration sociale dépend également de laspect esthétique. La présence dune gibbosité ou dun déséquilibre thoracique est très mal supporté par les adolescents.
Plus rare sont lapparition de troubles neurologiques, digestifs et dhypotrophie globale corporelle.
Dépistage
Spontanément les scolioses idiopathiques sont découvertes par les parents lorsque langle de courbure est denviron 40°, il est alors trop tard pour mettre en route une traitement conservateur efficace. Il faut donc dépister les SI en âge pré-pubertaire en recherchant la présence dune gibbosité de plus de 5°. En cas de test positif une radiographie de colonne totale est la base de la mesure, les courbures de plus de 25° seront traitées, les autres sont suivies afin de documenter une progression.
Indication thérapeutique
De manière globale, lindication thérapeutique dune Si de lenfant ou de ladolescent sera basée sur trois éléments:
1. la certitude du diagnostic dune scoliose idiopathique avec ses critères structuraux de déformation dans les 3 plans de lespace (plans frontal, sagittal et transversal) ainsi que lélimination des autres causes de scoliose (neurologique, congénitale).
2. Létude précise de la courbure et de lévaluation de son évolutivité et de la croissance résiduelle.
Les moyens de surveillance et de traitements efficaces à disposition et la connaissance de leurs effets secondaires.
Les premiers pas thérapeutiques: dépistage et surveillance.Tous les pays industrialisés ont introduit un dépistage scolaire précoce par examen clinique, par mesure angulaire, de la gibbosité, ou par documentation des asymétries rachidiennes au moyen de photographies moirées par exemple.
Le dépistage le plus efficace sera effectué entre 10 et 12 ans, avant la grande poussée de croissance pubertaire ou à son début. Lors de ces contrôles
30% des enfants seront crédités dune asymétrie banale,
2 à 3% auront des angles de scoliose de plus de 10°;
0,3 à 0,5% des angles de plus de 20°;
0,1 à 0,3% des angles de 30°;
0,1% des angles de plus de 40°;
0,2% de ces enfants seront justifiables dun traitement conservateur ou opératoire.
Les traitements conservateurs
Les méthodes classiques de traitements conservateurs des scolioses sont appliquées, après dépistage, sur des courbes denviron 25°, qui ont montré une tendance évolutive chez des patients en croissance.
Le corset de MILWAUKEE développé par BLOUNT et SCHMIT est composé dun moule pelvien supportant des mâts sur lesquels est fixée une collerette qui doit procurer un effet dauto allongement permanent. Des mains dappui exercent des pressions sur les gibbosités. Ce corset nécessite des réglages fréquents et il est difficilement toléré du point de vue psychologique. Il a le mérite davoir été le premier corset efficace et des résultats à très long terme sont à disposition. Pour des courbes de 30 à 39°, avec un contrôle moyen à plus de 10 ans, lévolution est la suivante:
angle de mise en corset: 34,8°;
meilleur angle en corset: 16,6°;
angle à la sortie du corset: 24,2°;
dernier contrôle (11,6 ans): 30,8°.
Le corset de BOSTON est une orthèse préfabriquée dadaptation rapide, bien tolérée par les patients. Leffet correctif est immédiat par des appuis pelviens, lombaires et thoraciques uniquement. Leffet de correction est opéré par des appuis antérieurs et postérieurs couplés sur les gibbosités et par des vides laissés à lintérieur du corset et qui permettent à la correction de sopérer dans le plan frontal et transversal.
Pour un groupe de 102 patients présentant une courbe moyenne de 33,6° à la mise en corset, langle au contrôle à un an après la fin du traitement est de 30,4°.
Les contre-indications du traitement par corset peuvent être formelles ou relatives. les contre-indications formelles sont: la maturation osseuse terminée, les courbes dépassant 45 à 50°, lobésité sévère et le patient non coopérant. Les contre-indications relatives concernent les courbes accompagnées par une lordose thoracique ou celles dont lapex est crânial à D5, qui, en principe, sont réfractaires à tout traitement conservateur.
De nombreuses orthèses de redressement vertébral existe, les critères defficacité dun corset sont : correction immédiate de plus de 50% de la courbure initiale, absence de progression lors de contrôle radiologique fait hors corset. La physiothérapie est un traitement adjuvant qui permet de préserver une bonne souplesse une un capital musculaire durant la durée du post du corset.
Les traitements chirurgicaux
Seul un traitement chirurgical peut maintenir à long terme la correction importante dune déviation rachidienne. Seront opérées les scolioses dangle assez élevé pour être mal tolérées ou présentant un risque dévolution à lâge adulte. Il sagit de courbures de plus de 50° en zone thoracique et de 40° en zone lombaire et qui poursuivront leur évolution durant toute la vie.
Le principe de base de toute intervention chirurgicale sera de fixer (arthrodéser) les vertèbres scoliotiques les unes aux autres pour empêcher toute aggravation ultérieure et préserver un équilibre global du tronc de face et de profil . Il faut cependant se rappeler quun rachis arthrodésé ne sera jamais un rachis normal, ni dans sa forme, ni dans sa fonction.. Il faudra donc un choix correct des niveaux de fusion. La correction angulaire ne sera utile que si les deux conditions préalables sont réalisées, soit: une arthrodèse solide et équilibrée.
La grande majorité des courbes opérées actuellement présente des angles de 45 à 60°, elles sont opérées par voie postérieur. Par contre, les courbes de plus de 90° nécessitent un temps de libération antérieure par throracoscopie ou thoracotomie. Dans des courbes particulièrement rigides, un temps de libération chirurgicale suivie dune traction par halo peut être nécessaire.
A létage lombaire et dorso-lombaire, il est possible également de procéder à des arthrodèses intersomatiques antérieures en compression. Ces techniques permettent des corrections angulaires et rotatoires très performantes même si le nombre de niveaux fusionnés est moins important. Lintérêt principal de ces méthodes est de conserver le plus grand nombre possible de disques mobiles en zone lombaire.
Afin de diminuer au maximum les complications immédiates et tardives de cette chirurgie lourde, un certain nombre de précautions sont à prendre. Le planning préopératoire définit avec précision les niveaux à instrumenter, le type de matériel à implanter et limportance de la correction réalisable avec sécurité. Léquipe anesthésique doit être à même de maîtriser les techniques dhypotension afin de diminuer la perte sanguine en association avec lautotransfusion et la récupération sanguine.
Le risque opératoire majeur reste latteinte médullaire ischémique qui apparaît avec une fréquence de 0,2 à 0,5%. Une distraction mesurée, le réveil préopératoire et lenregistrement des potentiels évoqués somesthésiques seront les précautions à prendre pour éviter cette complication toujours désastreuse. Le risque dinfection est actuellement contrôlé par une antibiothérapie prophylactique. Les complications à long terme sont représentées par lapparition de pseudarthrose et des bris de matériel, par la progression dune courbe dont les niveaux de fixation sont insuffisants ou mal choisis, enfin par lapparition de lombalgies dues à la surcharge des disques libres résiduels en zone lombaire.
Néphrologie pédiatrique - Hôpital Universitaire des Enfants Genève
Les reins kystiques font partie dun groupe hétérogène qui inclut aussi bien le kyste isolé que plusieurs kystes. La terminologie est confuse et imprécise et la présence de kystes multiples nimplique pas toujours une maladie héréditaires ou un syndrome particulier. Il existe différentes classifications, dont la plus universellement acceptée et celle qui subdivisent les maladies kystiques en considérant les kystes associés à une étiologie génétiques ou non-génétiques.
Un diagnostic précis est capital pour le pronostic, la prise en charge et ultérieurement le conseil génétique. Létiologie précise des kystes nécessite une information clinique, radiologique, génétique et histopathologie. Lanamnèse familiale joue un rôle clé dans lapproche diagnostic, la recherche dune consanguinité, léchographie rénale des parents, de la fratrie etc.
Maladie kystiques liées à des maladies génétiques :
A transmission autosomique
Polykystose rénal autosomique dominante (ADPKD)
Sclérose Tubéreuse de Bourneville (TS)
Maladie kystique de la médulla
Maladie de Von Hippel Lindau
A transmission autosomique récessive
Polykystose autosomique récessive (ARPKD)
Néphronophtise (JN)
Maladies kystiques non-génétiques
Dysplasie kystique liée à des anomalies du développement
Rein multikystique dysplasique
Tumeur de Wilms
Autres
Kyste isolé
Kyste multiloculaire
Kyste acquis (insuffisance rénale chronique)
Maladies kystiques rénales « génétiques »
Maladies à transmission génétique autosomique dominante
Polykystose rénale autosomique dominante (ADPK)
ADPKD est la maladie héréditaire la plus fréquente. Elle touche 1/1000 naissances. La prévalence est similaire pour les différentes races. Elle est responsable de 5% des insuffisances rénales terminale aux EU et en Europe. Elle est caractérisée par des dilatations kystiques touchant tous les segments du néphron.
A ce jour 2(3) loci on été identifiés:
PKD1 sur le bras court du chromosome 16 (16p.3.3) compte pour 90% des mutations. PKD1 code pour une protéine de 4,304-acides aminés, la polycystin-1(PC1), localisée dans lappareil ciliaire des cellules épithéliales rénales.
PKD2 sur le chromosome 4 (4q.21.2), code pour une protéine de 968-acides aminés, la polycystine-2 (PC2), de structure similaire à la polycystine-1 et qui est membre de la famille des canaux voltage dépendant.
« PKD3 », certaines familles nont pas de mutations sur le chromosome 4 ou 16, laissant supposé quun troisième loci non identifié est peut être également responsable de cette maladie.

Fig.1 PC1et PC2 participe à la fonction ciliaire de la cellule endothéliale. PC1 et PC2 se lient par leur extrémité C-Terminale pour former un complexe transmembranaire. Les cils, tel des antennes, orientent les mouvements deau dans lespace extracellulaire. PC1 capte ce mouvement deau est transmet le signal à PC2 qui permet lentrée intracellulaire de Ca 2+. à travers un canal voltage dépendant.
Cette anomalie de la fonction ciliaire est une des hypothèses de la formation des kystes. Ce même mécanisme pourrait être à lorigine de la formation de kystes également dans dautres maladies telles que la polykystose rénale récessive (fibrocystin), la néphronophtise (inversin). Linversin intervient également dans la détermination de laxe gauche-droit.
Les modèles animaux avec une mutation dans les gènes PKD1 et PKD2 ont montré que les polycystines ont un rôle majeur dans le développement dautres organes tel que le cur, pancréas et lappareil locomoteur.
Le phénotype des 2 mutations est très similaire. Cependant le pronostic diffère selon le gène atteint. PKD2 a un meilleur pronostic puisque lapparition des kystes et secondairement de lhypertension et linsuffisance rénale est plus tardive.
