
La mucoviscidose est la plus fréquente des maladies génétiques létales. Lincidence est variable selon les régions (1/2000 en Bretagne 1/5000 dans le Sud de la France) et selon les races (exceptionnelle chez les asiatiques et les noirs africains). Cest une maladie récessive autosomique. Les hétérozygotes sont « asymptomatiques ». On estime la prévalence de hétérozygotes dans la population générale à 1/25 à 1/30.
Cest en 1985 que, par analyse de liaison, le gène de la mucoviscidose a pu être localisé sur la bras long du chromosome 7 en 7q31. La démarche de génétique inverse a permis daboutir à lidentification du gène, publié en 1989 (Tsui et Collins). Dans cette publication, les auteurs déduisaient de la séquence nucléotidique du gène, la séquence polypeptidique de la protéine CFTR (Cystic Fibrosis Transmembrane conductance Regulator) codée par ce gène. Ils rapportaient aussi une mutation retrouvée sur près de 70% des allèles, la mutation F508del. Le gène de la mucoviscidose est un gène de grande taille (250000 paires de bases), constitué de 27 exons. Il code pour une protéine de membrane intervenant dans le transfert de chlore. Elle est localisée au niveau de la membrane cellulaire au pôle apical des cellules épithéliales sécrétoires des bronches et bronchioles, du tube digestif, des canaux excréteurs hépatiques et pancréatiques, de la peau et, chez lhomme, des vésicules séminales et des canaux déférents. Lorsque cette protéine est absente ou déficiente, les troubles pulmonaires ou digestifs résultent notamment du caractère anormalement épais et concentré des sécrétions muqueuses liées à lanomalie de transfert ionique.
En réalité, le terme de mucoviscidose s applique à une symptomatologie dune grande variabilité, allant des formes classiques (qui associent une atteinte pulmonaire, digestive, des voies ORL et une infertilité chez lhomme), à des formes atypiques touchant préférentiellement un organe (formes pulmonaires ou formes digestives), voire des formes atténuées (par exemple une simple infertilité masculine par agénésie bilatérale des canaux déférents).
Dans tous les cas, lorsquun diagnostic de mucoviscidose est suspecté, un test de la sueur, dont le principe consiste à déterminer la concentration de chlore sudoral, est indiqué. De réalisation difficile, il doit être fait par un laboratoire expérimenté. Il est considéré normal lorsque le chlore sudoral est bas (Cl- < 40 mEq/l), anormal lorsquil est élevé (Cl- > 60 mEq/l). Cependant, ce test est à lorigine de faux négatifs (notamment pour les formes atypiques de mucoviscidose) et parfois de faux positifs. Dun point de vue génétique, la mucoviscidose apparaît lorsque les deux exemplaires du gène sont mutés. Sur le plan moléculaire, un individu malade peut être homozygote (si les deux mutations sont identiques) ou hétérozygote composite (si elles sont différentes). De très nombreuses mutations ont été retrouvées dans le gène CFTR. Actuellement, près de 1000 mutations différentes ont été décrites, tout le long de la séquence du gène.
La F508del est la mutation la plus fréquente. Sa fréquence varie selon les populations. En France, on la retrouve en moyenne sur 70% des allèles mutés, avec un pic de fréquence à 80% en Bretagne et une fréquence minimum à 60% dans le sud.
Dautres mutations sont considérées comme fréquentes lorsquelles sont retrouvées sur plus de 1% des allèles mutés comme, par exemple les mutations, G542X, N1303K, 1717-1G->A.
Enfin, de très nombreuses mutations sont rares (retrouvées sur moins de 1% des allèles) voire privées (retrouvées une seule fois).
La quasi totalité des mutations retrouvées dans le gène CFTR sont des mutations ponctuelles (cest à dire qui entraînent le changement, la perte ou le gain dune ou de quelques paires de base). Plus rarement il peut sagir de grandes délétions emportant tout ou partie du gène. Leur fréquence respective est différente selon les origines géographiques. Ainsi, il a pu être défini des spectres de mutations caractéristiques en fonction des populations considérées.
Lidentification des mutations du gène CFTR est nécessaire pour :
- laide au diagnostic des formes classiques ou modérées de mucoviscidose
- le conseil génétique pour des couples en âge de procréer dont lun des membres est apparentés à un sujet atteint de mucoviscidose
- le diagnostic prénatal (ou le diagnostic préimplantatoire) pour les couples à risque davoir un enfant atteint de la mucoviscidose
Ces études moléculaires doivent être réalisées selon le cadre législatif et réglementaire établies par la loi de bioéthique (Août 2004) à propos des examens des caractéristiques génétiques de la personne.
Lidentification des mutations du gène CFTR confirme le diagnostic mais donne peu dindications pronostiques sauf pour certaines mutations (notamment F508del) qui saccompagnent presque toujours dune insuffisance pancréatique.
En raison du grand nombre de mutations connues dans ce gène mais du fait que quelques unes seulement sont retrouvées de façon plus fréquentes, la recherche de mutation dans le gène CFTR se fait souvent en deux étapes. Au cours de la première étape, seules les mutations les plus fréquentes sont recherchées, de façon ciblée, à laide de kits adaptés. Environ 36 mutations peuvent ainsi être identifiées, ce qui représente, selon les populations, entre 70 et 90% des allèles mutés. Ces méthodes de diagnostic sont accessibles à tous les laboratoires de biologie moléculaire et sont faciles à mettre en uvre.
Lorsque le diagnostic de la maladie est cliniquement certain, mais que les deux mutations nont pu être identifiées, une deuxième étape consiste à réaliser un balayage systématique de toutes les régions codantes du gène, ainsi que des régions régulatrices, afin de rechercher des mutations rares. Pour cibler la région du gène potentiellement mutée, des méthodes de « screening » de mutations sont utilisées, telles que les méthodes DGGE ou dHPLC. Pour létude du gène CFTR, ces méthodes ne sont réalisées que par quelques laboratoires de référence en France. Elles permettent didentifier 98% des allèles mutés.