Dans les familles avec une mutation de type « PKD1 », 64% des enfants vont présenter des kystes avant lâge de 10 ans et 90% avant lâge de 19 ans.
Cest une maladie a manifestations rénales et extra rénale. Les principales complications extra rénales sont des kystes hépatiques, le risque danévrismes intracrâniens, et une atteinte cardiaque.
Cas no1 : Polykystose autosomique dominante de lenfant (ADPKD)
La présentation initiale habituelle est une hyperéchogénicité rénale avec une augmentation de la taille des reins.
Lhistoire familiale est capitale. En cas de famille avec une mutation dans le gène « PKD1 », un seul kyste dans chaque rein est suffisant pour faire le diagnostic chez lenfant.
Lapparition de kystes dans le jeûne âge chez lun des enfants, augmente la probabilité de trouver également des kystes dans la fratrie.
DD : Polykystose rénale récessive
Sclérose tubéreuse de Bourneville
Sclérose tubéreuse de Bourneville
-Diagnostic différentiel : polykystose dominante de révélation néonatale !
-De transmission autosomique dominante, elle a une haute fréquence de mutations spontanées (65-75%). Deux gènes peuvent être impliquées, TSC1 et TSC2 (chromosome 6 contigu avec PKD1). Les deux gènes sont des gènes supresseur de tumeurs. Lapparition de tumeurs est secondaire à une perte dhétérozygocie dans lallèle sain. 80% des patients vont présenté à lâge adulte des angiomyolipomes, 20% vont présentés des kystes multiples et bilatéraux. La principale manifestation neurologique est lépilepsie chez 85% des patients.
Maladie kystique de la medulla (MCKD)
Maladie de transmission autosomique dominante, révélée à lâge adulte. La mutation intervient dans le gène MCKD1 et MCKD2. Linsuffisance rénale apparaît entre la deuxième et sixième décade. A léchographie, on note une hyperéchogénicité avec une perte de différentiation cortico-médullaire, des reins sont de taille normale et la présence de kystes à la frontière cortico-médullaire. Lhistologie révèle une atteinte de la membrane basale tubulaire, atrophie tubulaire et des kystes. La présentation initiale est une perte du pouvoir de concentration urinaire et une perte de sel, accompagné de polyurie, polydipsie. Lapparition des kystes est concomitante à linsuffisance rénale.
Maladies à transmission génétiques autosomiques récessives
Polykystose autosomique récessive (ARPKD)
ARPKD est une maladie de transmission autosomique qui atteint 1/10000 à 40000 des naissances avec une atteinte de 25% de la progéniture. Elle est caractérisée par la présence de dilatations kystiques, développées exclusivement aux dépens des tubes collecteurs. Elle est secondaire à une mutation du gène PKHD1 dans le bras court du chromosome 6 (6p21.1). Ce gène code pour une protéine appelée fibrocystin. Cette protéine participe également à la famille des « cystoprotéines » et au fonctionnement de lappareil ciliaire. Son rôle précis nest pas encore connu.
Dans la forme récessive de la plolykystose rénale, latteinte hépatique est constante. On parle de fibrose hépatique congénitale, ou plus exactement de dysgénésie biliaire, qui est caractéristique de cette maladie et diffère de latteinte hépatique de la forme autosomique. L
a maladie peut être révélée par léchographie prénatale à la 14-17 semaines de gestation. La présentation est variable, les formes sévères se présentent avec un oligoamnios, des gros reins (>2DS) et une hypoplasie pulmonaire (cf. classification de Potter). Le pronostic dans la période péri-natale dépend de latteinte pulmonaire. Latteinte rénale saccroît avec lâge, le stade terminal nécessitant dialyse et transplantation survient rarement avant 4 ans et habituellement vers lâge de 15 ans.
Néphronophtise (NPH)
La néphronophtise est une maladie transmise sur le mode autosomique récessive qui se présente chez lenfant et le jeune adulte et dont la symptomatologie, la présentation échographie et histologique est similaire à la forme adulte.
Il y a au moins 3 loci différents associés à la Nephronophtise :
NPHP1 (juvénile) avec début de la maladie vers lâge de 13 ans (NPH1)
NPHP2 (infantile) avec début de la maladie entre 1-3 ans (NPH2)
NPHP3 (jeune adulte) avec début de la maladie vers lâge de 19 ans (NPH3)
Ces différents gènes codent pour des protéines appartement à la famille des « cystoprotéines » localisées dans le système ciliaire de la cellule épithéliale et les structures associées. NPHP1 produit une protéine appelée nephrocystin. NPHP2 code pour une protéine, connue pour son implication dans la différentiation de laxe gauchedroit (situs inversus), appelée inversin. Ce qui laisserait supposer que lorientation de laxe est secondaire à un mécanisme ciliaire. Les NPHP protéines interagissent lune avec lautre est forment un complexe impliqué probablement dans la fonction ciliaire primaire.
Maladies kystiques rénales « non- génétiques » liées à des anomalies du développent rénal
Le développement du rein définitif commence au court de la 5ème semaine de gestation. Son développement normal est secondaire à linteraction entre 2 tissus le bourgeon urétéral (BU) et le blastème métanéphrogène. Cette interaction est médiée par une cascade moléculaire complexe impliquant plusieurs gènes dont les mieux connu sont PAX-2, WT-1, C-RET.

Fig 2 : A partir du BU se forme ainsi lensemble du système collecteur rénal. Dès la 8ème semaine, les cellules du blastème métanéphrogène se condensent pour former « S-shape », stade initial de la néphrogenèse. Au contact du BU, le blastème métanéphronique va permettre la formation de néphrons par arborisation.
La dysplasie kystique
La dysplasie kystique se développe secondairement à une anomalie du métanéphros. Les glomérules et les tubules sont mal dédifférenciés. On note à lhistologie une persistance du tissu ftal sous forme de métaplasie du cartilage, de glomérules ftaux, et une diminution de larborisation rénale avec des dilatations kystiques et des tubules immatures. Cette condition peut être uni ou bilatérale. En cas datteinte bilatérale lévolution se fera vers linsuffisance rénale.
La dysplasie multikystique (MCDK)
MCKD est la pathologie kystique la plus commune chez lenfant. Lincidence est de 1/4300 naissances. Cette pathologie est secondaire à une anomalie du développement rénal, en particulier, à une mauvaise interaction entre le bourgeon urétéral et le blastème métanéphrogène. Le rein normal est remplacé par de multiples kystes de taille variable sans communication entre eux. Le rein est non fonctionnel.
Le diagnostic peut être fait à léchographie prénatale dès la 15ème semaines de gestation. Le diagnostic précoce permet une prise en charge rapide à la naissance. Cette pathologie est souvent associée à des malformations du rein controlatéral dont les plus fréquentes sont le reflux vésico-urétéral et la sténose de la jonction pyélo-calicielle.
Les autres complications sont lhypertension, linfection et le risque de dégénérescence maligne. La résection chirurgicale « prophylactique » nest plus recommandée à lexception de quelques situations particulières comme par exemple lorsque la masse interfère avec la respiration en période néonatale. Le risque de malignité est très faible (0.03-0.1%) il nest pas une raison à lablation du rein. Dans 85% des cas, une involution (25%) ou un rétrécissement du rein (60%) sopère. Le suivi de lhypertrophie compensatrice controlatérale est importante, delle dépend le pronostic rénal à long terme.
Références
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Webb et al. Unilateral multicystic dysplastic kidney: the case for nephrectomy
LIRM rénale regroupe lexploration par IRM du système uro-génital au sens large incluant lurographie par IRM. Il intéresse les régions anatomiques suivantes : les loges rénales et les glandes surrénales, le rétropéritoine et luretère, le pelvis avec la vessie et les organes génitaux internes et externes. Cependant, lexploration des organes génitaux internes tant masculins que féminins ne sera pas abordée dans le cadre de cet exposé.
Les indications les plus fréquentes de lUro-IRM chez ladulte sont dans notre pratique courante:
Détection et caractérisation tissulaire
Investigation dune hématurie
Investigation dune greffe rénale et bilan donneur de rein vivant
Investigation dune obstruction
Investigation dune HTA réfractaire au traitement
En plus, lIRM sutilise en remplacement de la tomodensitométrie axiale à RX en cas dinsuffisance rénale ou de contre-indication aux RX (femmes enceintes).
Protocole IRM
De routine sont faites les séquences suivantes:
fast spin echo T2 synchronisée à la respiration.
Gradient écho T1 in / out phase (pour la détection de graisse).
Séquence urographique T2 (2D et 3D synchronisée à la respiration).
Gradient écho T1 3D avec ou sans saturation de graisse dynamique (5 acquisitions durant linjection de contraste).
Gradient écho T1 3D sans saturation de graisse durant lexcrétion de produit de contraste.
En cas de suspicion de saignement, une séquence de gradient écho T2 est rajoutée.
Dans un but de recherche, nous utilisons également une évaluation fonctionnelle du rein avec lacquisition dimages dynamiques durant la progression de produit de contraste à travers le rein.
Détection tumorale et caractérisation tissulaire
LIRM est indiquée en seconde intention dans tous les cas de doute au CT particulièrement pour les kystes compliqués ainsi quen cas de doute à lUS chez les patients insuffisants rénaux. Les tumeurs les plus fréquentes sont ladéno-carcinome rénal et les tumeurs du rétropéritoine où la caractérisation de nodules surrénaliens se fait à laide de séquences en opposition de phase.
Investigation dune hématurie
Lexploration du système excréteur a lieu lors de linvestigation dune hématurie dorigine indéterminée ou lors dune tumeur vésicale connue afin de rechercher un carcinome à cellules transitionnelles multifocal. Lexamen est ici orienté vers une visualisation optimale de la lumière du système excréteur soit par des séquences pondérées T2 soit par des séquences T1 après injection de gadolinium. LIRM rentre en compétition avec le CT et son rôle nest pas encore déterminé avec certitude.
Investigation dune greffe rénale
LIRM est un excellent examen dans le cadre du bilan donneur de rein vivant en vue de rechercher une malformation vasculaire ou urétérale contre-indiquant le prélèvement.
Les complications précoces après une transplantation (en attendant un retour à la normale de la fonction rénale) constitue également une indication fréquente de lIRM (1). Avec 1 seul examen, il est possible de mettre en évidence la vascularisation, le parenchyme rénal, le système excréteur et les collections perirénales.