Actuellement, les laboratoires français se sont organisés en réseaux, financés par un budget ministériel annuel pérenne, afin que le génotypage des mutations, même les plus rares, puisse être accessible à lensemble des patients atteints ou suspects dêtre atteints de mucoviscidose.
En 2003, lObservatoire National de la Mucoviscidose (ONM) a recensé en France 4104 patients, dont 37,9 % étaient âgés de 18 ans ou plus. Dans cette population, lespérance de vie a été calculée à 39,1 ans. Avec laugmentation de lespérance de vie, la mucoviscidose a quitté le seul domaine de la pédiatrie. Actuellement, le diagnostic de mucoviscidose est parfois porté uniquement à lâge adulte. Il sagit le plus souvent de signes respiratoires ou de bilan dinfertilité masculine et rarement de troubles digestifs cependant la pancréatite peut révéler une mucoviscidose à lâge adulte. Latteinte digestive de la mucoviscidose est polymorphe touchant le tube digestif, proprement dit mais aussi ses glandes annexes : pancréas, foie et voies biliaires.
MANIFESTATIONS PANCREATIQUES
Insuffisance pancréatique exocrine (IPE)
La prévalence de lIPE chez les adultes atteints de mucoviscidose est de 87 % en France en 2OO3 (1). Plusieurs études ont montré lassociation étroite entre la sévérité du génotype CFTR et lIPE. La manifestation classique clinique de lIPE est représentée par la mal digestion avec stéatorrhée, qui non traitée entraîne dénutrition, carence en vitamines liposolubles et en acides gras essentiels. La fonction pancréatique est évaluée principalement par la mesure de la stéatorrhée mais aussi par le dosage denzymes pancréatiques non dégradés dans les selles, en particulier lélastase fécale. Plus simplement le dosage sanguin de la trypsine ou de la lipase sanguine qui est effondré, en cas dIPE reflète la fonction pancréatique du patient.
Laspect du pancréas en imagerie (écho ou TDM) est peu corrélé, à sa fonctionnalité. Certains ont proposé pour évaluer le fonctionnement pancréatique, la wirsungo-IRM avec test à la sécrétine.
Pancréatite aiguë
Chez les patients suffisants pancréatique (SPE), c'est-à-dire dans les formes de mucoviscidose de génotype CFTR modéré, la fonction exocrine acineuse est conservée mais la précipitation des sécrétions dans les canaux pancréatique aboutit à des poussées répétées de pancréatite damont. La sémiologie clinique est classique. Dans la série européenne regroupant 10071 patients tous âges confondus, la prévalence de pancréatite aiguë était évaluée à 1,84% à un âge moyen de 24,4 ans avec un premier épisode à 19,9 ans (2). Cette prévalence est évaluée à 1,7 % au Canada sur une série de 1O75 patients adultes (3). Ces chiffres sont nettement plus élevés que dans les séries pédiatriques habituelles. En général les récidives de pancréatite sont fréquentes : environ 75 %. Lévolution vers lIPE est rare mais possible dans notre expérience. En effet après de nombreuses poussées de pancréatite, le pancréas se fibrose, lIPE apparaît et le syndrome douloureux disparaît. De façon exceptionnelle des poussées de pancréatite ont été décrites chez des patients considérés comme IPE : 0,5% vs 10,27% dans la série européenne (2). Dans certains cas, la pancréatite aiguë peut être le premier élément clinique aboutissant au diagnostic de mucoviscidose. Actuellement le test de la sueur et la recherche des mutations du gène CFTR fait partie du bilan étiologique des pancréatites aiguës, non alcooliques, non biliaires. Lexploration des voies biliaires par échographie voire par écho endoscopie peut être proposée en cas de doute sur la présence dune lithiase de la voie biliaire principale. Cependant, bien que très fréquente dans la mucoviscidose, la lithiase biliaire est en fait rarement impliquée dans les poussées de pancréatite.
Dans notre expérience les explorations endoscopiques type cathétérisme rétrograde nont pas dintérêt en dehors de certaines situations très particulières (association dun pancréas divisum et de pancréatites récidivantes chez un patient SPE). Un seul cas de pancréatite aiguë nécrosante a été rapportée par di SANT AGNESE en 1961 et dans la plupart des séries il nest noté aucune complication locale (pseudo kyste, abcès) ni systémique ni aucun décès. Lintérêt de limagerie à la phase aiguë reste donc limité.
MANIFESTATIONS GASTRO INTESTINALES
Reflux gastro oesophagien (RGO)
La fréquence du RGO est de lordre de 25 % dans les séries de patients de tous âges et de pratiquement 8O % chez ladulte. Le RGO est principalement du à une relaxation inappropriée du sphincter inférieur de lsophage mais dautres facteurs sont en cause : augmentation du gradient de pression thoraco-abdominal, prise de Béta II mimétiques, nutrition entérale...Laggravation de la fonction respiratoire en raison du RGO a été suspectée, en particulier lors de la transplantation pulmonaire avec une incidence augmentée des rejets chroniques et de la bronchiolite oblitérante (4). Actuellement le RGO est systématiquement évalué par manométrie et pHmétrie oesophagienne, en pré et post greffe.
Constipation
Le transit et en particulier la constipation est un problème relativement fréquent qui est évalué de façon systématique chez tous patients SPE mais aussi IPE. Linterrogatoire diététique, lexamen clinique et un simple cliché dabdomen sans préparation (ASP) est suffisant au diagnostic. Le plus souvent lenrichissement du régime en fibres, laugmentation des apports hydriques associées à une activité physique régulière, permet de réguler le transit. La constipation ne doit en aucun cas être traitée ou prévenue par une réduction de posologies des extraits pancréatiques. Lapparition dun prolapsus rectal, pathologie du nourrisson est exceptionnellement décrite chez ladulte.