Investigation dune obstruction
Le CT est effectué dans notre institution en première intention en raison de sa disponibilité et de sa haute performance pour la détection des lithiases rénales qui sont la cause numéro 1 des obstructions aiguës chez ladulte en urgence. La place de lIRM pour cette indication reste à définir (2). LIRM intervient sans aucun doute dans toutes les causes dobstruction tumorale ou inflammatoire en raison de son fort contraste tissulaire intrinsèque. Le diagnostic différentiel des coliques néphrétiques chez une femme enceinte reste un bon exemple dindication dIRM.
Investigation dune hypertension artérielle réfractaire au traitement & IRM fonctionnelle
Examen morphologique
Une partie importante de notre activité en URO-IRM consiste dans la recherche de sténose de lartère rénale chez des patients hypertendus. Lexamen typique comporte une séquence en opposition de phase incluant les glandes surrénales, une séquence angiographique pour la morphologie des artères rénales complétée par une séquence T1 à un temps parenchymateux afin de pouvoir caractériser une éventuelle masse découverte fortuitement. En plus, nous effectuons dans le cadre dune étude prospective, une IRM fonctionnelle durant linjection de produit de contraste avant et après inhibiteur des enzymes de conversion.
IRM fonctionnelle rénale
Le but de cette séquence est de suivre la progression du produit de contraste dune manière dynamique durant son passage à travers le parenchyme rénal.
Protocole dacquisition
Lacquisition se fait avec une séquence gradient écho T1 avec une destruction de la magnétisation transverse résiduelle et un angle de bascule élevé (90o) à une fréquence dune image / seconde environ. Une préparation de la magnétisation est effectuée par une impulsion de saturation (90o) qui augmente la pondération T1 de la séquence (3). Le choix de langle de bascule est important mais discuté dans la littérature car il représente un compromis entre la sensibilité de la réponse de la séquence au produit de contraste et la saturation du signal aux hautes concentrations en raison de leffet T2 associé. De plus, leffet de flux que lon peut voir dans laorte peut être important pour les angles de bascule élevés (qui présentent une meilleure dynamique mais une moins bonne sensibilité que les angles de bascule faibles entre 5 o -15 o). Le choix de langle de bascule élevé dans notre protocole se justifie par la mesure de correction de leffet de flux que nous avons développé grâce à la synchronisation à lECG (4). La dose de produit de contraste est de 0.025 mmol/kg (au minimum 3 cc) suivie dun bolus de rinçage de 20 cc de NaCl isotonique. Des doses plus importantes peuvent être utilisées pour améliorer la réponse tissulaire mais avec un risque de saturation du signal dans le sang au pic du bolus. Dans le cadre de notre étude, la séquence dynamique est répétée 15 minutes après linjection iv dun inhibiteur de lenzyme de conversion : lenalaprilate.
Analyse des images
Des régions dintérêt sont dessinées dans laorte, les cortex et les médulla et lintensité du signal est mesurée au cours du temps puis convertie en concentration de gadolinium en utilisant des courbes détalonnage externe. Les paramètres que nous mesurons correspondent aux différents temps de pic et aux pentes de montée et décroissance du signal durant les phases corticales et médullaires. Le débit de perfusion cortical et glomérulaire peut être mesuré en utilisant la méthode de la pente. Selon cette méthode validée dans une étude expérimentale sur le lapin (5), le débit de perfusion tissulaire Q (en ml/min/g de tissu) est donné par la formule suivante :
Q = pentetissu / maximum(Aorte)

Figure 1 : mesure du débit de perfusion tissulaire rénale selon la méthode de la pente (ml/min/g de tissu).
Applications
LIRM fonctionnelle rénale a été utilisée dans un groupe de patients témoins avec une fonction rénale normale, chez des patients porteurs dune sténose de lartére rénale et chez des insuffisants rénaux. La méthode de la pente a mis en évidence une baisse de la perfusion corticale plus marquée chez les patients insuffisants rénaux que chez les patients avec une sténose de lartère rénale par rapport aux patients témoins (6).
Cette méthode étudiant la cinétique tissulaire de produits de contraste filtrés par le glomérule a donc un fort potentiel pour létude fonctionnelle du rein. Elle est cependant limitée actuellement par lacquisition limitée à 1 seule coupe et par un post-processing long et incomplet. Cependant, les techniques dacquisition rapide en développement actuellement (kt-BLAST SENSE par exemple) laissent entrevoir la possibilité de passer à une acquisition dynamique 3D ou 2D multicoupes. Les étapes qui restent à implémenter sont la correction des mouvements du rein lors de lacquisition, lanalyse automatique par pixels au lieu de régions dintérêt et la modélisation de la réponse rénale afin déviter une détermination manuelle des différents temps de pics.
Conclusions
Luro-IRM rentre en compétition avec le CT et son rôle exact reste à définir chez ladulte. Elle intervient en première intention chez les patients insuffisants rénaux et les femmes enceintes et en seconde intention lors dune incertitude après un CT, notamment pour la caractérisation des processus tissulaires. Elle permet également une étude fonctionnelle du rein qui va certainement bénéficier des améliorations techniques en cours.
Références
1. Di Felice A, Inguaggiato P, Rubbiani E, Bonucchi D, Savazzi AM, Cerofolini E, Cappelli G, et al. Magnetic resonance in renal transplantation: evaluation of post-surgery complications. Transplant Proc 2002;34:3193-3195.
2. Nolte-Ernsting CC, Staatz G, Tacke J, Gunther RW. MR urography today. Abdom Imaging 2003;28:191-209.
3. Ivancevic MK, Zimine I, Lazeyras F, Foxall D, Vallee JP. FAST sequences optimization for contrast media pharmacokinetic quantification in tissue. J Magn Reson Imaging 2001;14:771-778.
4. Ivancevic MK, Zimine I, Montet X, Hyacinthe JN, Lazeyras F, Foxall D, Vallee JP. Inflow effect correction in fast gradient-echo perfusion imaging. Magn Reson Med 2003;50:885-891.
5. Montet X, Ivancevic M, Belenger J, Jorge-Costa M, Pochon S, Terrier F, Vallee JP. Noninvasive measurement of absolute renal blood flow by MRI and contrast media. Investigative Radiology 2003;38:584-592.
6. Vallee JP, Lazeyras F, Khan HG, Terrier F. Absolute renal blood flow quantification by dynamic MRI and Gd-DTPA. Eur Radiol 2000;10:1245-1252.
Le principe est de réaliser au cours dun seul examen non irradiant, reproductible, et à laide de produits non néphrotoxiques (à faible dose) lévaluation anatomique et « fonctionnelle » du haut appareil urinaire. Nous utilisons lUro IRM dans le cadre des uropathies obstructives et nous nous limiterons ici à ce sujet.
Particularités techniques de lexamen chez lenfant
Maîtriser le mouvement..
a. de lenfant
Un environnement pédiatrique et la mise en uvre des conditions habituelles bien connues (sédation, contention, surveillance) sont utiles. Si lanalyse dynamique des reins requiert un enfant aussi calme que possible, il nest pas indispensable quil soit endormi profondément. Dans notre expérience, nous navons eu recours que très rarement à lanesthésie générale.
1. b. des reins
Un des avantages de la technique chez lenfant par comparaison à ladulte est lié au moindre déplacement longitudinal des reins au cours du cycle respiratoire.
La seule respiration calme dun enfant nobère pas lanalyse des images dynamiques.
Il est par ailleurs possible : au moment de lacquisition de synchroniser les images à la respiration (ou dutiliser des échos navigateurs), au moment du traitement dopérer un recalage rigide.
Voie dabord et injecteur automatique
On accorde un soin tout particulier à la qualité de la voie dabord veineuse pour la réalisation dexamens fonctionnels. Il est indispensable de limiter au maximum lespace mort séparant le site dinjection du point dentrée veineux pour obtenir un bolus efficace donnant lieu à une courbe interprétable. Ce point est dautant plus important que le volume de contraste injecté est faible. Nous préconisons la mise en place dun cathlon par des professionnels (hôpital de jour de chirurgie pédiatrique dans notre centre). Ce cathlon est raccordé à un robinet à 3 voies sur lequel est branché linjecteur automatique sur une voie et une perfusion garde veine sur lautre voie. Cette perfusion est utilisée pour obtenir une bonne hydratation de lenfant dans lheure qui précède son examen.
La qualité des examens obtenus à laide dun injecteur automatique est incomparable à celle des injections manuelles.
sondage ou pas ?
Jusquà lors, nous navons pas posé de sonde vésicale aux enfants que nous avons explorés. Néanmoins, lanalyse de la littérature et nos premiers résultats montre une tendance de lIRM à surestimer lobstruction par rapport à la rénographie isotopique. La pharmacologie différente des traceurs peut expliquer certaines différences, mais il semble indispensable dacquérir quelques images en fin dexamen avec une vessie vide, pour sassurer du fait que celle-ci ne contribue pas à lobstacle. Nous navons pas sondé nos patients pour ne pas alourdir une procédure déjà relativement complexe. En revanche, il peut être envisagé de faire vider la vessie des enfants propres à loccasion dun court séjour aux toilettes (ou à laide dun pistolet ou dun bassin) en laissant tourner la séquence et de reprendre les enregistrements ensuite en repositionnant lenfant au même endroit à son retour.
Examen morphologique
Luro IRM peut remplacer lurographie intra veineuse pour le bilan morphologique de lappareil collecteur dilaté des uropathies obstructives ou kystiques. Ceci est particulièrement utile chez le nouveau-né chez qui lUIV est peu contributive du fait de limmaturité fonctionnelle rénale.
Luro IRM morphologique repose avant injection sur des séquences de type HASTE (ou SS FSE) très pondérées T2. Les coupes épaisses sont particulièrement intéressantes dans les plans coronal et sagittal.
Il est essentiel de se souvenir que lexploration fonctionnelle nécessite de faibles doses de gadolinium et que les doses pleines utilisées à des fins morphologiques ne peuvent être administrées quen fin dexamen fonctionnel.
Après injection (ou réinjection) en fin dexamen fonctionnel, on peut programmer une acquisition volumique pondérée T1 (séquence de type ARM ou plus simplement SE T1).
Cette évaluation est particulièrement pertinente pour lanalyse anatomique des duplications urétérales.
En cas de syndrome de la jonction pyélo-urétérale, il est utile de réaliser en fin dexamen une ARM pour écarter le diagnostic de vaisseau polaire inférieur. Celui-ci sera dautant plus fréquent que le patient sera âgé (ou adulte) dans la mesure où il est plus volontiers lié à un obstacle intermittent rarement détecté en prénatal. La mise en évidence dun vaisseau polaire inférieur peut être obtenue par écho doppler. Néanmoins, lIRM permet dassocier limagerie vasculaire à celle de lappareil excréteur. Nous réinjectons une dose pleine de gadolinium en fin dexamen à faible débit (0.8 cc/sec). Lacquisition 3D est lancée au moment où le pic de contraste atteint laorte abdominale sur une séquence de détection de bolus (1 cliché par sec). Lidéal est de réaliser cette acquisition en apnée quand lenfant est en âge de la réaliser.
Rénographie fonctionnelle
Dans notre centre, nous appliquons la technique décrite par Wiltrud Rohrschneider dans ses nombreuses publications.
Mise au point de la séquence dynamique
Cette technique nécessite une mise au point technique préalable. Il faut en effet sassurer que la séquence utilisée (écho de gradient T1) est aussi purement pondérée T1 que possible, et que la relation entre la concentration de gadolinium et le signal est linéaire dans la zone physiologique (concentrations inférieures à 15mmol/l). La non linéarité de cette relation est le principal défaut de lIRM par rapport à la médecine nucléaire. En effet, on sait quen isotopes, le signal est directement proportionnel à la quantité de radiopharmaceutique présente dans la zone dintérêt. En IRM, au-delà de certaines concentrations de gadolinium, on observe un effet T2 qui fait chuter le signal. Ce signe appelé « signal drop » qui migre du cortex vers la medulla a été utilisé dans le passé pour apprécier qualitativement la fonction rénale.
Les séquences FFE ou FSE des constructeurs fournissent des linéarités satisfaisantes avec des TR et des TE aussi courts que possible. W Rohrschneider avait démontré lintérêt dutiliser un angle de bascule de 90°.
Paramètres techniques à Rouen.
Philips Gyroscan NT 1T
Antenne (phased array) Synergy abdomen pelvis placée sur labdomen
Fold over suppression
TR 13, TE 1.5, Flip 90°
traitement des images
Lanalyse des images cliniques nétant pas conviviale et adaptée sur notre imageur, nous avons développé un plug-in dédié du freeware Image J (logiciel danalyse dimages au format DICOM).
Ce logiciel avec les fonctions uro-IRM et un mode demploi simplifié ont été validés puis acceptés par le concepteur du logiciel. Il est disponible gratuitement sur le site Image J du NIH (http://rsb.info.nih.gov/ij.). Il est placé dans larborescence « Collections ». Chaque nouvelle version bénéficie dune actualisation en ligne.
Ce plug-in permet essentiellement de dessiner des courbes signal/temps et de mesurer automatiquement les aires sous les courbes.
Quelle dose de gadolinium ?
Nous utilisons du DTPA Gadolinium qui est essentiellement filtré par le glomérule. La dose optimale est un compromis entre un rapport signal bruit aussi bon que possible et la nécessité déviter leffet T2. Après de nombreux tâtonnements et des essais sur fantôme (malheureusement peu transposables en pathologie humaine), nous avons fini par opter pour une dose de 0,05 mmol/kg (0,1 ml/kg) soit 1/2 dose usuelle. Avec cette dose, le rapport signal bruit est de qualité et nous navons jamais observé de chute de signal de type T2.
Conduite pratique de lexamen
La technique est calquée sur les principes de la rénographie diurétique. Nous réalisons les enregistrements en respiration libre chez un enfant calme. Lanalyse de la fonction rénale séparée et la détection des points suivants (pic vasculaire v, niveau de base p, pic glomérulaire g) nécessitent un grand nombre de points sur la courbe pendant les dix premières minutes. Pour cette raison, nous avons réglé notre séquence pour obtenir une image toutes les 5 secondes pendant cette phase. Au-delà des 5 premières minutes, les acquisitions sont manuelles et progressivement plus espacées jusquà la fin de lexamen fonctionnel (40 minutes au total).
Le pic glomérulaire est situé au sommet de la courbe ascendante après le niveau p ; il survient généralement 2 à 4 minutes après linjection.
Le gadolinium est injecté en début dexamen, et le Lasilix (0,6 mg/kg) au bout de 20 minutes. Une variante (F-15) consiste à injecter le diurétique 15 minutes avant le gadolinium. Cette technique semble particulièrement adaptée aux petits enfants car elle évite de réveiller le patient (ou de le perturber) au bout des vingt premières minutes de lexamen pour injecter le diurétique. Linterprétation est un peu différente dans la mesure où la technique F-15 prive lexaminateur de lobservation de leffet du diurétique.
Analyse fonctionnelle
1. Estimation de la fonction rénale séparée
On dessine une région dintérêt limitée au parenchyme rénal et excluant les cavités. On réalise un graphe « intensité du signal/temps » centré sur les images dynamiques des dix premières minutes de lexamen. On calcule la surface sous la courbe du niveau p au pic glomérulaire pour le rein droit et pour le rein gauche.
On rapporte cette mesure daire sous la courbe au volume rénal (nombre de pixels de parenchyme sur une coupe) et on réalise une règle de trois pour en déduire la fonction rénale séparée.
La limite de lanalyse volumétrique est quelle ne repose que sur une coupe passant par le plus grand diamètre coronal des reins.
Toute la difficulté réside dans la détermination de la position des points pertinents. Le niveau p est le point le plus déclive de la courbe après le pic brutal lié à lopacification vasculaire. Il correspond à la quantité de produit de contraste qui a été capté par le rein (totalité du produit de contraste ayant transité par lartère rénale moins la quantité de produit qui na fait que traverser le réseau artério-veineux). Lapport de linjecteur automatique est important pour définir ce niveau p dans la mesure où il permet un bolus de qualité. Le niveau p est toujours identifié après un bolus correct. Le pic glomérulaire (g) peut être plus délicat à identifier : il est utile décarter tous les points artéfactuels en examinant les images correspondant aux points aberrants.
Une variante a été proposée par Grattan Smith. Cet auteur a montré une excellente corrélation entre le volume de rein se rehaussant après injection et la fonction rénale séparée. Cette piste est intéressante car il serait plus facile et moins opérateur dépendant de mesurer ce volume sur une séquence coronale pondérée T1 de coupes jointives après injection dune dose standard de gadolinium (séquence utilisable également pour la morphologie).

Mesure de lexcrétion
Cette analyse est basée sur lévolution sur une quarantaine de minutes du signal global du rein et de ses cavités. Une bonne connaissance de la technique de la rénographie isotopique est utile dans la mesure où tous les pièges de cette technique ont été largement décrits dans un passé récent.
Une région dintérêt est dessinée autour de lensemble du rein (incluant le bassinet) sur la pile (« stack ») dimages dynamiques.
Lanalyse dynamique peut être obtenue avec un logiciel adapté de calcul des images. Il est conseillé de supprimer les images de mauvaise qualité avant de procéder au dessin de la courbe.
Les critères dinterprétation sont ceux de OReilly :
I normal (descente de courbe après le pic glomérulaire g concave en haut)
II obstruction pathogène (courbe convexe, absence de retour du signal au niveau p)
IIIa stase sans obstacle (excrétion complète obtenue après diurétique)
IIIb résultat équivoque. La courbe ne redescend pas au niveau p mais il existe une élimination substantielle.
Ci-dessous la région dintérêt adaptée et une courbe dexcrétion de type IIIa.

5. Conclusion
LUro IRM doit dores et déjà supplanter lurographie intra-veineuse quand celle-ci est demandée à visée morphologique en complément de lexploration échographique (bilan pré opératoire par exemple).
Si une IRM est disponible, lUIV na plus de justification chez lenfant porteur duropathie malformative du fait de son caractère irradiant et de la nécessité de linjection dun contraste iodé néphrotoxique.
Les études fonctionnelles sont en cours de validation. Les premiers résultats disponibles montrent que la mesure de la fonction rénale séparée obtenue en IRM est voisine de celle qui est obtenue en MAG3. Les mêmes conclusions seront probablement aussi valables pour lanalyse de lexcrétion, à quelques détails près liés à des différences de pharmacocinétique entre le radio pharmaceutique et le chélate de gadolinium. Une estimation précise du volume de parenchyme se rehaussant est probablement une piste intéressante.
Au plan économique, lUro IRM pourrait devenir coût efficace dans la mesure où elle se substituerait à lUIV et à la rénographie diurétique isotopique (au MAG3-Tc99m ou au DTPA-Tc99m)
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Service de radiologie, Service de cardiologie pédiatrique- Hôpital Universitaire de Genève
A lheure actuelle, 85 % denfants nés avec des cardiopathies congénitales peuvent sattendre à devenir adultes, alors que dans la période qui a précédé la chirurgie cardiaque seul environ un cinquième de ces patients connaissait une évolution aussi favorable. Alors quautrefois ne survivaient que ceux qui étaient atteints de malformations cardiaques de degré simple, des cardiopathies congénitales très complexes sont de nos jours susceptibles dêtre réparées chirurgicalement avec de bons résultats.
Ces développements ont donné lieu à une nouvelle population de patients adultes atteints de cardiopathies congénitales (abrégé GUCH = Grown Up Congenital Heart Disease), dont le nombre est croissant et qui nécessitent des infrastructures spécifiques pour faire face à leurs besoins de santé. Leur nombre reste difficile à établir, mais on estime quenviron 800'000 patients GUCH vivent aux USA. Par ailleurs, tout porte à croire que le nombre de cardiopathies congénitales à lâge adulte ne fera quaugmenter, grâce aux progrès supplémentaires en imagerie cardiaque, dans les disciplines chirurgicales et dans la prise en charge néonatale en milieu de soins intensifs, auxquels on est en droit de sattendre ces prochaines années.
Imagerie cardiaque en pédiatrie
Radiographie du thorax
Limagerie reste la pierre angulaire du diagnostic des maladies cardiaques chez lenfant. Il est évident que la radiographie du thorax a perdu un peu de son importance dans le diagnostic des maladies cardiaques congénitales. Néanmoins, il subsiste plusieurs situations où la radiographie du thorax donne des signes extrêmement importants pour diriger le diagnostic. On peut en effet évaluer la vascularisation pulmonaire, la taille du cur et plus particulièrement la taille des différentes cavités cardiaques. La radiographie du thorax permet également de situer la position du cur à lintérieur du thorax (dextrocardie, dextroposition) et de déterminer dans un certain nombre de cas le situs viscéro-atrial.
Echocardiographie
Lévolution de léchocardiographie au cours des dernières années a changé radicalement le diagnostic des cardiopathies congénitales. Il est maintenant possible de diagnostiquer des cardiopathies congénitales in utero et ceci des la 12-14e semaine de gestation.