Syndrome dObstruction Intestinale Distal (SOID)
Le SOID est une entité spécifique de la mucoviscidose qui correspond à une impaction dans liléon terminal et le cæcum dune masse muco fécale. La stéatorrhée mal contrôlée représente le principal facteur étiologique ainsi que les modifications du mucus et des sécrétions intestinales propres à la mucoviscidose. Sauf exception le SOID survient préférentiellement chez des patients ayant une IPE. Il a été démontré une association nette entre SOID et génotype CFTR sévère. La fréquence du SOID chez ladolescent et ladulte est de lordre de 2O %. Dans la série française adulte (5), sur 171 patients âgés en moyenne de 29 ans, le premier épisode survenait à lâge de 2O ans (dans 8O % des cas après 18 ans). Chez les patients ayant une IPE et une insuffisance respiratoire sévère, la récidive était fréquente, entre 5O et 75 % des cas, notamment en post opératoire (2O % au décours immédiat des transplantations pulmonaires). Le tableau clinique de SOID associe douleurs abdominales spastiques de la fosse iliaque droite, distension, anorexie et peut évoluer vers un syndrome occlusif. Une masse peut être palpée en fosse iliaque droite. Un ASP aide au diagnostic en montrant la stase stercorale en fosse iliaque droite associée à une distension grêle damont. Lexamen de référence est le lavement à la gastrographine diluée qui participe au diagnostic, mais aussi à la levée de lobstruction. Une échographie ou une tomodensitométrie peuvent être utiles au diagnostic différentiel. Dans notre expérience la gastrographine est utilisée diluée par voie haute, associée aux prokinétiques et mucofluidifiants. Elle a pour avantage de permettre jour après jour de suivre lévolution du transit sur un simple cliché de lASP. Le traitement du SOID est généralement médical mais en cas déchec certains proposent des instillations per endoscopiques de gastrographine diluée, au niveau de limpaction caecale, éventuellement itératives. Le traitement chirurgical exceptionnel doit être réservé aux formes compliquées.
Invagination intestinale aigue (I.I.A)
La prévalence de lIIA dans la mucoviscidose se situerait aux alentours de 5 % chez ladulte, mais elle na pas été réévaluée depuis lavènement des extraits pancréatiques gastroprotégés. Le principal facteur favorisant est le SOID amenant souvent une confusion entre les deux tableaux. Lexistence dun mucocèle appendiculaire peut aussi favoriser la survenue dune IIA (6). Dans la mucoviscidose, certaines crises douloureuses abdominales paroxystiques sont à rapporter à des phénomènes dIIA. Le diagnostic clinique est confirmé par limagerie (ASP et échographie). En labsence de résolution spontanée, un lavement opaque ou une réduction à lair sont tentés. Des invaginations coliques ont été rapportées, elles sont possibles mais exceptionnelles.
Pathologies appendiculaires
La pathologie appendiculaire serait plus rare dans la mucoviscidose que dans la population générale. Cependant, dans la population adulte, environ 2O % des patients ont un antécédent dappendicectomie. La gravité et la difficulté du diagnostic dappendicite sont soulignées par lensemble des auteurs (6). En effet, les signes peuvent être atténués par une antibiothérapie concomitante et le diagnostic porté au stade dabcès ou de complication. Lappendicite doit être distinguée du mucocèle appendiculaire pathologie spécifique de la mucoviscidose, déterminé par une obstruction de la lumière appendiculaire par du mucus. Le mucocèle peut se compliquer dabcès ou dIIA. Léchographie centrée sur la fosse iliaque droite est utile dans cette indication, retrouvant un appendice élargi, rempli de matériel hyperéchogène.
Maladie inflammatoire chronique de lintestin (MICI) et maladie coeliaque
Chez un patient jusque là bien équilibré du point de vue du transit, lapparition dune diarrhée, dune perte de poids doit faire envisager soit une MICI soit une maladie coeliaque. Dans une étude menée chez 11321 patients atteints de mucoviscidose, il a été retrouvé 25 cas de Maladie de Crohn et 3 cas de Recto Colique Hémorragique (7). Le risque relatif de MICI serait donc de 7 et celui de Crohn de 17. Cette association semble plus fréquente que le risque simple de la maladie dans la population générale. Dans une revue de la littérature publiée en 1997 par Fournet sur MICI et mucoviscidose, sur 11 cas publiés, 4 concernaient des adultes (8). Dans cette pathologie lendoscopie digestive garde toutes ses indications permettant la visualisation des lésions, la réalisation de prélèvements, mais létude échographique de la paroi intestinale est à évaluer. La maladie coeliaque est elle aussi rapportée de façon plus fréquente dans la mucoviscidose que dans la population générale. Comme pour les MICI différentes hypothèses ont été proposées pour expliquer la surreprésentation dans cette pathologie : en particulier une augmentation de la perméabilité intestinale favorisant la stimulation antigénique. Dans notre expérience plusieurs enfants et un adulte SPE ont développé au cours de lévolution de leur mucoviscidose une intolérance au gluten.
Colopathie fibrosante
La colopathie fibrosante est une complication rare de la mucoviscidose, décrite en 1994. Elle na jamais été rapportée en France. Elle se caractérise par une fibrose de la sous muqueuse colique, évoluant vers des sténoses parfois symptomatiques et étendues (6). Initialement décrite chez des enfants ayant reçus de très fortes doses denzymes pancréatiques, cette pathologie est exceptionnelle chez ladulte et le premier cas a été décrit en 1998 (10). Depuis sa description et les recommandations de réduction des extraits pancréatiques, il na pas été rapporté de nouveau cas.
Colites à Clostridium difficile
Les patients atteints de mucoviscidose cumulent les facteurs de risque de cette pathologie : hospitalisations fréquentes, prescriptions prolongées dassociations dantibiotiques. Bien que le portage soit fréquent, les cas de colique pseudo membraneuses sont rares mais peuvent se révéler sévères engageant même le pronostic vital (6).
Manifestations gastro intestinales post transplantations et cancer digestif
La fréquence du RGO et du SOID en post transplantation a déjà été soulignée. Dans létude de la cohorte américaine, qui a suivi 28 858 patients atteints de mucoviscidose pendant 10 ans, il a été montré une sur-incidence significative de cancer parmi les 1063 transplantés. Chez les 27795 patients non transplantés, il existait aussi une sur-incidence significative des cancers du colon du grêle et des voies biliaires. Dans notre cohorte de patients adultes, seul 1 patient non transplanté, a présenté un cancer digestif (gastrique).