Les nouveaux appareils à disposition permettent, après la naissance, une imagerie bidimensionnelle et des analyses par écho-Doppler pulsé ou couleur, dune qualité permettant de décrire toutes les cardiopathies congénitales. Il est relativement aisé dobtenir des images de qualité chez le petit enfant et le recours à léchographie transoesophagienne est moins courant que chez ladulte. Cette dernière est surtout utile dans la période postopératoire imédiate et dans certaines malformations mieux visualisées par voie transoesophagienne comme les communications interauriculaires. Ces progrès permettent dopérer la plupart des enfants sans avoir besoin dautre imagerie invasive, telle que le cathétérisme. Les développements futurs permettront dobtenir des images échocardiographiques tridimensionnelles qui amélioreront encore la prise en charge de ces patients.
Cathétérisme
Le cathétérisme sest vu peu à peu remplacé par léchocardiographie et ses indications sont actuellement moins nombreuses. Cet examen est encore indiqué dans certaines cardiopathies extrêmement complexes et surtout pour évaluer lhémodynamique de certaines malformations, en particulier lévaluation des résistances vasculaires pulmonaires en présence dune maladie vasculaire pulmonaire. Par contre, le cathétérisme interventionnel sest fortement développé dans la prise en charge des cardiopathies congénitales.
Imagerie par résonance magnétique
Depuis 1984, lIRM a été reconnue comme une méthode très performante, complémentaire à léchocardiographie et même supérieure aux autres modalités dans lévaluation préopératoire de certaines cardiopathies congénitales. Cette technique grâce à son approche multiplanaire permet actuellement une imagerie morphologique particulièrement précise des malformations cardiaques et ceci de manière non invasive. Elle est devenue la meilleure méthode dimagerie pour la description segmentaire des cardiopathies congénitales. De plus, cette technique a évolué rapidement ces dernières années et, à lapproche morphologique sest ajoutée la possibilité dévaluer de façon non invasive la fonction cardiaque, en particulier du ventricule droit, toujours difficile à évaluer avec les autres méthodes dimagerie. Il en est de même pour la quantification non invasive des sténoses valvulaires et vasculaires et des régurgitations valvulaires à laide des séquences sensibles à la vélocité. Les séquences angiographiques tridimensionnelles couplées à linjection en bolus dun produit de contraste paramagnétique (Gadolinium), apparues récemment, offrent une approche morphologique incontestable en particulier dans les régions où léchographie est limitée, comme la description des anomalies des gros vaisseaux du thorax. Les techniques de post-traitement des images ont également beaucoup progressé et les reconstructions tridimensionnelles en rendu de volume et de surface ainsi que les reconstructions multiplanaires permettent de discuter les approches chirurgicales avec beaucoup plus de précision. LIRM est vraiment essentielle et incontournable dans certaines pathologies, comme la coarctation de laorte et les anomalies des arcs aortiques. Elle joue également un rôle important dans les malformations cono-troncales, les cardiopathies complexes et les anomalies des retours veineux pulmonaire et systémique. Dans ces indications, outre la description segmentaire souvent complexe, lévaluation des artères pulmonaires, des collatérales systémiques et du nombre et la taille des cavités est particulièrement bien réalisée par lIRM. Comme elle nécessite, chez lenfant de moins de six ans, une anesthésie ou une sédation, elle nest proposée dans cette population que pour les cas ou léchocardiographie nest pas conclusive. Chez les plus grands, ses indications se sont élargies et comprennent également la quantification non invasive des shunts, la quantification des valvulopathies et lévaluation du flux séparé dans les deux artères pulmonaires.
De plus en plus de grands enfants et de jeunes adultes porteurs de cardiopathies congénitales opérées ou non nécessitent une surveillance rapprochée. LIRM est lexamen de choix dans cette population grandissante car lexamen peut être répété facilement car il est non invasif, léchocardiographie est souvent difficile du fait des déformations thoraciques associées et de la faible fenêtre acoustique chez ces patients. Trois catégories de patients bénéficieront de lIRM :
Les patients asymptomatiques ayant bénéficié dune réparation complète de leur cardiopathie
Les patients symptomatiques ou asymptomatiques présentant une anomalie résiduelle ou une récidive de leur cardiopathie ou une complication de la chirurgie
Les patients symptomatiques qui ont bénéficié dune thérapeutique palliative
Une bonne connaissance des techniques chirurgicales employées est nécessaire, particulièrement dans les cardiopathies complexes pour interpréter les images. Le rôle des nouvelles techniques déjà mentionnées plus haut, en particulier des angiographies tridimensionnelles, est fondamental.
REFERENCES
1)Michael A Gatzoulis ,Gary D Webb, Piers Daubeney
Diagnosis and Management of Adult Congenital Heart Disease,Hardback · 512 Pages · 200 Illustrations
Churchill Livingstone · Published August 2003
2)Therrien J, Warnes C, Daliento L, Hess J, Hoffmann A, Marelli A, Thilen U, Presbitero P, Perloff J, Somerville J, Webb GD.
Canadian Cardiovascular Society Consensus Conference 2001 update: recommendations for the management of adults with congenital heart disease part III.
Can J Cardiol. 2001 Nov;17(11):1135-58.
3)Therrien J, Gatzoulis M, Graham T, Bink-Boelkens M, Connelly M, Niwa K, Mulder B, Pyeritz R, Perloff J, Somerville J, Webb GD. Canadian Cardiovascular Society Consensus Conference 2001 update: Recommendations for the Management of Adults with Congenital Heart Disease--Part II. Can J Cardiol. 2001 Oct;17(10):1029-50.
4)Deanfield J, Thaulow E, Warnes C, Webb G, Kolbel F, Hoffman A, Sorenson K, Kaemmer H, Thilen U, Bink-Boelkens M, Iserin L, Daliento L, Silove E, Redington A, Vouhe P, Priori S, Alonso MA, Blanc JJ, Budaj A, Cowie M, Deckers J, Fernandez Burgos E, Lekakis J, Lindahl B, Mazzotta G, Morais J, Oto A, Smiseth O, Trappe HJ, Klein W, Blomstrom-Lundqvist C, de Backer G, Hradec J, Mazzotta G, Parkhomenko A, Presbitero P, Torbicki A; Task Force on the Management of Grown Up Congenital Heart Disease, European Society of Cardiology; ESC Committee for Practice Guidelines.
Management of grown up congenital heart disease.
Eur Heart J. 2003 Jun;24(11):1035-84.
1Consultation Multisite Romande de Rhumatologie Pédiatrique. Départements de Pédiatrie du CHUV et des HUG.
2Consultation multidisciplinaire de Rhumatologie Pédiatrique, Kinderspital, Inselspital, Bern.
3Consultation multidisciplinaire de Rhumatologie Pédiatrique, Kinderspital, Zürich.
4Consultation multidisciplinaire de Rhumatologie Pédiatrique, Kinderspital, Basel.
Résumé
Chez lenfant, les symptômes ostéo-articulaires sont fréquents, et les arthrites chroniques sont moins rares quon pourrait le penser. La reconnaissance dune arthrite peut être difficile chez lenfant et le diagnostic différentiel est très large, comprenant en particulier des pathologies infectieuses et tumorales. Même si les arthrites juvéniles ont souvent une évolution favorable, dans certains cas, elles peuvent mener à des séquelles fonctionnelles importantes. Ainsi, le diagnostic et le suivi des arthrites chroniques devraient se faire en collaboration avec des consultations spécialisées de rhumatologie pédiatrique pour permettre laccès à une prise en charge multidisciplinaire et favoriser lélargissement des connaissances cliniques et épidémiologiques dans ces maladies rares. Une étude a débuté en automne 2002 dans le but de recueillir des données épidémiologiques sur les arthrites de lenfant en Suisse Romande.
L'arthrite chronique de lenfant, une pathologie souvent difficile à diagnostiquer
Chez lenfant, les symptômes ostéo-articulaires sont fréquents, et les arthrites chroniques sont moins rares quon pourrait le penser. Elles sont souvent difficiles à diagnostiquer rapidement, mais sont susceptibles dinduire des séquelles fonctionnelles importantes à moyen et à long terme. Ainsi, la rapidité du diagnostic et la qualité des soins auront une influence majeure sur la qualité de vie de lenfant et sur son avenir. Cet article aborde en premier lieu la présentation clinique, le diagnostic différentiel et la prise en charge des arthrites de lenfant. Nous décrivons ensuite les données épidémiologiques actuellement disponibles sur la fréquence et lévolution des arthrites chroniques de lenfant. Finalement, nous présentons brièvement létude épidémiologique sur les arthrites chez l'enfant en Suisse Romande qui a débuté le 1er octobre 2002.
Diagnostic de larthrite chez lenfant
Devant un enfant ou adolescent présentant une symptomatologie articulaire, le médecin doit évoquer un diagnostic différentiel très large, comprenant des maladies infectieuses, hémato-oncologiques, métaboliques, rhumatismales et orthopédiques (1). La symptomatologie articulaire peut être constituée uniquement de douleurs, appelées arthralgies, et/ou de signes dinflammation synoviale comme une tuméfaction, une chaleur, un épanchement, une rougeur et une limitation de la mobilité de larticulation. Lorsque ces signes sont discrets ou manquent en partie, larthrite est parfois difficile à mettre en évidence, en particulier au niveau de la hanche où un ultrason est souvent nécessaire pour confirmer la présence dun épanchement et/ou dun épaississement synovial. Le Tableau 1 donne la définition que nous avons retenue pour les arthralgies et larthrite.
Lorsque la tuméfaction articulaire est dorigine inflammatoire, elle est en général accompagnée dune raideur matinale, alors quen cas dorigine mécanique, la douleur est présente surtout en fin de journée et accentuée par lexercice physique. Si le tableau clinique est équivoque, lanalyse du liquide synovial par la ponction articulaire avec comptage des leucocytes permettra de mieux faire la différence entre ces 2 types de tuméfaction articulaire, à condition quil y ait assez de liquide.
Dautres manifestations cliniques peuvent être associées à ces symptômes et signes articulaires, comme une ténosynovite, une enthésite (inflammation de linsertion tendineuse), de la fièvre, des lésions cutanées et une atteinte dorgane. Une uvéite peut également accompagner larthrite et est souvent asymptomatique. Ainsi, des examens ophtalmologiques réguliers sont nécessaires pour un diagnostic précoce et éviter des séquelles visuelles sévères. Quelques tableaux cliniques types peuvent être retenus comme la monoarthrite, loligoarthrite (entre 2 et 4 articulations touchées), la polyarthrite (> 4 articulations touchées) et les arthrites avec syndrome inflammatoire systémique.