MANIFESTATIONS HEPATIQUES
Selon les données de lONM en 2003, 5,4 % des patients suivis présentaient soit une cirrhose biliaire soit une hypertension portale. Lincidence de latteinte hépatique au cours de la mucoviscidose est diversement appréciée selon les critères retenus : cliniques, échographiques, biologiques, ou même autopsiques. Lincidence de la stéatose du foie est estimée à 4 %, celle de la cirrhose biliaire focale à 30% (entre 15 et 7O %) et celle de la cirrhose multilobulaire avec développement dune hypertension portale entre 5 et 1O % des cas. Latteinte hépatique apparaît le plus souvent au cours de la première décennie et quasi jamais après lâge de 18 ans. Elle est plus fréquente chez les garçons que chez les filles ainsi que chez les patients qui ont un antécédent diléus méconial. Laugmentation actuelle de la survie explique laccroissement de la prévalence des complications liées à la cirrhose à ladolescence et à lâge adulte. Latteinte hépatique de la mucoviscidose est très particulière dans la mesure où lobstruction des canalicules biliaires nentraîne pas dictère. Lorsque celui- ci apparaît, il est tardif et la conséquence dune insuffisance hépatique. De même, on ne retrouve pas dhypersplénisme ni même de splénomégalie dune telle importance dans les autres causes dhypertension portale. Latteinte hépatique doit être recherchée précocement par lexamen clinique, la biologie, et léchographie. Dans notre expérience les marqueurs biologiques les plus précoces ne sont ni transaminases ni les gamma GT, mais les iso enzymes des phosphatases alcalines associées à la 5 nucléotidase. Léchographie est réalisée de façon annuelle. Pour certain, la scintigraphie hépato biliaire peut montrer une perturbation du drainage biliaire et permettre dévaluer la progression de la maladie et son évolution sous traitement (UDCA). La biopsie hépatique est rarement indiquée, cest un geste invasif chez des patients le plus souvent asymptomatiques qui peut passer à côté de lésions focales. Certains ont proposé la cholangio IRM, comme examen non invasif de suivi des anomalies hépatiques. Dans les formes évoluées, la cirrhose avec hypertension portale et rupture de varices oesophagiennes a une expression surtout pédiatrique. Cependant, elle peut aussi se développer à lâge adulte. Plusieurs options thérapeutiques sont proposées : la dérivation portosystémique, le T.I.P.S.S voire la transplantation hépatique. Une place particulière doit être mentionnée pour la splénectomie partielle, qui dans lhypertension portale reste une technique chirurgicale simple qui représente une véritable alternative thérapeutique, et permet parfois de gagner de très nombreuses années avant denvisager une transplantation hépatique. En France cest léquipe COCHIN-BROUSSAIS-HEPG qui a la plus grande expérience de la transplantation hépatique et foie poumons dans la mucoviscidose. En 2OO3, 32 patients avaient été greffés, 23 poumons foie, 9 foie seul et 1 poumon puis foie. Après un suivi médian de 6O mois (survie actuariel de 56 % à 1O ans), 19 patients étaient vivants sur 32, dont 14 / 23 après greffe combinée poumons foie.
EVALUATION DE LA DENUTRITION
Selon les données de lONM, 35,8 % des patients suivis en France bénéficient dune supplémentation orale au long cours, et 6,1 % dune nutrition entérale au long cours (moins de 1 % ont une nutrition parentérale). Lévaluation de létat nutritionnel repose sur les données anthropométriques mais aussi sur limpédancemétrie et labsoptiométrie biphotonique.
CONCLUSION
Latteinte respiratoire de la mucoviscidose reste donc au premier plan à lâge adulte. Cependant les complications digestives de la maladie peuvent avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie et le statut nutritionnel des ces patients. Certaines de ces manifestations sont propre à la mucoviscidose (mucocèle) et/ou plus fréquentes à lâge adulte (diabète, SOID, pancréatites). Certaines complications se rencontrent dans dautres cadres nosologiques mais ont une spécificité dans la mucoviscidose en terme de diagnostic et dévolutivité chez ladulte qui méritent dêtre reconnues et recherchées.
Remerciements au Docteur Xavier DRAY, Service dhépato-gastro-entérologie et dassistance nutritive de lhôpital LARIBOISIERE. Son article « Manifestations digestives de la mucoviscidose de ladulte », à paraître dans Gastroenterol Clin Biol a été la base de ce travail et de sa
bibliographie.
Références
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Le peu darticles actuellement disponibles dans la littérature concernant lapproche en imagerie des pathologies digestives de ladolescent et de ladulte atteints de mucoviscidose semble témoigner de deux choses : soit de labsence de spécificité de la dite pathologie sur ce terrain soit de labsence de recul suffisant sur une population qui encore récemment ne dépassait pas lâge pédiatrique (médiane de survie : 1 an en 1940, 14 ans en 1970, 32 ans en 2000). A la lumière de notre expérience cette deuxième explication apparaît plus vraisemblable. Notre propos sera exclusivement ciblé sur limagerie du tube digestif.
La pathologie gastro-intestinale est réputée très fréquente (80 à 90%) dans cette population ; limagerie doit être prescrite de façon parcimonieuse et à bon escient en fonction des données cliniques ; alors que dans lexploration de ces pathologies digestives, léchographie sest imposée en radiopédiatrie, la préférence du radiologue dadultes est nettement tournée vers le scanner. Quel que soit le mode dimagerie, limportant est de connaître les aspects de la paroi digestive fréquemment rencontrés en dehors de toute symptomatologie digestive dans cette population. Toute la difficulté est de savoir quelle part de responsabilité attribuer à un épaississement pariétal chez ces patients quand ils présentent des signes dappels abdominaux.