Les examens complémentaires devront être orientés selon le type de présentation clinique (cf. Figure 1), et comprennent en général une formule sanguine complète, des indices inflammatoires ainsi quun bilan immunologique et infectieux (cf. Tableau 2). La vitesse de sédimentation fait partie du bilan de départ et donne un meilleur reflet de l'inflammation chronique que la c-reactive protéine, qui peut rester négative dans certains cas. Les principaux diagnostics différentiels sont présentés dans le Tableau 3, mais, selon la présentation clinique, dautres pathologies plus rares doivent également être évoquées.
Le groupe des arthrites chroniques de lenfant rassemble des entités nosologiques différentes dont létiologie nest pas connue. Au cours des années, diverses classifications de ces arthrites ont été proposées, mais les critères définissant les différentes entités de larthrite juvénile varient considérablement entre elles. Dans le but de proposer une classification internationale, un set de critères a été défini par un groupe de travail de lInternational League against Rheumatism (ILAR) en 1994 (2). Cette classification a été révisée à deux reprises (1997 et 2001) suite à une évaluation sur des collectifs de patients avec arthrite juvénile provenant de plusieurs centres en Europe et dans le monde (3). Cette nouvelle classification devrait améliorer la communication entre les rhumatologues pédiatres, et faciliter la recherche fondamentale et clinique, ce qui permettra douvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques. Selon cette classification, lorsquun patient de moins de 16 ans présente une arthrite depuis plus de 6 semaines et que toute autre étiologie a pu être exclue, le diagnostic darthrite juvénile idiopathique (AJI) peut être retenu. Après 6 mois dévolution, le patient pourra être classifié dans lune des 7 catégories diagnostiques (cf. Tableau 4). La catégorie « autre arthrite » contiendra tous les patients qui nont pu être classifiés dans aucune autre catégorie ou qui présentent des critères pour 2 ou plus de catégories. Cette classification internationale nécessite encore dêtre validée sur de grands collectifs de patients, en particulier sur le long terme.
Le prise en charge des arthrites chroniques de lenfant consiste principalement en un traitement médicamenteux pour contrôler le processus inflammatoire, accompagné de mesures de réhabilitation. Le traitement comporte dans la majorité des cas en premier lieu des AINS à fortes doses, qui sont mieux tolérées chez lenfant que chez ladulte. En cas de non-réponse ou de réponse insuffisante, des injections intra-articulaires de corticoïdes et/ou un traitement de fond par voie systémique sont à considérer. Les traitements de fond proposés varient en fonction de la forme darthrite juvénile. Le Méthotrexate par voie orale ou sous-cutanée reste le traitement de fond de première intention pour les formes oligoarticulaires étendues et polyarticulaires. Ce médicament est en général bien toléré, mais nécessite une surveillance clinique et biologique régulière. Pour les arthrites systémiques, les corticostéroïdes par voie générale (per os ou en bolus intra-veineux) sont souvent nécessaires, mais induisent des effets secondaires importants (syndrome de Cushing, freination de la croissance, ostéoporose,
). Les anti-tumor necrosis factor (TNF) sont depuis peu à disposition pour traiter les arthrites chroniques de lenfant (4). Ce type de traitement est réservé aux patients présentant des formes avec évolution sévère et résistante aux traitements conventionnels. En effet, ce sont des traitements très coûteux et dont les effets à long terme sont encore peu connus. Par ailleurs, ils induisent un effet immunosuppresseur important qui met le patient à risque dune infection sévère, comme une tuberculose par exemple. Dautres nouveaux médicaments qui ont montré leur efficacité dans la polyarthrite rhumatoïde de ladulte, comme le Léflunomide, sont actuellement évalués chez lenfant dans des études de phase III.
En complément des traitements pharmacologiques, les mesures de réhabilitation sont importantes. Elles consistent en de la physiothérapie intensive, surtout pour restaurer la mobilité articulaire, de lergothérapie, des attelles et des moyens auxiliaires selon la situation. Ces mesures de réhabilitation sont prises en charge par l'assurance invalidité. Dautres mesures daccompagnement, en particulier un soutien psychologique, sont également nécessaires. Une approche interdisciplinaire est souvent utile pour le diagnostic et pour définir lattitude thérapeutique la plus adéquate. Dans les grands services de pédiatrie de notre pays sont à disposition des équipes spécialisées en rhumatologie pédiatrique, qui travaillent en étroite collaboration avec le médecin traitant.
Quelle est la fréquence de larthrite chronique chez lenfant
Les douleurs ostéo-articulaires sont fréquemment rapportées dans l'enfance. Une étude récente a montré que jusqu'à 20 % des enfants d'âge scolaire se plaignent de douleurs récurrentes des membres et que 6 % des enfants pensent souffrir d'une arthrite. Les données sur lépidémiologie des arthrites chroniques de lenfant sont très variables selon les pays. Elles rapportent une prévalence pour 100'000 enfants qui varie entre 7.7 cas en France et 150 cas en Norvège. Ces différences sont très probablement à mettre en relation avec la sélection des sujets et le système de santé (5,6). Manners et al. a examiné plus de 2000 enfants provenant de plusieurs écoles en Australie et ont identifié 9 cas darthrite juvénile dont 7 navaient pas été diagnostiqués. La prévalence de larthrite juvénile calculée à partir des données de cette dernière étude est de 400 cas pour 100'000 enfants (7). Lincidence des arthrites chroniques de lenfant varie entre 1.3 et 23 cas pour 100'000 enfants par an. Les chiffres les plus élevés viennent détudes scandinaves, pays où le système de santé favorise la pratique détudes de population. Les chiffres issus de registres de rhumatologie pédiatriques sont plus faibles, car ces registres incluent avant tout des patients de centres tertiaires et comptabilisent ainsi surtout les cas les plus sérieux (8).
Les données épidémiologiques portant sur le mode évolutif et le pronostic des arthrites chroniques de lenfant, ainsi que sur les séquelles fonctionnelles et le retentissement psychosocial à long terme varient également (9). Comme il sagit dun groupe hétérogène de maladies, lévolution dépend de plusieurs facteurs comme la catégorie diagnostique (oligoarthrite, polyarthrite, spondylarthropathie,
), la présentation clinique initiale, le terrain génétique (par exemple, groupe HLA) et la prise en charge. Létiologie joue certainement aussi un rôle dans lévolution, mais cet élément est impossible à apprécier actuellement, la cause des arthrites chroniques de lenfant étant inconnue. Pour la forme polyarticulaire, les limitations fonctionnelles sévères se retrouvent à long terme chez 3 à 48 % des enfants. Pour la forme enthésique, ou spondylarthropathie, une gène modérée est signalée dans un peu moins de la moitié des patients et une gène sévère dans plus de 10 % des cas. Latteinte de la hanche est un élément qui conditionne le pronostic dans cette forme darthrite. Ces études montrent que, même si lévolution des arthrites juvéniles est en général moins sévère que chez ladulte, elles peuvent être destructrices et conduire à une atteinte fonctionnelle importante. Leffet de linflammation articulaire chronique et des traitements utilisés sur la croissance est par ailleurs non négligeable et justifie une prise en charge spécialisée en milieu pédiatrique afin de minimiser les effets indésirables à long terme.
A lavenir, lutilisation de la classification de lILAR et dinstruments standardisés de mesure de lactivité de la maladie et de ses séquelles devrait permettre de mieux définir les caractéristiques évolutives et le pronostic fonctionnel des différents groupes darthrite juvénile. Pour lévaluation de latteinte fonctionnelle et de la qualité de vie, deux questionnaires, le Child Health Assessement Questionnaire (CHAQ) et le Child Health Questionnaire (CHQ), sont à disposition du clinicien. Ces questionnaires ont été traduits de langlais dans toutes les langues européennes. Leur traduction a été validée après évaluation sur des collectifs de patients avec AJI et denfants en bonne santé au cours dune étude conduite par lorganisation PRINTO (Pediatric Rheumatology International Trial Organization) (10).
Aucune donnée épidémiologique sur les arthrites et les arthralgies de lenfant et de ladolescent nest actuellement disponible en Suisse. Ainsi, la proportion denfants et dadolescents développant un rhumatisme chronique parmi ceux qui consultent pour une arthrite et/ou des arthralgies est inconnue, il en est de même des facteurs pronostiques précoces.
Epidémiologie des arthrites chez l'enfant en Suisse
Devant labsence de données épidémiologiques précises sur les arthrites et arthralgies de l'enfant en Suisse, nous avons débuté une étude épidémiologique prospective et multicentrique en automne 2002 dans les 6 cantons francophones de Suisse (FR, GE, JU, NE, VD, VS). Le but de cette étude est de définir la prévalence et l'incidence des arthrites et arthralgies chez lenfant et ladolescent en Suisse. La répartition entre les différents diagnostics rhumatologiques et le devenir de ces arthrites et arthralgies à court terme est également évalué. Nous étudions aussi le contexte dans lequel surviennent les arthralgies et arthrites (antécédents familiaux, milieu socio-économique). Des données récentes de la littérature rapportent que différents facteurs environnementaux sont susceptibles de favoriser le développement de la polyarthrite rhumatoïde chez ladulte. Si des influences similaires pouvaient être mises en évidence chez lenfant, des mesures de prévention pourraient alors être proposées.
Afin d'obtenir des valeurs de prévalence et d'incidence fiables, il est nécessaire d'inclure tous les enfants vus par un médecin pour une arthrite et/ou des arthralgies dans les 6 cantons cités plus haut sur une période d'un an. Dans un premier temps, tous les médecins prenant en charge des enfants (pédiatres, généralistes, rhumatologues, orthopédistes), en pratique ambulatoire et en milieu hospitalier, ont reçu une information sur létude ainsi que le matériel de létude. Les médecins ont ensuite été régulièrement contactés pour évaluer et renforcer leur participation à létude. La participation des médecins à létude a varié en fonction de leur spécialité et était très bonne chez les pédiatres (93 %). La raison majeure motivant la non-participation à létude était labsence de patients en âge pédiatrique. Les résultats préliminaires montrent une incidence annuelle pour lAJI de 11.8 nouveaux cas pour 100'000 enfants avec des variations importantes de ce taux entre les cantons étudiés. Cette incidence est proche de celle qui a été retrouvée dans des études récentes en Europe ou en Amérique.
Conclusion
Les arthrites chroniques de lenfant sont plus fréquentes quon pourrait le penser et ne sont pas toujours aisé à diagnostiquer chez les enfants avec plaintes ostéo-articulaires chroniques. Une meilleure connaissance de lépidémiologie de ces arthrites en Suisse permettra l'adaptation des structures de prise en charge et contribuera ainsi à l'amélioration de la qualité des soins pour les maladies rhumatismales de l'enfant.
Références
1 Prieur A-M. Arthrites juvéniles idiopathiques, In Rhumatologie Pédiatrique. 119-138, Médecine-Sciences, Flammarion, Paris, 1999.