Sur une série échographique prospective personnelle portant sur 53 enfants atteints de mucoviscidose (âge moyen 8,3 ans) la fréquence des épaississements du grêle terminal, du cæcum des colons droit et transverse, rarement du colon gauche, atteignait 56% ; aucun de ces enfants ne présentait de signe dappel digestif. Aucune corrélation na pu être établie entre lexistence dun épaississement et les antécédents (iléus méconial, occlusion, syndrome docclusion intestinale distale, invagination intestinale aiguë...), les signes fonctionnels (appétit, douleurs...) et physiques (douleurs à la palpation, masse abdominale...). Il existait en revanche une relation statistiquement significative entre épaississement et supplémentation en enzymes pancréatiques et entre épaississement et durée de ce traitement. Par contre il nexistait pas de relation entre épaississement et dose de la supplémentation ou âge des enfants. Cet épaississement mineur (< à 5 mm) intéressait principalement la sous muqueuse au sein du colon et la muqueuse au niveau du grêle. Dés 1997 des résultats échographiques similaires avaient été publiés par Haber et coll. (1) à propos dune série de 90 ans enfants dâge moyen 11,9 ans.
A notre connaissance une seule présentation pédiatrique, en poster (2) rapporte ces anomalies pariétales en tomodensitométrie (série réalisée sans balisage digestif ni injection IV diode). Dans une population de 38 enfants, dâge moyen 10 ans, les auteurs décrivent une fréquence élevée dépaississements coliques (74%) et grêles (68%). Labstract de ce poster ne dit pas si ces enfants présentaient des signes dappel digestif.
Pickhardt et coll (3) décrivent des anomalies tomodensitométriques identiques à propos dune population adulte dâge moyen 23,5 ans. Ces anomalies étaient associées à une infiltration de la graisse du méso adjacent dans 100% des cas rendant difficile la distinction ou lassociation avec une maladie de Crohn. Il ny avait pas plus de signes cliniques dans ce groupe de patients que dans le groupe témoin qui ne présentait pas danomalie digestive et péri-digestive. Une seule étude décrit la possibilité dapprécier ces épaississements en IRM (4).
Lorigine de ces anomalies pariétales est multifactorielle et encore mal connue. Si linfluence de lâge des patients, limportance de la dose denzyme pancréatique substitutive restent très débattues, la durée de la prise de ce traitement mais aussi la présence dune hypertension portale associée secondaire à la cirrhose biliaire secondaire semblent des facteurs bien établis.
Une autre cause dépaississement pariétal chez ces patients concerne la maladie de Crohn. Celle ci est rapportée 17 fois plus fréquente que dans la population générale (5) ; en dehors des complications du Crohn (fistules et abcès) les meilleurs arguments permettant au radiologue de proposer ce diagnostic seront en échographie le caractère discontinu de lépaississement digestif latteinte transmurale et lhyperhémie pariétale. Ces deux derniers signes seuls ou associés doivent aussi faire considérer la possibilité dautres colites ou iléo-colites infectieuses (colite pseudo- membraneuse, etc ...).
La maladie cliaque serait de même plus fréquente dans cette population ; limagerie en coupe est peu performante pour approcher ce diagnostic dans sa forme non compliquée ; le transit du grêle garde là peut être une de ses dernières indications....
La pneumatose intestinale est une découverte fortuite le plus souvent scannographique ; elle est corrélée au degré de distension thoracique et secondaire à la dissection aérique le long des axes vasculaires rétropéritoneaux. Elle est de siège sous-muqueux et prédomine au sein du colon droit (6).
La mucocèle appendiculaire est définie comme une augmentation de calibre de lappendice secondaire à une distension de sa lumière par des débris mucoïdes sans épaississement pariétal. Histologiquement cette distension luminale est associée à une hyperplasie des cellules glandulaires. Cette mucocèle est très fréquemment retrouvée en imagerie en coupes en dehors de toute symptomatologie digestive. De 8% dans notre série personnelle elle est de 71% pour Marson et coll. (2) et atteint 83% pour Lardenoye et coll (7). Elle saccompagne cependant dune morbidité augmentée. Lappendicite aiguë est moins fréquente que dans la population générale mais le diagnostic se fait fréquemment au stade dabcès ou de perforation. Son diagnostic en imagerie est établi sur les signes appendiculaires pariétaux et extra-pariétaux habituels. La mucocèle appendiculaire constitue un facteur mécanique favorisant la survenue dinvaginations intestinales de type iléo-cæcal. En effet cette masse dure sert de point dappel à linvagination du grêle dans un colon souvent dilaté et hypotonique. Une invagination intestinale aiguë survient chez 1% des patients mucoviscidosiques, chez des patients dâge moyen 10 ans (8). Parmi les 22 cas dinvagination intestinale aiguë décrits par Holsclaw et coll (9), chez des sujets atteints de mucoviscidose, 50% avait une mucocèle. Limagerie en coupe en fait parfaitement le diagnostic ; la désinvagination radiologique est, en cas de mucocèle associée, le plus souvent inefficace.
Le syndrome dobstruction intestinal distal (SIOD) aussi appelé improprement iléus méconial équivalent est rare avant lâge de 5 ans. Cette pathologie apparemment secondaire à la présence de mucus épais dans liléon terminal et/ou dans le colon droit touche principalement les patients de la deuxième et troisième décennie. La fréquence de cette affection peut atteindre 10 à 15%. Le cliché dabdomen sans préparation est encore recommandé dans le bilan de cette affection pour évaluer le degré de distension grêle et de la présence de matière en projection de la fosse iliaque droite ; son intérêt réel est bien modeste. Limagerie en coupe, et principalement léchographie, a pour but de rechercher une pathologie associée au SIOD ou une autre cause à la symptomatologie douloureuse abdominale (en particulier une IIA) (10). Le lavement aux produits de contraste hyperosmolaires permet outre, de confirmer le diagnostic dimpaction de matières dans la région iléo-cæcale, de lever cet obstacle et de servir de test thérapeutique (6). Certains préfèrent une opacification par voie haute pour évaluer sur des clichés dabdomen quotidiens la progression du produit hyperosmolaire.