2 Petty R, Southwood T, Baum J, Prieur A-M. Revision of the proposed classification criteria for juvenile idiopathic arthritis: Durban 1997. J Rheumatol, 25: 1991-4, 1998.
3 Hofer M, Mouy R, Prieur A-M. Juvenile idiopathic arthritides evaluated prospectively in a single center according to the Durban criteria. J. Rheumatol, 28: 1083-90, 2001.
4 Lovell DJ, Giannini EH, Reiff A et al. Etanercept in children with polyarticular juvenile rheumatoid arthritis. N Engl J Med, 342: 763-9, 2000.
5 Andersson-Gäre B. Epidemiology of rheumatic diseases in children. Curr Opin Rheumatol, 8: 449-54, 1996.
6 Andersson-Gäre B, Fasth A, Andersson J. Incidence and prevalence of juvenile chronic arthritis: a population survey. AnnRheum Dis, 46: 277-81, 1987.
7 Manners PJ and Diepeveen DA. Prevalence of juvenile chronic arthritis in a population of 12-year-old children in urban Australia. Pediatrics, 98: 84-90, 1996.
8 Malleson PN, Fung MY, Rosenberg AM. The incidence of paediatric rheumatic diseases: results from the canadian paediatric rheumatology association disease registry. J Rheumatol, 23: 1981-7, 1996.
9 Andersson-Gäre B, Fasth A. The natural history of juvenile chronic arthritis:a population based study. Outcome. J Rheumatol, 22: 308-19, 1995.
10 Hofer MF, Rupperto N, Saurenmann R, Sauvain MJ, Huppertz HI, Landgraf JM, Prieur A.-M. The Swiss German and Swiss French version of the Childhood Health Assessment Questionnaire (CHAQ) and the Child Health Questionnaire (CHQ). Clin Exp Rheumatol, 19 (Suppl.), S151-S157, 2001.
Tableau 1 : définition des arthralgies et de larthrite
Arthralgie = douleur articulaire sans évidence d'arthrite
Arthrite = tuméfaction et/ou diminution douloureuse de la mobilité de l'articulation
et/ou épanchement et/ou douleur à la palpation
Tableau 2 : examens complémentaires chez un enfant suspect de maladie rhumatismale
Examens de débrouillage
Formule sanguine complète (FSC)
Vitesse de sédimentation (VS), C-réactive protéine (CRP)
Anticorps antinucléaires (ANA), facteur rhumatoïde (FR)
Examens à effectuer selon la présentation clinique
HLA-B27 (selon présentation clinique et/ou anamnèse familiale)
Sérologies virales et borréliose, anticorps anti-streptocoques (ASLO, ASD, ASK) (à définir selon tableau clinique)
Ponction articulaire avec comptage des leucocytes (tube EDTA) et culture (à définir selon tableau clinique)
US articulaire (si nécessaire pour confirmer un épanchement articulaire)
Radiographies (recherche de lésions osseuses)
Discuter ponction biopsie de moelle selon la clinique et la FSC
Scintigraphie osseuse (utile pour détecter dautres foyers ostéo-articulaires)
IRM (pour préciser la morphologie des structures, si doute diagnostic)
Tableau 3 : Diagnostic différentiel des arthrites de lenfant
Infection Arthrite septique, ostéomyélite
Maladie de Lyme
Virale (Parvovirus B19, rubéole, hépatites,
)
Mycobactérienne, fungique
Tumeur Leucémie, lymphome, neuroblastome
Tumeur osseuse
Maladie périodique Fièvre méditerranéenne familiale, et autres
Maladie autoimmune Arthrite Juvénile Idiopathique, connectivite, vasculite, Behcet, sarcoïdose
Parainfectieux Arthrite post-streptococcique, rhumatisme articulaire aigu, arthrite réactive,
Mécanique
Autres Hémophilie, déficit immunitaire, fibromyalgie
Tableau 4 : Classification de lILAR
Arthrite Juvénile Idiopathique (AJI) :
Début des symptômes avant lâge de 16 ans
Durée de larthrite dau moins 6 semaines
Exclusion de toute autre étiologie
Après 6 mois dévolution, classification dans lune de ces formes diagnostiques :
Arthrite systémique
Oligoarthrite
Persistante
Etendue
Polyarthrite, facteur rhumatoïde négatif
Polyarthrite, facteur rhumatoïde positif
Arthrite enthésique
Arthrite psoriasique
Autre arthrite
Service de Radiologie Pédiatrique, Hôpital R. DEBRE, Paris , France
La radiologie conventionnelle reste lexploration de base aussi bien lors de la phase diagnostique que lors de la surveillance de lévolution de laffection.Néanmoins, les examens radiologiques doivent être adaptés à chaque enfant et limités au nécessaire (fréquence, nombre de clichés) dans un souci de radioprotection, de confort pour lenfant ainsi que de maîtrise des coûts de santé.Limagerie par résonance magnétique occupe une place croissante chez lenfant du fait de son important contraste tissulaire et de son caractère non agressif. Elle intervient en complément de lexamen clinique et des radiographies standard qui sont toujours obtenues en première intention. Il est important de proscrire les demandes dimageries très coûteuses faites « pour voir » alors que lexamen clinique ou les radiographies apportent souvent les renseignements suffisants. Les indications de limagerie doivent être discutées par le clinicien et le radiologiste en mettant en balance les bénéfices escomptés pour lenfant avec le coût et la disponibilité de lexamen.
I . RADIOGRAPHIES STANDARD
La radiologie conventionnelle est limagerie de base des affections de l'appareil locomoteur de lenfant, tant à la phase initiale du diagnostic que lors du suivi évolutif. Simples, rapides, disponibles, non traumatisantes et peu irradiantes, les radiographies de première intention permettent de résoudre bien des problèmes et sont souvent, à elles seules suffisantes. En effet, elles sont limagerie de référence des fractures, des tumeurs osseuses, des maladies osseuses constitutionnelles, des affections métaboliques et inflammatoires. Par ailleurs, les radiographies jouent un rôle critique dans la détermination du siège lésionnel et de la nature de la lésion en particulier lorsque le tableau clinique est peu contributif ou non spécifique.Elles sont particulièrement utiles chez le nouveau-né, le nourrisson et le jeune enfant notamment devant un tableau dimpotence fonctionnelle ou de boîterie. Dans tous les cas, la radiographie permet dorienter convenablement le recours à une éventuelle imagerie complémentaire. De plus, les radiographies standard participent à la classification de laffection rhumatismale en fonction des caractéristiques morphologiques des atteintes articulaires et de leur distribution. La répétition des radiographies et leur interprétation comparative permet une détermination du stade évolutif des affections rhumatismales chroniques de lenfant selon des critères radiologiques objectifs.
A. TECHNIQUES
1. Radiologie ostéo-articulaire En règle générale, au moins deux incidences orthogonales doivent être toujours obtenues comprenant un cliché de face et de profil de larticulation ou du segment de membres concernés. Les clichés comparatifs, ne doivent pas être réalisés au moindre doute mais non systématiquement. Ils peuvent être utile lors du premier bilan dune affection rhumatismale chronique et permettent de détecter une avance de maturation osseuse . Ils ne doivent pas être multipliés dans un souci de radioprotection et de confort de lenfant. La possibilité de prendre des clichés dans diverses positions autorisent la réalisation de clichés en charge et de clichés dynamiques.
Les troubles de la croissance, que ceux-ci soient localisés ou généralisés, sont un important problème dans la pathologie ostéo-articulaire de lenfant et sont bien appréciés sur les radiographies. Desaxation et inégalité de longueur des membres sobservent particulièrement en cas daffection rhumatismale unilatérale et sont secondaires aux déformations épiphysaires, à lavance de maturation épiphysaire, aux fusions prématurées des cartilages de croissance. Lintensité des troubles généralisés de la croissance sont déterminés par laffection (nature, âge, début, durée), limmobilisation et la corticothérapie. La détermination de lâge osseux constitue donc une des demandes les plus fréquentes en pathologie ostéo-articulaire de lenfant. En résumé, le bilan radiologique standard doit être souple et toujours adapté à la situation clinique. En particulier, dans le choix des incidences, il faut se méfier des douleurs projetées et savoir pratiquer à bon escient des clichés du genou, de la hanche et du rachis.
2. Autres examens radiologiques en pathologie rhumatismale de lenfant
Radiographie du thorax
Une incidence de face est le plus souvent seulement nécessaire. Les clichés de profil ne sont pas systématiques et peuvent être utiles à la détection dun épanchement pleural ou dadénopathies. Les anomalies recherchées en priorité sont un syndrome interstitiel, un épanchement pleural, des adénopathies médiastinales ou hilaires, une cardiomégalie (péricardite, insuffisance cardiaque, myocardite) ou plus rarement des condensations pulmonaires. Les principales indications sont la forme systémique darthrite chronique juvénile, le lupus erythémateux aigu disséminé, la sclérodermie, la dermatomyosite, la maladie de Kawazaki, les vascularites, la sarcoïdose, le rhumatisme articulaire aigu, la positivité dun test tuberculinique et enfin en cas dindication clinique.
Opacification digestive
Un transit oesophagien peut être indiqué en cas de sclérodermie. Un transit du grêle, un entéroscanner ou une entéroIRM peuvent être pratiqués en cas de suspicion dentérocolopathie inflammatoire.
B. SEMIOLOGIE OSTEO-ARTICULAIRE
Une interprétation correcte des clichés simples est un préalable essentiel dans la prise en charge optimale de lenfant souffrant dune affection de l'appareil locomoteur.
La lecture systématique du cliché impose dapprécier étapes par étapes :
- Lespace articulaire : dimensions (normales, augmentées ou diminuées), régularité et congruence, contenu (calcification, fragment osseux).
- Etat des noyaux épiphysaires.
- Parties molles (épaississement, calcification), franges graisseuses péri-articulaires (oblitération, refoulement).
- Minéralisation osseuse.- Statique et orientation des différentes pièces osseuses. - Etat des cartilages de croissance, des métaphyses et des diaphyses.
Cette approche diagnostique est très utile, notamment pour le radiologiste ou le clinicien qui ne pratiquent quoccasionnellement la rhumatologie pédiatrique.
Un refoulement des franges graisseuses péri-articulaires traduit lexistence dun épanchement intra-articulaire. Certaines affections articulaires entraînent chez lenfant des subluxations voire même des luxations, en dehors de toute pathologie congénitale. Ce sont avant tout, les arthrites chroniques, larthropathie nerveuse voire les arthrites infectieuses à pyogène .