La colopathie fibrosante est une entité rarissime, responsable dun syndrome occlusif par sténose de la lumière colique secondaire à une fibrose pariétale. La preuve formelle du rôle de doses très élevées denzymes pancréatiques dans la genèse de ces lésions nexiste pas (11). Les quelques cas mondiaux (une soixantaine) décrits nintéressent que des enfants de moins de 13 ans (12,13) en dehors de deux cas dadultes (14,15). La place de limagerie dans le diagnostic de cette affection est difficile à préciser ; le lavement étant lexamen le plus fréquent cité dans ces quelques cas de colopathie fibrosante. En échographie latteinte peut être transmurale ressemblant au Crohn mais sans hyperhémie en Doppler couleur ; cette atteinte est plus ou moins réversible en fonction des auteurs (13) ;
Alors que le taux global de cancer napparaît pas plus élevé chez les mucoviscidosiques, la fréquence des affections néoplasiques du tube digestif (grêle, colon, estomac, rectum) chez eux est significativement supérieure à celle de la population générale (16). Ce risque saccentue à partir de lâge de 30 ans (16,17). Limagerie en coupe participe activement à la prise en charge (diagnostic, évaluation, biopsie, réponse au traitement....).
Conclusion
La place de limagerie dans la surveillance digestive des patients porteurs de mucoviscidose semble encore mal définie et parfois sous évaluée. Dans un article récent de 2005 reprenant les résultats de la conférence de consensus européenne (18) la surveillance annuelle en imagerie de ces patients sarticule autour de la radiographie de thorax, de labsorptiométrie et de léchographie hépatique. La conférence de consensus de 2002 dirigée par la Société Française de Pédiatrie concernant la prise en charge du patient atteint de mucoviscidose précise clairement quaucune évaluation de la hiérarchisation des examens a réaliser en labsence dorientation diagnostique nexiste. Cette conférence fait une large place à lASP et à léchographie dans le bilan dune douleur abdominale aiguë ou récurrente mais ne se prononce pas sur le mode ou lintérêt dune surveillance en imagerie. A signaler que le lavement baryté est considéré au même titre que le scanner comme un examen pouvant fournir une aide au diagnostic des formes refroidies dappendicite et que lentéro-IRM serait un examen à évaluer dans le cadre de ces symptômes digestifs (19). Il est intéressant de noter quaucun radiologue ne faisait parti des experts, du jury ou des groupe de bibliographie conviés à ces travaux de synthèse.
A la lumière de cette revue de la littérature ils nous semblent important de connaître laspect de la paroi digestive et de lappendice de ces patients grâce à une surveillance annuelle afin de juger avec la meilleure objectivité des modifications potentielles survenant à ce niveau lors dun épisode aigu. Dans ce but, léchographie nous apparaît loutil le plus adapté. Cette exploration ne doit pas se limiter à ces seuls organes et une exploration abdomino-pelvienne complète couplée à lanalyse Doppler du système porte à la recherche de signes dhypertension portale est nécessaire. Lapparition dune symptomatologie douloureuse aiguë associée à un syndrome occlusif doit faire éliminer dans ce contexte de multiple étiologies : SIOD, IIA, brides mais aussi volvulus du grêle. Si lASP nous apparaît daucun intérêt pour le diagnostic étiologique, le choix entre échographie et scanner reste une question décole .
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INTRODUCTION
Les difficultés du diagnostic des douleurs abdominales chez le patient atteint de mucoviscidose tiennent, dune part à lintrication des douleurs récurrentes et aiguës, et dautre part à la fréquence élevée de certaines étiologies (constipation et syndrome dobstruction intestinale distale (SOID) notamment) exposant au risque de retard diagnostic détiologies plus rares. En plus des étiologies rencontrées chez le sujet saint, il faut évoquer les complications propres à la mucoviscidose.
Une démarche rigoureuse sappuyant prioritairement sur linterrogatoire et lexamen clinique doit permettre de limiter les examens complémentaires agressifs et irradiants chez ces patients déjà très sollicités sur le plan des investigations et des traitements.
A. DOULEUR ABDOMINALE AIGUE
Une cause chirurgicale doit être évoquée de principe, même chez des patients ayant des douleurs abdominales chroniques (1).
1. Lappendicite
Son incidence est plus faible que dans la population générale (1 à 5% versus 7%). Elle est de diagnostic difficile car les symptômes en sont abâtardis par une antibiothérapie à visée respiratoire. Elle est donc vue le plus souvent au stade de complication (abcès ou perforation). Le signe clinique le plus fiable reste la défense de la fosse iliaque droite, les vomissements et la fièvre sont inconstants. Lhyperleucocytose est à interpréter en fonction de létat de surinfection pulmonaire. LASP na dintérêt que pour les diagnostic différentiels alors que léchographie fait le diagnostic en mettant en évidence un appendice augmenté de taille, à paroi épaissie et parfois associé à un épanchement. La scanner peut aider au diagnostic dans les formes refroidies.
2. Linvagination intestinale aiguë
Son incidence est évaluée à 1% avec un âge moyen de 9 à 12 ans. Elle concerne rarement ladulte. Sa clinique est trompeuse lorsquelle évoque le SOID. Ce sont des douleurs abdominales intenses à type de colique, associées à une pâleur et à des vomissements. La rectorragie ou la palpation dun boudin dinvagination sont tardives. LASP montre des anses distendues avec des niveaux liquides du grêle. Léchographie fait le diagnostic en montrant une image en cocarde caractéristique. Le lavement aux hydrosolubles est fait à visée diagnostique et thérapeutique.
3. La mucocèle appendiculaire
Pathologie spécifique de la mucoviscidose, sa fréquence nest pas précisée dans la littérature. Il correspond à lobstruction de la lumière appendiculaire par du mucus. Il peut être asymptomatique, découvert lors dune échographie systématique et sera surveillé par une échographie annuelle. Lorsquil est symptomatique, les signes sont proches de ceux de lappendicite. Il peut se compliquer dabcès ou dinvagination. lASP montre un encombrement stercoral identique à celui du SOID. Léchographie montre un appendice élargi (>6 mm) , avec une lumière obstruée par un matériel hyperéchogène et une paroi stratifiée plus fine que dans lappendicite.