Linterligne articulaire peut être élargi ou pincé et la comparaison avec le côté sain ou avec les clichés antérieurs est bien utile. La présence de calcification intra-articulaire ou péri-articulaire a une grande signification . Létude des épiphyses peut apporter des renseignements très intéressants en faveur daffections congénitales ou acquises.
C. INDICATIONS
Diagnostic
A la phase initiale dune affection de l'appareil locomoteur de lenfant, les radiographies standard sont le complément essentiel de lexamen clinique surtout si la présentation nest pas spécifique. Les données des radiographies sont essentielles au diagnostic des atteintes articulaires aiguës ou récentes (durée inférieure à 15 jours) ainsi que les atteintes persistantes ou récidivantes (plus de 15 jours et moins de 3 mois). Les radiographies peuvent suffire au diagnostic.
Ainsi dans les atteintes articulaires aigües ou récentes, on sattachera à rechercher :
- Une fracture dorigine traumatique ou sur un squelette fragilisé en raison dune anomalie constitutionnelle ou acquise sans oublier les fractures de fatigue (fig. 6), et le syndrome des enfants battus (fig. 7).
- Les ostéoarthrites septiques constituent toujours une urgence.
Si latteinte articulaire persiste ou récidive pendant 15 jours à 3 mois, il conviendra de rechercher en priorité :
- Des signes de neuroblastome métastatique ou de leucémie aigüe à type de bandes claires métaphysaires, de réaction périostée, et de déminéralisation.
- Des signes d'ostéoarthrites, d'ostéomyélites chroniques.
- Une pathologie mécanique (surtout en labsence dun contexte inflammatoire), à type dostéochondrite primitive de hanches, dostéochondrite dissécante de la cheville ou du coude, d'épiphysiolyse de la tête fémorale.
Enfin, nous insisterons sur le rôle diagnostic irremplaçable des clichés standard dans le diagnostic des tumeurs osseuses et des pseudo-tumeurs. Elles permettent ainsi de différencier les lésions bénignes qui ne nécessitent pas une attitude agressive : Des autres lésions nécessitant une attitude plus interventioniste, telle quune biopsie osseuse :
- Tumeur maligne (sarcome)
- Lésion indéterminée.
La pratique de radiographie du squelette entier est importante pour affirmer si la lésion est unique ou multiple (histiocytose X, dysplasie fibreuse, tumeur maligne), ainsi que pour guider la biopsie sur le meilleur site.
Surveillance et classification des maladies rhumatismales
En complément de la clinique, la radiographie standard participe à la classification des affections rhumatismales chroniques de lenfant (forme oligo-articulaire, versus forme poly-articulaire darthrite chronique juvénile) mais elle permet surtout de déterminer le stade évolutif de la maladie articulaire selon des critères radiologiques objectifs, en particulier dans larthrite juvénile et dans larthropathie hémophilique (3, 4, 5). Les radiographies permettent ainsi une évaluation objective de la progression de la maladie et de lefficacité du traitement. De nombreux scores radiographiques ont été publiés, en particulier dans larthrite chronique juvénile et dans larthropathie hémophilique. Les classifications radiologiques développées en pathologie adulte, (la méthode de Steinbrocker dans la polyarthrite rhumatoïde) (6) nest pas adaptée à la rhumatologie pédiatrique, car le pincement articulaire est un mauvais signe chez lenfant. En effet, lappréciation de lespace articulaire est aléatoire du fait de :
- Epaisseur variable du cartilage épiphysaire.
- Difficulté des clichés en charge, sur une articulation douloureuse.
- Erreur de projection liée au flessum et/ou au valgus.
- Pincement articulaire moins marqué ou de survenue tardive.
Chez lenfant, on accordera davantage lattention à une avance localisée de la maturation osseuse liée à lhyperhémie. A titre dexemple, nous présentons des scores radiographiques applicables dans larthrite chronique juvénile et larthropathie hémophilique au niveau du genou (technique de Petterson, Dale) (Tableaux I, II et III).
Détection des complications liées à la maladie et au traitement
Les bilans radiologiques sattacheront à rechercher un retard de maturation osseuse, des signes dostéoporose, des troubles statiques (élimination dune instabilité cervicale avant anesthésie générale) et des troubles localisés de la croissance, des fractures/tassements, des signes dostéonécrose, des calcifications articulaires après synoviorthèses.
II. ECHOGRAPHIE DOPPLER
Léchographie couplée ou non au doppler pulsé et au doppler couleur est une technique dinvestigation facilement disponible, non invasive, non irradiante et peu coûteuse.
Léchographie est une technique très sensible dans la détection dépanchement articulaire sans pouvoir néanmoins en déterminer la nature. En cas de boîterie ou dimpotence fonctionnelle, elle permet de ramener la symptomatologie à la hanche et de guider une éventuelle ponction. Les indications principales de léchographie sont donc la synovite aiguë transitoire et la détection précoce dostéoarthrite du nourrisson surtout dans les contextes de diagnostic difficile chez des enfants hospitalisés en néonatologie et en réanimation. Contrairement aux radiographies standard, léchographie permet de différencier lépanchement articulaire de lépaississement synovial. elle peut également retrouver des destructions cartilagineuses (9). Cependant, léchographie présente dimportantes limitations. Elle ne permet quune évaluation partielle de larticulation. De plus, elle est incapable de détecter fiablement la présence de cloisonnement ou de corps étrangers intra-articulaires (grains riziformes) qui conduiraient plus à une synovectomie quà une synoviorthèse.En revanche, le doppler énergie semble une technique prometteuse pour évaluer lactivité du pannus dans larthrite chronique juvénile. En effet, le pannus actif, extrémement hypervasculaire présente un important signal en doppler énergie ; cet hypersignal disparaît après traitement local.
Léchographie est lexamen complémentaire de choix pour létude des masses juxta-articulaires. Elle permet den préciser la localisation, le caractère liquide ou solide (kyste synovial) ou hypervasculaire (angiome synovial). Enfin, chez un enfant présentant un membre augmenté de volume et inflammatoire, léchographie doppler peut permettre le diagnostic de :
- Collection (sous-périostée, abcès, bursite) .
- Thrombophlébite.
- Corps étranger non radio-opaque.
- Malformation vasculaire .
Elle permet ainsi de guider une ponction aspiration ou la pose dun drain.
Les autres indications de léchographie doppler sont non ostéo-articulaire. Ainsi, léchographie peut mettre en évidence un épanchement péritonéal, une hépatosplénomégalie, un épanchement pleural en cas darthrite chronique juvénile systémique ou de maladie périodique. Une lésion tumorale (neuroblastome), une atteinte rénale peuvent être également démontrées en cas de purpura rhumatoïde ou de péri-artérite noueuse. Léchographie doppler cardiaque peut démontrer la présence danévrysmes coronariens dans la maladie de Kawasaki, de dysfonctionnement valvulaire en cas de rhumatisme articulaire aigu, dune myocardite, dune péricardite.
Le doppler couleur et pulsé des gros vaisseaux est très utile dans le bilan de maladie de Takayashu.
Il permet également le bilan des thrombophlébites compliquant notamment une maladie de Behcet ou dune autre collagènose.
III. IMAGERIE PAR RESONANCE MAGNETIQUE
LIRM a révolutionné limagerie ostéo-articulaire de lenfant (12-15). Elle permet la visualisation précise, non invasive et non irradiante des cartilages articulaires et des cartilages de croissance, de lépanchement, de la synoviale inflammatoire, des structures ostéo-médullaires et musculo-tendino-ligamentaires.
Les deux grands atouts de lIRM sont donc une étude anatomique de très grande qualité et une sensibilité élevée. En revanche, sa spécificité est faible. De ce fait, il importe de se poser le problème de son efficacité clinique et du rapport coût/efficacité. Dans la prescription dun examen dIRM, il faut mettre en balance le coût et la durée de lexamen, la nécessité éventuelle dune sédation, le caractère opérateur dépendant et «machine dépendant» en comparaison avec un bon examen clinique et des clichés standard.
En règle générale, lexamen IRM sera toujours ciblé par un examen clinique préalable associé à des clichés standards. Cette démarche permet de tirer le meilleur bénéfice dune IRM en permettant de choisir le protocole le plus adapté pour une indication donnée.
La membrane synoviale nest pas visible à létat normal. Sans injection de produit de contraste paramagnétique, la synoviale inflammatoire présente un signal variable et ne peut pas être fiablement dissociée du liquide articulaire et du cartilage (18). Après linjection dun produit de contraste paramagnétique, le pannus en raison de son caractère hypervasculaire présente un réhaussement (fig. 17). Cette prise de contraste traduit une inflammation active et permet une évaluation précise de lextension du pannus, de la destruction cartilagineuse et de labondance de lépanchement articulaire. LIRM avec injection de produit de contraste est la technique la plus sensible pour déterminer la présence dune synovite, mais elle est dépourvue de spécificité (18). En fonction des orientations cliniques, la ponction articulaire ou même la biopsie synoviale seront discutées
(3, 4, 5).
LIRM peut permettre lidentification dune hémarthrose et dune lipohémarthrose du fait des modifications de signal liés à la dégradation de lhémoglobine. La présence dhémosidérine au sein dune prolifération synoviale peut être détectée en IRM car elle se traduit par un tatouage en hyposignal. Cet aspect permet dorienter le diagnostic (hémophilie, troubles de la coagulation, synovite villo-nodulaire, hémangiome synovial) (19, 20) (fig. 18) .LIRM avec injection de produit de contraste et soustraction des images permet également une étude de la vascularisation médullaire et des fronts dossification .
Dans larthrite chronique juvénile et larthropathie hémophilique, lIRM permet de juger de lactivité de laffection et de la sévérité de latteinte articulaire (18, 23). La destruction cartilagineuse est appréciée plus précisément et plus précocement, en IRM que sur les clichés standard, notamment au début de laffection chez les petits enfants. LIRM apprécie également objectivement la réponse aux traitements locaux et leur complications (corticoïdes locaux, synovectomie, osteonecrose) et paraît plus sensible que lexamen clinique. Elle peut avoir une certaine valeur pronostique et anticiper une rechute clinique précoce devant la persistance dune prise de contraste du pannus. Dans cette indication, lIRM est très utile pour létude de la hanche dont latteinte guide le pronostic et dont lexamen clinique est difficile.
CONCLUSION
La radiologie conventionnelle reste limagerie de base aussi bien, lors de la phase diagnostique que lors de la surveillance de lévolution de laffection. Les examens radiologiques doivent être adaptés à chaque enfant et limités au nécessaire. La prise en charge en rhumatologie pédiatrique est multidisciplinaire. Les indications de limagerie doivent donc être discutées par le clinicien et le radiologiste en mettant en balance les bénéfices escomptés pour lenfant avec le coût et la disponibilité de lexamen.
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