4. Locclusion ou volvulus sur bride
Elle sera recherchée chez des patients aux antécédents dintervention chirurgicale abdominales (iléus méconial, atrésie du grêle) souffrant de douleurs abdominales intenses et de vomissements. LASP montre des niveaux hydro-aériques et léchographie permet le diagnostic différentiel avec linvagination. Un volvulus du grêle peut également compliquer un SOID.
5. La pancréatite aiguë
Elle a la présentation habituelle dune pancréatite aiguë (violente douleur épigastrique à irradiation transfixiante associée à des vomissements). Le dosage des enzymes pancréatique (>3N) confirme le diagnostic. Le scanner a un intérêt pronostique à condition dêtre réalisée à 72H. Le scanner précoce évalue mal la gravité de la pancréatite aiguë, voire peut laggraver par linjection diode.
6. La lithiase biliaire
Elle est fréquente en raison dune bile lithogène. La migration dun calcul dans la voie biliaire principale peut se traduire par une colique hépatique associée à des vomissements. Laugmentation des enzymes de la cholestase orienteront vers la présence dun calcul dans le cholédoque. Léchographie abdominale permettra de préciser lexistence de calculs vésiculaires, dune cholécystite, de dilatation des voies biliaires et (plus difficilement) la présence dun calcul cholédocien. La CPRM est un moyen non invasif de visualiser les canaux bilio-pancréatqiues. En cas de doute sur un petit calcul cholédocien non vu à lIRM on pourra saider dune échoendoscopie biliaire.
B. DOULEUR ABDOMINALE RECURRENTE
1. Douleur épigastrique
a) Reflux gastro-oesophagien (RGO)
Sa fréquence est élevée (20-46%) (2), même en labsence datteinte pulmonaire. La forme simple se manifeste par un pyrosis et des épigastralgies. Le RGO et la maladie pulmonaire concourent à la malnutrition : le RGO peut majorer les pertes (régurgitations) et diminuer les ingesta (dysphagie), la maladie respiratoire peut quant à elle, majorer les besoins caloriques (travail ventilatoire) et diminuer les ingesta (anorexie). Le RGO et la mucoviscidose peuvent saggraver mutuellement : les épisodes de RGO sont favorisés par les efforts de toux ou la kinésithérapie respiratoire, les traitements bronchodilatateurs (théophylline et beta adrenergiques) diminuent la pression du Sphincter Inférieur de lsophage.
Dans les formes simples, on peut proposer un test thérapeutique par un Inhibiteur de la Pompe à Protons. En cas de symptomatologie persistante ou de signes dalarme (dysphagie, brûlure rétrosternale descendante, amaigrissement, hématémèse, anémie ferriprive) la fibroscopie oeso- gastro-duodénale (FOGD) est indiquée. En labsence de signe de RGO à la FOGD (oesophagite), la pH-métrie de longue durée est lexamen de référence pour confirmer le diagnostic. Le TOGD sera rarement réalisé dans le bilan préopératoire dune hernie hiatale ou en cas de sténose oesophagienne infranchissable en endoscopie. La scintigraphie de vidange gastrique est exceptionnellement proposée pour rechercher une gastroparésie associée.
Le traitement médical est le même que celui du RGO classique : surélévation de la t^te du lit, éviter les repas abondants et liquides, les boissons gazeuses, les vêtements trop serrés à la taille, de se coucher rapidement après le repas. Il ne faut cependant pas être trop restrictif sur les conseils diététiques car le régime améliore peu les patients part rapport au traitement médicamenteux. En revanche, un régime draconien pourrait aboutir à une dénutrition au pronostic défavorable en cas de mucoviscidose.
Les principaux médicaments sont les pro-kinétiques, les anti-acides et les anti-sécrétoires. Le Cisapride est actuellement interdit en raison du risque de torsade de pointe. Le pro-kinétqiue le plus utilisé est le Motilium qui agit également sur la vidange gastrique. Les anti-acides restent utiles pour soulager les brûlures rétrosternales ou épigastriques. Les anti-sécrétoires sont largement prescrits en raison de leur facilité dadministration et de leur bonne tolérance au long cours : après une cure de 1 mois, on conseille un traitement au long cours, à la demande. Lorsque, malgré un traitement médical bien conduit, le RGO persiste, et surtout si une oesophagite sévère est présente, une intervention chirurgicale (le plus souvent fundoplicature de Nissen) doit être discutée. Cette intervention se programmera dans un centre habitué à prendre en charge des patients atteints de mucoviscidose.
b) La Pancréatite Chronique
La pancréatite associée à la mucoviscidose prend des formes cliniques très variables, avec en particulier lémergence récente des formes dites « pancréatosuffisantes » où linsuffisance pancréatique exocrine est souvent tardive ou absente et où la maladie pancréatique peut révéler la mucoviscidose (3). La pancréatite due aux mutations du gène CFTR appartient au groupe des pancréatites génétiques dont le démembrement a débuté au début des années 90 (4-11). Cest ainsi que le taux de pancréatite réputée idiopathique, proche de 15 % diminue régulièrement alors que celui des pancréatites dorigine génétique augmente régulièrement (3-11).
Il existe deux situations au cours desquelles lassociation dune mucoviscidose à une pancréatopathie peut se rencontrer. Le premier cas associe une mucoviscidose connue à un degré variable dinsuffisance pancréatique. Le deuxième cas correspond à une pancréatopathie, généralement une pancréatite idiopathique, au cours de laquelle le bilan étiologique identifie une mutation mineure affectant faiblement le niveau dexpression de la protéine CFTR.
Près de 85 % des malades atteints de mucoviscidose ont une insuffisance pancréatique, 50 % dentre eux lont dès la naissance. Il sagit de patients porteurs de 2 mutations majeures du gène CFTR (classes I à III) en particulier de type DF508. Ces patients ont une insuffisance pancréatique majeure et souvent précoce. Par contre, les crises de pancréatite aiguë sont exceptionnelles (12,13).
Dans 15 % des cas, les réserves pancréatiques sont suffisantes pour permettre une digestion normale (12). Ces patients, dits "suffisants pancréatiques", ont au moins 1 mutation mineure du gène CFTR (classes IV, V ou allèle 5T), cest à dire un taux de protéine CFTR fonctionnelle compris entre 5 et 25 %. Des poussées de pancréatite peuvent être observées chez les patients suffisants pancréatiques dans 17 % des cas (13). La pancréatite aiguë révèle la mucoviscidose dans un cas sur trois (13) avec un âge moyen de la pancréatite de 22 ans (10-35 ans). La médiane de survie de ces derniers est deux fois plus élevée que celle des malades ayant une insuffisance pancréatique (56 ans vs 29 ans)(12). Lâge moyen de diagnostic de la mucoviscidose est plus précoce chez les insuffisants pancréatiques que chez les suffisants pancréatiques.
En imagerie, les anomalies pancréatiques sont en rapport avec l'infiltration graisseuse, l'obstruction et la dilatation des canaux résultant des anomalies qualitatives du suc pancréatique et la fibrose interstitielle (3). Des images d'allure kystique, une dilatation du canal de Wirsung et une atrophie du pancréas peuvent être notées à l'échographie ou en scanographie. En imagerie par résonance magnétique, il existe typiquement un hypersignal sur les séquences pondérées en T1 (graisse) et un signal diminué sur les séquences pondérées en T2 (fibrose) (14).
En cas de mucoviscidose patente, le traitement par extrait pancréatique doit être systématique, souvent à forte dose, chez les insuffisants pancréatiques. La dose recommandée chez ladulte est de 2 à 3 gélules (soit 50 000 à 75 000 UI de lipase) par repas (15). Les enzymes pancréatiques doivent être administrées au milieu et au début des repas. La dose sera adaptée à la stéatorrhée, en ne dépassant pas 10 gélules par jour. Lapport en graisse ne doit pas être supprimé chez ces patients qui présentent souvent des carences en acide gras insaturés (15). Lindication dextraits pancréatiques chez des patients suffisants pancréatiques afin dobtenir une boucle de régulation négative demeure discutée et nest pas à ce jour établie. Lindication du traitement endoscopique avec sphinctérotomie pancréatique des patients présentant des crises de pancréatite aiguë récurrentes est encore en évaluation.
2. Douleur non épigastrique
a) Les troubles fonctionnels
La constipation est très fréquente, entraînant des douleurs abdominales sans fécalome palpable. Il faut la rechercher à chaque consultation en précisant sil existe une modification du rythme des exonérations et leur caractère douloureux. Il faut distinguer la constipation du SOID et éliminer les causes connues de constipation. La constipation ne doit en aucun cas être traitée ou prévenue par la réduction de posologie des extraits pancréatiques car linsuffisance pancréatique exocrine nest pas un bon laxatif et a des conséquences nutritionnelles néfastes. Il est utile denrichir le régime en fibre et daugmenter les apports hydriques. Le N-acétyl- cystéine (600mg/j) peut être proposé pour quelques jours dès lors que la constipation apparaît (1).
La diarrhée apparaît rapidement en cas dinadéquation entre besoin en extraits pancréatiques et leur prise réelle, que ce soit par mauvaise observance thérapeutique ou par dosage insuffisant (1).
b) Le syndrome dobstruction intestinale distale (SOID)
Le SOID est spécifique de la mucoviscidose (16). Sa fréquence rapporté va de 9% dans lenfance à 15 _% à lâge adulte. Il est léquivalent de liléus méconial, et résulte dune obstruction de lintestin grêle au niveau iléo- caecal, de sévérité variable, par des matières impactées mêlées à un excès de mucus. Sa survenue est favorisée par un mauvais équilibre de lopothérapie, un état de déshydratation (période estivale), un régime pauvre en fibres et une dysmotilité intestinale propre à la maladie. Les douleurs abdominales sont à type de crampe localisées en fosse iliaque droite, avec une distension abdominale, une anorexie, une perte de poids variable. Le transit peut nêtre que très peu modifié par rapport aux habitudes du patient. Lobstruction intestinale est le plus souvent partielle, mais peut se compléter pour donner un tableau occlusif. A lexamen clinique, on palpe un abdomen « plein » et sensible, une fosse iliaque droite empâtée. Le diagnostic différentiel concerne les causes de douleur abdominale aiguë (cf supra). L ASP précise le degré dobstruction sur la présence dimages granités dans la fosse iliaque droite avec une distension sus-jacente. Le lavement à la gastrograffine diluée a un intérêt diagnostique et thérapeutique, permettant de lever lobstacle. Le traitement médical est contre-indiqué dans les formes compliquées docclusion. Le traitement médical repose sur des laxatifs à forte dose (Polyéthylène glycol 2 litres en 2 heures) associées à des pro-kinétiques (Motilium) (17). Les formes débutantes peuvent être traitées par N-acétyl-cystéine à la dose de 600 mg/j. la prévention des récidives repose sur la prise de pro-kinétiques, N-acétyl-cystéine et adéquation des doses dextraits pancréatiques.
c) La colopathie fibrosante
Pathologie très rare touchant les jeunes enfants prenant des doses quotidiennes très élevées dextraits pancréatiques (18). Un cas a été rapporté chez ladulte (19) et aucun cas na été décrit en France. Elle réalise un tableau docclusion intestinale récidivante avec des douleurs, distension abdominale postprandiale, diarrhée sanglante et ascite chyleuse. Les lésions responsables de cette colopathie fibrosante correspondent à une inflammation plus ou moins importante de la muqueuse avec présence déosinophiles et surtout à une fibrose, notamment de la sous-muqueuse .Des études échographiques et TDM ont montré une augmentation significative de lépaisseur de la paroi intestinale qui nest corrélée ni à lexistence de douleurs abdominales ni aux doses dextraits pancréatiques. Le traitement consiste à reprendre les extraits pancréatiques à une posologie adéquate, à une renutrition parfois parentérale et, le cas échéant, à un intervention chirurgicale de résection.
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